
Le gaz birman reste stratégique pour la Thaïlande, où il contribue notamment à la production d’électricité. Bangkok veut désormais sécuriser les approvisionnements des prochaines années : le projet offshore Aung Sinkha avance vers une mise en service en 2028, tandis que de nouveaux investissements sont envisagés dans le bloc gazier offshore A6, situé au large des côtes birmanes dans le golfe du Bengale.
La Thaïlande remet le gaz birman au cœur de sa stratégie énergétique. Plusieurs accords et rencontres intervenus en août montrent que Bangkok entend consolider les gisements existants, mais surtout préparer ceux qui prendront progressivement le relais.
L’enjeu est loin d’être marginal. Selon le gouvernement thaïlandais, les champs birmans de Yadana et Zawtika ont représenté historiquement entre 15 et 20 % de la demande de gaz naturel du royaume. Une ressource particulièrement importante pour un pays où le gaz demeure l’un des principaux combustibles utilisés pour produire de l’électricité.
Un nouveau champ gazier attendu en 2028
Le développement le plus avancé concerne Aung Sinkha, un champ gazier offshore situé dans le bloc M3, dans le golfe de Mottama, au large de la Birmanie. Le projet est entièrement détenu et opéré par PTTEP, la filiale d’exploration et de production du groupe énergétique thaïlandais PTT. Longtemps retardé, il est désormais entré dans sa phase de développement, avec une mise en production prévue d’ici à la fin de 2028.
Cet été, une nouvelle étape a été franchie. L’entreprise publique birmane MOGE (Myanma Oil and Gas Enterprise) et PTTEP International ont signé un accord organisant la fourniture du futur gaz au marché intérieur birman.
Celui-ci doit notamment alimenter la production électrique des régions de Rangoun et de l’Ayeyarwady. Le projet, dont l’origine remonte à 2004, avait été retardé pendant plusieurs années avant la reprise des discussions en 2023.
Un nouveau gisement offshore dans le viseur de Bangkok
La Thaïlande regarde déjà au-delà d’Aung Sinkha. Lors des rencontres bilatérales organisées à Bangkok en août, les deux gouvernements ont placé la sécurité énergétique parmi leurs priorités. Le ministre thaïlandais de l’Énergie, Akanat Promphan, et son homologue birman Ko Ko Lwin ont discuté de nouveaux investissements thaïlandais et de la préparation d’un accord destiné à encadrer leur coopération future.
Le gouvernement thaïlandais a notamment cité le bloc offshore A6 parmi les projets susceptibles d’intéresser ses entreprises. Bangkok souhaite parallèlement prolonger certains contrats d’achat de gaz arrivant à échéance.
Derrière ces discussions se trouve une préoccupation très concrète : le coût de l’énergie en Thaïlande. Bangkok considère qu’un approvisionnement régulier en gaz provenant du pays voisin peut contribuer à limiter son exposition au gaz naturel liquéfié importé, dont les prix sont davantage soumis aux fluctuations du marché mondial.
Une carte énergétique autant que politique
Cette offensive intervient dans un paysage profondément transformé depuis le coup d’État militaire de février 2021.
Plusieurs compagnies occidentales ont depuis quitté la Birmanie. TotalEnergies s’est notamment retiré du champ de Yadana en 2022, dont PTTEP a repris l’exploitation. La compagnie thaïlandaise occupe ainsi aujourd’hui une position centrale dans l’industrie gazière birmane.
Cette coopération reste politiquement sensible. MOGE, partenaire incontournable des projets gaziers, est une entreprise publique birmane, et les revenus tirés des hydrocarbures constituent une source importante de devises pour le pays. Les relations énergétiques se poursuivent alors que la Birmanie reste plongée dans un conflit intérieur et que les autorités militaires font l’objet de sanctions internationales.
Bangkok privilégie néanmoins une logique de sécurité énergétique. La proximité géographique de la Birmanie, les gazoducs déjà existants et plusieurs décennies de coopération rendent ses réserves difficiles à remplacer rapidement.
Aung Sinkha en développement, A6 à l’étude et contrats existants en renégociation : les décisions prises cet été montrent que la Thaïlande ne se contente plus de préserver ses approvisionnements birmans. Elle prépare déjà la prochaine génération de gisements.
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