
Le retour des visiteurs étrangers commence à peser dans l’économie chinoise. Avec 35,2 millions d’entrées étrangères en 2025, la Chine a légèrement dépassé son niveau d’avant-Covid. Pékin veut désormais transformer cette reprise en dépenses supplémentaires dans les commerces et les services, alors que la demande intérieure reste fragile.
Après avoir reconquis les touristes étrangers, la Chine veut désormais mieux profiter de leur portefeuille.
Le pays a enregistré 154,5 millions de visites entrantes en 2025, soit une progression de 17,1 % en un an. Mais ce chiffre inclut les voyageurs venant de Hong Kong, Macao et Taïwan. Les étrangers au sens strict ont représenté 35,17 millions d’entrées, un niveau désormais légèrement supérieur à celui de 2019.
La reprise, d’abord largement alimentée par les marchés d’Asie du Sud-Est, s’élargit. Les visiteurs européens et nord-américains contribuent davantage à la progression observée cette année.
Pour Pékin, l’enjeu dépasse désormais le seul tourisme : les dépenses des visiteurs internationaux constituent une source de demande supplémentaire pour les services et le commerce, au moment où la consommation intérieure chinoise manque encore de vigueur.
La politique des visas porte ses fruits
La première étape de cette reconquête a consisté à faciliter l’entrée sur le territoire. La Chine permet aujourd’hui aux ressortissants de 50 pays, dont la France, le Royaume-Uni et le Canada, d’entrer sans visa pour des séjours pouvant atteindre 30 jours dans plusieurs cas, notamment pour le tourisme et les voyages d’affaires.
Cette ouverture produit des effets mesurables. Sur les 35,17 millions d’entrées de ressortissants étrangers enregistrées en 2025, 30,08 millions ont bénéficié d’un dispositif d’exemption de visa, soit une progression de près de 50 % sur un an.
À cette accessibilité accrue s’ajoute un autre argument : le coût du séjour. Hébergement, restauration, transports et achats restent relativement abordables par rapport à plusieurs destinations concurrentes en Asie, souligne la note.
Les réseaux sociaux jouent enfin un rôle d’accélérateur. Patrimoine, paysages, gastronomie et expériences locales alimentent le phénomène « China Travel », qui contribue à transformer la curiosité pour le pays en séjours effectifs.
Les touristes découvrent aussi les marques chinoises
Le changement le plus intéressant se joue peut-être dans les magasins. Les visiteurs étrangers ne se contentent plus des grands sites touristiques : ils achètent davantage de produits chinois, de l’électronique aux jouets de collection en passant par les marques de mode locales.
À Shenzhen, les produits Huawei et DJI ont représenté 38,8 % des transactions donnant lieu à un remboursement fiscal au cours des huit premiers mois de 2025, selon la note financière. À Shanghai, les étrangers réaliseraient environ 35 % des ventes des deux boutiques de la marque de chaussures Pane.
Pékin cherche précisément à amplifier ce phénomène en facilitant la détaxe.
Les ventes bénéficiant du dispositif de remboursement de taxes aux voyageurs ont presque doublé en 2025. Depuis 2025, la Chine développe également le remboursement immédiat dans certains magasins, permettant aux visiteurs de disposer de la somme avant même leur départ et, potentiellement, de la dépenser à nouveau sur place.
Une nouvelle réforme annoncée en mai doit encore simplifier les formalités, développer les magasins proposant la détaxe et accélérer les contrôles pour les achats de faible montant. L’objectif affiché est explicitement de stimuler la consommation des visiteurs étrangers.
131 milliards de dollars dépensés en 2025
Cette stratégie commence à prendre une dimension macroéconomique. Les visiteurs internationaux ont dépensé 131,1 milliards de dollars en Chine en 2025, soit 39,2 % de plus qu’en 2024.
Pékin veut aller plus loin. Le nouveau plan quinquennal consacré au tourisme fixe pour 2030 un objectif de plus de 150 milliards de dollars de recettes annuelles et de 190 millions de visites entrantes.
Ces 190 millions ne doivent toutefois pas être comparés aux seuls 35 millions de visiteurs étrangers. Ils reposent sur le périmètre beaucoup plus large des entrées internationales utilisé par les statistiques chinoises, qui comprend également Hong Kong, Macao et Taïwan. La base de comparaison est donc les 154,5 millions de visites enregistrées en 2025. L’objectif représente une hausse d’environ 23 % en cinq ans, et non une multiplication par cinq.
Le Japon et la Corée restent loin devant
Malgré cette progression, le potentiel économique reste largement inexploité. Les recettes du tourisme international ne représentaient encore que 0,3 % du PIB chinois au premier trimestre 2026, contre environ 1,3 à 1,4 % au Japon et en Corée du Sud.
La comparaison éclaire le prochain défi de Pékin : après avoir facilité l’arrivée des touristes, il faut désormais augmenter la valeur économique de chaque séjour.
Le 15e plan quinquennal va dans cette direction. Il prévoit notamment d’améliorer les paiements, les transports et les communications pour les visiteurs étrangers, de développer les services multilingues et de poursuivre la simplification de la détaxe.
La question des paiements est particulièrement sensible dans une économie où les transactions par téléphone mobile sont devenues omniprésentes. Les autorités ont déjà facilité l’utilisation des cartes bancaires internationales avec les principales plateformes chinoises et développé les terminaux acceptant les moyens de paiement étrangers.
La stratégie chinoise entre ainsi dans une deuxième phase. Après avoir rouvert la porte aux visiteurs étrangers, Pékin veut augmenter ce qu’ils dépensent une fois sur place. Le véritable enjeu n’est plus seulement le nombre d’arrivées, mais la capacité du pays à transformer ces flux en consommation, en exportations de services et, à terme, en nouveau relais de croissance.
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