
Le Vietnam veut approfondir ses marchés financiers et faciliter leur intégration internationale. Une réforme adoptée fin juillet fixe une feuille de route jusqu’en 2045 pour développer les marchés de capitaux et diversifier le financement de l’économie. Bank of America, qui vient d’analyser cette stratégie, y voit un signal positif, tout en estimant qu’une ouverture plus rapide des mouvements de capitaux pourrait en amplifier les effets.
Le Vietnam attire depuis plusieurs années les investissements industriels étrangers. Mais l’ouverture de ses marchés financiers aux investisseurs internationaux n’a pas progressé au même rythme.
C’est l’un des constats dressés par l’équipe GEMs FI Strategy & Economics de Bank of America dans sa dernière note Asia Economic Weekly. Les analystes soulignent que, malgré les perspectives de croissance du pays, les investisseurs internationaux rencontrent encore des difficultés pour accéder pleinement aux marchés de capitaux vietnamiens.
Hanoï entend désormais faire évoluer cette situation.
Une feuille de route jusqu’en 2045
Fin juillet, le gouvernement vietnamien a adopté un vaste projet de réforme du marché financier à l’horizon 2045. L’objectif affiché est de développer un système financier plus moderne, plus transparent et mieux intégré aux marchés régionaux et internationaux. Les autorités veulent notamment renforcer les marchés d’actions et d’obligations afin qu’ils contribuent davantage au financement à moyen et long terme de l’économie.
Cette évolution répond à un enjeu majeur pour le Vietnam : accompagner les besoins de financement d’une économie en forte transformation sans faire reposer l’essentiel de cet effort sur le système bancaire. Le développement des marchés de capitaux doit également permettre de mobiliser davantage l’épargne et d’élargir la présence des investisseurs institutionnels.
Bank of America pointe une condition supplémentaire
C’est dans ce contexte que Bank of America analyse les réformes annoncées en juillet. La banque américaine considère que cette feuille de route traduit un engagement plus marqué du gouvernement vietnamien en faveur de marchés financiers plus profonds et d’un meilleur accès pour les investisseurs.
Elle ajoute cependant une réserve importante : selon ses analystes, l’impact des réformes pourrait être plus important si Hanoï accélérait parallèlement la libéralisation de son compte de capital. Derrière cette expression technique se trouve une question essentielle : la facilité avec laquelle les capitaux peuvent entrer au Vietnam et en ressortir.
Le pays conserve encore des restrictions sur ces mouvements. Leur éventuel assouplissement relève d’un choix des autorités vietnamiennes et suppose de trouver un équilibre entre attractivité financière et maîtrise des flux de capitaux.
L’Asie profite toujours du boom technologique
L’analyse de Bank of America sur le Vietnam s’inscrit dans un environnement asiatique que la banque juge légèrement plus favorable qu’auparavant. Elle relève ainsi sa prévision de croissance pour l’Asie en 2026 de 4,7 % à 4,8 %, principalement grâce à la résistance de la demande mondiale pour les exportations technologiques liées à l’intelligence artificielle.
Cette dynamique bénéficie particulièrement aux économies asiatiques intégrées aux chaînes mondiales de l’électronique, des semi-conducteurs et des équipements informatiques. La situation reste néanmoins contrastée. En Chine, par exemple, la vigueur des exportations technologiques continue de trancher avec une demande intérieure plus fragile.
Bank of America estime également que les risques inflationnistes restent présents, notamment en raison de la volatilité des marchés énergétiques. Ses économistes anticipent donc encore des hausses de taux dans plusieurs grandes économies de la région.
Financer la prochaine étape de la croissance vietnamienne
Pour le Vietnam, la question des marchés financiers prend une importance croissante à mesure que l’économie change d’échelle. Le pays doit financer ses infrastructures, ses entreprises et sa montée en gamme industrielle tout en accompagnant ses ambitions dans les technologies, l’énergie et les transports.
La réforme engagée par Hanoï ne vise donc pas seulement à rendre les marchés vietnamiens plus accessibles aux investisseurs étrangers. Elle répond aussi à la nécessité de diversifier les sources de financement de l’économie. Bank of America apporte ici un regard extérieur : la banque estime que les mesures annoncées vont dans le sens d’un approfondissement du marché, tout en considérant que leur portée dépendra aussi de l’évolution des règles encadrant les mouvements internationaux de capitaux.
La France veut accompagner cette transformation
Cette ambition vietnamienne a également trouvé un écho lors de la visite officielle de Tô Lâm en France, les 10 et 11 septembre. À cette occasion, Emmanuel Macron a notamment souligné le rôle de Paris Europlace dans l’accompagnement du développement du Centre financier international de Da Nang. L’objectif est de permettre à cette future place financière vietnamienne de bénéficier d’expertise et de standards internationaux.
Cette coopération s’inscrit dans un rapprochement économique et financier plus large entre Paris et Hanoï. Elle montre aussi que la transformation du système financier vietnamien comporte désormais une dimension internationale, avec l’appui recherché d’acteurs spécialisés comme Paris Europlace.
Pour Hanoï, le défi consiste désormais à développer des marchés financiers capables d’accompagner la croissance du pays, tout en poursuivant une ouverture aux capitaux internationaux qui, jusqu’ici, s’est faite progressivement.
Gaston Baht
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