Home Économie THAÏLANDE – ÉCONOMIE : Pour retrouver 3 à 4 % de croissance, Bangkok mise sur l’investissement

THAÏLANDE – ÉCONOMIE : Pour retrouver 3 à 4 % de croissance, Bangkok mise sur l’investissement

Journaliste : Gaston Baht Date de publication : 28/08/2026
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La Thaïlande devrait enregistrer une croissance de seulement 2,2 à 2,3 % en 2026, un rythme inférieur à son potentiel selon la Banque de Thaïlande. Alors que son taux directeur reste fixé à 1 %, la banque centrale estime que le véritable levier pour accélérer durablement l’économie se trouve désormais dans l’investissement, les technologies, les équipements et les infrastructures.

 

La Banque de Thaïlande (BoT) ne semble pas vouloir faire des taux d’intérêt l’instrument principal d’une accélération de l’économie. Son Comité de politique monétaire vient de maintenir, à l’unanimité, son taux directeur à 1 %.

 

La décision était attendue. Le diagnostic qui l’accompagne est plus intéressant : malgré la vigueur de certaines exportations et la progression de l’investissement privé, la Thaïlande devrait se contenter d’une croissance de 2,2 à 2,3 % cette année.

 

Pour la banque centrale, le pays peut faire mieux. À condition de relever sa productivité, son potentiel de croissance pourrait atteindre 3 à 4 %.

 

Une Thaïlande économique à deux vitesses

 

Le problème ne tient pas seulement au niveau de la croissance, mais à sa répartition.

 

La BoT décrit une économie en « K » : certaines activités progressent fortement tandis que d’autres restent en difficulté. Les exportations et les investissements liés au cycle mondial de l’intelligence artificielle soutiennent l’activité et l’investissement privé. Mais leurs bénéfices ne se diffusent que partiellement dans le reste de l’économie.

 

Une partie importante des machines et équipements nécessaires aux nouveaux investissements est en effet importée. La valeur créée ne reste donc pas intégralement en Thaïlande.

 

Dans le même temps, les ménages restent pénalisés par le coût de la vie et les conditions de crédit demeurent difficiles pour les particuliers et les petites et moyennes entreprises.

 

La récente reprise du crédit provient principalement des prêts de trésorerie accordés aux grandes entreprises. Les crédits aux ménages et aux PME continuent, eux, de se contracter.

 

C’est précisément ce décalage qui explique pourquoi de bons résultats dans certains secteurs ne se traduisent pas automatiquement par une accélération de l’ensemble de l’économie.

 

Le défi de la productivité

 

La banque centrale identifie un problème plus structurel : la Thaïlande dispose d’une main-d’œuvre qui se réduit, conséquence notamment du vieillissement démographique, alors que l’économie reste exposée aux chocs extérieurs.

 

Pour produire davantage avec moins d’actifs, le pays devra donc améliorer sa productivité.

 

La BoT met en avant plusieurs leviers : investissements technologiques, modernisation des machines et équipements et développement des infrastructures. La poursuite des investissements directs étrangers pourrait accompagner cette transformation.

 

L’enjeu dépasse ainsi la conjoncture de 2026. Il s’agit de permettre à la Thaïlande de sortir durablement d’un régime de croissance proche de 2 % pour se rapprocher d’un potentiel estimé entre 3 et 4 %.

 

Un taux à 1 %, mais pas nécessairement pour longtemps

 

Le maintien du taux directeur à 1 % ne constitue d’ailleurs pas une promesse de stabilité permanente.

 

Le gouverneur de la Banque de Thaïlande a prévenu que le prochain mouvement pourrait être une baisse comme une hausse, en fonction de l’économie, de l’inflation et de l’évolution du baht.

 

Son message est significatif. Des taux très faibles soutiennent l’activité et les emprunteurs, mais leur maintien prolongé comporte également des inconvénients : moindre rémunération de l’épargne, allocation moins efficace du capital et réduction de la marge de manœuvre dont disposerait la banque centrale en cas de nouveau choc.

 

Pour l’instant, une remontée rapide paraît néanmoins peu probable. L’inflation reste faible et le crédit demeure contraint pour les catégories les plus fragiles.

 

Investir plutôt que simplement baisser les taux

 

La Banque de Thaïlande dessine ainsi une ligne assez claire : le problème de croissance du royaume ne peut pas être résolu uniquement par de l’argent moins cher.

 

Avec un taux directeur déjà ramené à 1 %, l’enjeu se déplace vers la capacité du pays à attirer des investissements qui augmentent réellement sa productivité et dont les retombées se diffusent dans l’économie locale.

 

La Thaïlande bénéficie déjà de la montée des investissements technologiques et des mouvements de capitaux internationaux vers l’Asie du Sud-Est. Le défi consiste désormais à transformer ces investissements en gains de productivité, en emplois et en revenus suffisamment larges pour que la croissance ne reste pas concentrée dans quelques secteurs.

 

Passer de 2,2-2,3 % à un potentiel de 3-4 % dépendra donc moins d’une nouvelle baisse des taux que de la capacité de la Thaïlande à transformer son nouveau cycle d’investissement en croissance durable.

 

Gaston Baht

 

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