
Une chronique siamoise et sociétale de Patrick Chesneau
Bangkok sous la pluie. Tristesse ? Mélancolie ? Temps de mousson en Thaïlande.
En parcourant le panorama délavé de Krungthep Mahanakorn, se sent-on le cœur embué ? L’âme spongieuse ? Comme imbibé de regrets quand le soleil est escamoté.
Dans le monde aqueux, les repères sont aisément brouillés. Les quartiers abondent dans une litanie de rues engorgées.
En milieu urbain, la marée inexorable des voitures fait penser à des colonnes de fourmis, se croisant en flux inversés. Sitôt l’obscurité gagnée en épaisseur, elles clignoteront en jaune et rouge.
Les grandes artères rectilignes qui perforent la mégapole, comme Praram 4 (prononcer Praram síí), Rama 4 en anglais, prendront l’allure de coulées sombres striées de faisceaux lumineux.
C’est là que le macadam détrempé renvoie le halo des phares vers les nuages de texture anthracite. Efflorescence ultime dans ce tableau expressionniste, de dantesques embouteillages parsèment la ville géante.
Mais parcs et espaces verts se régénèrent en chlorophylle. Tout se purifie. L’humus des allées libère des fragrances insolites.
En apparence, l’homme cède à d’impérieuses lubies météorologiques. De fait, il se réconcilie avec les cycles de la nature.
Les varans antédiluviens se souviennent eux aussi qu’avant l’aube de l’humanité, ils ont cohabité avec les batraciens.
L’élément liquide, source de vie.
Dans l’instant, la grisaille s’installe. Le moment du crépuscule est-il maussade ? Il est des jours où le ciel trop fardé laisse couler son rimmel. Ce sont des larmes de joie.
Patrick Chesneau
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