
Fille de l’ancien président Rodrigo Duterte et vice-présidente des Philippines, Sara Duterte a versé samedi 5 septembre une caution après l’émission d’un mandat d’arrêt pour « menaces graves ». L’affaire constitue un nouvel épisode de la guerre qui l’oppose au président Ferdinand Marcos Jr., son ancien allié électoral de 2022. Avec, déjà, la présidentielle de 2028 en ligne de mire.
Sara Duterte reste libre, mais ses ennuis judiciaires s’accumulent. Vendredi 4 septembre, un tribunal de Quezon City a ordonné son arrestation pour trois chefs de « menaces graves » visant le président Ferdinand Marcos Jr., son épouse Liza Araneta-Marcos et son cousin Martin Romualdez, ancien président de la Chambre des représentants.
La vice-présidente s’est présentée samedi devant le tribunal et a versé une caution totale de 360 000 pesos, soit environ 5 000 euros. Le mandat d’arrêt a alors été levé, lui permettant de rester en liberté pendant la procédure.
Des menaces présumées contre Marcos
L’affaire remonte à novembre 2024, alors que la rupture entre les clans Marcos et Duterte était déjà consommée.
Lors d’une conférence de presse en ligne, Sara Duterte avait déclaré avoir donné des instructions à un homme pour tuer Ferdinand Marcos Jr., son épouse et Martin Romualdez dans l’hypothèse où elle-même serait assassinée.
Les autorités philippines ont pris ces déclarations au sérieux. Les enquêteurs ont notamment examiné leur contexte et d’autres propos tenus auparavant par la vice-présidente. Sara Duterte, elle, conteste avoir formulé une menace criminelle et soutient que ses paroles ont été sorties de leur contexte.
Le mandat d’arrêt ne signifie pas qu’elle a été reconnue coupable. Il signifie que le tribunal estime disposer d’éléments suffisants pour que l’affaire suive son cours devant la justice.
Sara Duterte dit craindre pour sa sécurité
Dans une déclaration publiée samedi, la vice-présidente explique avoir versé sa caution sur les conseils de ses avocats plutôt que de risquer une détention sous la garde de la police.
Elle accuse directement le pouvoir : « Depuis 2023, je subis de manière continue des pressions et du harcèlement de la part du gouvernement », affirme-t-elle.
Sara Duterte dit également craindre pour la sécurité de sa mère et de ses enfants. Ces accusations sont celles de la vice-présidente et ne sont pas établies indépendamment. La présidence a indiqué qu’elle respecterait les décisions de justice.
Alliés en 2022, ennemis quatre ans plus tard
Pour comprendre la portée de l’affaire, il faut revenir à l’élection présidentielle de 2022.
Ferdinand Marcos Jr., fils de l’ancien dictateur Ferdinand Marcos, et Sara Duterte avaient alors constitué le tandem UniTeam. Lui avait remporté la présidence, elle la vice-présidence.
Particularité du système philippin : le président et le vice-président sont élus séparément. Sara Duterte conserve donc son poste malgré sa rupture avec Marcos.
L’alliance entre les deux dynasties s’est progressivement désagrégée avant de tourner à l’affrontement ouvert en 2024. Depuis, le conflit s’est déplacé du terrain politique vers les tribunaux et les institutions.
La bataille de 2028
Sara Duterte doit parallèlement affronter une procédure de destitution devant le Sénat. Parmi les accusations figurent les menaces présumées contre Marcos et ses proches, mais également des griefs concernant l’utilisation de fonds confidentiels lorsqu’elle dirigeait le ministère de l’Éducation. Elle conteste les accusations portées contre elle. Le procès en destitution est toujours en cours.
Derrière ces batailles judiciaires se profile déjà l’élection présidentielle de 2028. Ferdinand Marcos Jr., élu pour six ans, ne pourra pas briguer immédiatement un second mandat. Sara Duterte apparaît, elle, comme une prétendante potentielle à sa succession.
Une condamnation susceptible de l’écarter durablement de toute fonction publique pourrait donc bouleverser la prochaine présidentielle.
C’est ce qui donne à l’affaire une portée dépassant largement les trois chefs de « menaces graves » examinés à Quezon City. Quatre ans après avoir conquis ensemble le pouvoir, les Marcos et les Duterte se livrent désormais une bataille politique et judiciaire dont l’issue pourrait déterminer qui gouvernera les Philippines après 2028.
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