
C’est un signe supplémentaire du réchauffement entre Phnom Penh et Washington. Le Cambodge et les États-Unis reprendront en février 2027 leurs exercices militaires Angkor Sentinel, interrompus depuis 2016. Une évolution notable pour un pays très proche de Pékin, mais qui semble aujourd’hui vouloir rouvrir le jeu avec les États-Unis.
Dix ans après leur dernière édition, les exercices militaires Angkor Sentinel vont reprendre au Cambodge. L’Armée royale cambodgienne et l’U.S. Army Pacific ont engagé les préparatifs d’une nouvelle édition prévue en février 2027.
Une première conférence détaillée de planification s’est tenue du 31 août au 4 septembre. Les deux armées prévoient notamment des entraînements dans les domaines du commandement, de la médecine militaire, du génie et de la neutralisation des explosifs. L’objectif affiché est de renforcer leur capacité à travailler ensemble, notamment lors d’opérations de secours et de réponse aux catastrophes.
La portée de l’annonce dépasse toutefois largement le contenu de ces manœuvres.
Dix ans de distance
Angkor Sentinel avait été organisé régulièrement entre les forces cambodgiennes et américaines avant son interruption après l’édition de 2016. Au cours des années suivantes, les relations militaires entre Phnom Penh et Washington se sont distendues tandis que le Cambodge renforçait considérablement ses liens avec la Chine.
Le retour des exercices était en préparation depuis plusieurs mois. Fin juin, des militaires américains et cambodgiens s’étaient déjà réunis à Phnom Penh pour en définir les contours. Quelques jours plus tard, les chefs des deux armées de terre avaient publiquement affiché leur volonté d’approfondir leurs relations.
Le mouvement est désormais également politique. Le 14 août, le Premier ministre Hun Manet a reçu Elbridge Colby, responsable américain chargé de la politique de défense. Les deux parties ont alors salué les progrès accomplis dans leur coopération militaire, Hun Manet se félicitant explicitement de la préparation d’Angkor Sentinel 2027.
Ream, l’autre symbole du rapprochement
Un autre dossier rend ce rapprochement particulièrement intéressant : la base navale de Ream, sur le golfe de Thaïlande.
Modernisée avec l’aide de Pékin, cette installation a longtemps cristallisé les inquiétudes américaines sur l’influence militaire chinoise au Cambodge. Or les contacts avec la marine américaine s’y multiplient désormais.
Après l’escale de l’USS Savannah en décembre 2024, l’USS Cincinnati s’est rendu à Ream en janvier 2026. Surtout, l’amiral Steve Koehler, commandant de la flotte américaine du Pacifique, a visité personnellement la base le 7 août dernier. Il a rencontré son commandant et inspecté notamment les installations portuaires, médicales et d’entraînement.
La marine américaine présente elle-même ces visites comme des exemples de l’approfondissement de sa coopération avec la marine cambodgienne. Les discussions portent déjà sur de futures escales, la formation des militaires et la coopération en matière de sécurité maritime et d’aide humanitaire.
Phnom Penh ne tourne pas le dos à Pékin
Il serait néanmoins prématuré d’y voir un basculement stratégique du Cambodge vers les États-Unis.
La Chine demeure un partenaire politique, économique et militaire majeur de Phnom Penh. Le rapprochement avec Washington ne signifie donc pas, à ce stade, une remise en cause de cette relation.
L’évolution est plus subtile. Après des années de relations difficiles avec les États-Unis, Phnom Penh semble chercher à rouvrir le jeu avec Washington sans s’éloigner de Pékin.
Pour les Américains, le retour d’Angkor Sentinel offre une occasion de reconstruire progressivement des liens militaires avec un pays situé dans une zone stratégique de l’Asie du Sud-Est. Pour le Cambodge, il permet de conserver plusieurs interlocuteurs et d’élargir sa marge de manœuvre diplomatique.
La véritable nouveauté est donc peut-être là : en février 2027, pour la première fois depuis dix ans, soldats cambodgiens et américains s’entraîneront de nouveau ensemble sur le sol cambodgien.
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