
Les exportations thaïlandaises ont bondi de 21,6 % en juillet, portées par l’électronique et la demande mondiale liée à l’intelligence artificielle. Pourtant, la balance commerciale reste profondément déficitaire : sur les sept premiers mois de 2026, le royaume a importé 35,4 milliards de dollars de marchandises de plus qu’il n’en a exporté. Un paradoxe qui révèle la forte dépendance de l’industrie thaïlandaise aux composants et équipements étrangers.
À première vue, les chiffres sont spectaculaires. En juillet, la Thaïlande a exporté pour 34,8 milliards de dollars de marchandises, soit 21,6 % de plus qu’un an auparavant. Il s’agit du 25e mois consécutif de progression.
Depuis janvier, les exportations atteignent 231,5 milliards de dollars, en hausse de 18,2 %.
Mais les importations progressent encore plus rapidement. Elles ont augmenté de 36,7 % en juillet et de 37,8 % sur les sept premiers mois de l’année, pour atteindre 266,9 milliards de dollars.
Résultat : malgré le dynamisme exceptionnel des exportations, la Thaïlande affiche depuis janvier un déficit commercial de 35,4 milliards de dollars.
La Thaïlande profite du boom mondial de l’IA
L’électronique explique une grande partie de cette accélération.
Les exportations d’ordinateurs et de composants ont progressé de 63,2 % en juillet, celles de circuits intégrés de 35,2 %. Les téléphones mobiles ont plus que doublé, avec une hausse de 160,3 %.
Ces performances illustrent la place croissante prise par la Thaïlande dans les chaînes de production électroniques asiatiques, au moment où les investissements mondiaux dans les centres de données, les semi-conducteurs et les infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle augmentent rapidement.
Cette dynamique contraste avec des secteurs plus traditionnels. Les exportations automobiles sont restées globalement stables tandis que les produits agricoles ont légèrement reculé.
Les États-Unis absorbent une part croissante des exportations
Le marché américain joue un rôle particulièrement important dans cette accélération.
En juillet, les exportations thaïlandaises vers les États-Unis ont augmenté de 45,3 % sur un an. Les ventes vers la Chine, le Japon, Singapour et l’Union européenne ont également fortement progressé.
La situation est beaucoup moins favorable sur d’autres marchés. Les exportations vers les pays de l’ASEAN, hors Singapour, ont diminué de 2,9 %, celles vers l’Inde de 5,4 % et celles à destination du Moyen-Orient de 12,1 %.
Cette évolution renforce parallèlement l’exposition de la Thaïlande aux décisions commerciales de Washington. La politique tarifaire américaine constitue donc l’un des principaux risques pour les exportateurs thaïlandais au second semestre.
Pour exporter des ordinateurs, il faut aussi en importer les composants
Le déficit commercial peut sembler surprenant dans un pays dont les exportations augmentent de plus de 20 %. Il s’explique en partie par le fonctionnement même des nouvelles industries thaïlandaises.
Pour assembler et exporter davantage de produits électroniques, les usines installées en Thaïlande doivent importer une grande quantité de composants, de machines et de matières premières.
Les importations d’ordinateurs et de produits électroniques ont ainsi bondi de 71,1 % en juillet.
Ce chiffre peut être lu de deux manières. Il témoigne d’abord d’une forte demande d’investissement et de l’installation de nouvelles capacités industrielles. Mais il montre également que la valeur ajoutée produite localement reste limitée par la dépendance aux technologies et composants étrangers.
Une partie de la croissance des exportations entraîne donc mécaniquement davantage d’importations.
Les voitures électriques accentuent le phénomène
La consommation intérieure contribue également à cette progression.
Les importations de voitures particulières ont renoué avec la croissance, dans un marché automobile thaïlandais où les véhicules électriques occupent une place croissante. Une partie importante de ces véhicules et de leurs composants provient de l’étranger.
La Thaïlande se trouve ainsi dans une situation inhabituelle : elle attire de nouveaux investissements industriels et renforce ses capacités exportatrices, mais cette transformation nécessite simultanément davantage d’importations.
L’énergie apporte un peu de répit
La facture énergétique offre néanmoins une amélioration.
La baisse des prix de l’énergie et des volumes importés a réduit la pression par rapport au mois précédent, contribuant à ramener le déficit commercial mensuel à 3,6 milliards de dollars en juillet.
Cette détente pourrait cependant rester insuffisante. Les besoins en machines, composants et matières premières devraient demeurer élevés tant que le nouveau cycle d’investissement se poursuit.
Les tensions géopolitiques constituent également un risque, notamment autour du détroit d’Ormuz : une nouvelle hausse des prix de l’énergie renchérirait rapidement les importations thaïlandaises.
Le véritable enjeu : produire davantage de valeur en Thaïlande
Les chiffres du commerce extérieur racontent finalement une histoire plus complexe qu’un simple boom des exportations.
La Thaïlande bénéficie incontestablement de la réorganisation des chaînes industrielles asiatiques et de l’explosion des investissements liés à l’intelligence artificielle. Mais exporter davantage ne signifie pas nécessairement créer autant de valeur supplémentaire dans le pays.
Le prochain défi consiste donc à développer autour de ces nouvelles industries un réseau plus important de fournisseurs, de technologies et de compétences locales.
Après avoir attiré les investissements et les usines, la Thaïlande doit désormais parvenir à produire sur son territoire une part croissante de ce qu’elle exporte.
Gaston Baht
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