Accueil Économie THAÏLANDE – ÉCONOMIE : Dette, impôts, vieillissement… l’équation budgétaire se complique

THAÏLANDE – ÉCONOMIE : Dette, impôts, vieillissement… l’équation budgétaire se complique

Date de publication : 17/09/2026
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Weerasak Krueathep

 

Alors que le Parlement vient d’adopter le budget 2027, la dette publique thaïlandaise approche le plafond de 70 % du PIB. Pour Weerasak Krueathep, spécialiste des finances publiques à l’université Chulalongkorn, le pays pourrait connaître une grave crise budgétaire dans la prochaine décennie s’il ne réforme pas son système fiscal. Le FMI se montre moins alarmiste, mais constate lui aussi une réduction des marges de manœuvre.

 

La Thaïlande n’est pas au bord d’une crise de la dette. Mais elle dispose de moins en moins de marge pour s’endetter. Fin juillet 2026, la dette publique atteignait environ 67,5 % du PIB, contre un plafond fixé à 70 %.

 

Le sujet prend une résonance particulière alors que le Parlement vient d’examiner le budget 2027, d’un montant de 3 788 milliards de bahts. Le texte prévoit un déficit d’environ 788 milliards de bahts, soit près de 3,8 % du PIB.

 

Dans un pays confronté au vieillissement de sa population et à une croissance économique modérée, une question devient donc de plus en plus pressante : comment financer durablement les dépenses publiques ?

 

Un spécialiste des finances publiques tire la sonnette d’alarme

 

Weerasak Krueathep vient de lancer un avertissement particulièrement sévère. Professeur associé au département d’administration publique de la faculté de sciences politiques de l’université de Chulalongkorn, il travaille depuis plus de vingt ans sur les finances publiques, la fiscalité, les budgets et les risques budgétaires.

 

Son intervention ne constitue donc pas une prise de position isolée sur l’actualité. Ses travaux universitaires portent depuis longtemps sur la soutenabilité des finances publiques et les moyens de détecter les fragilités budgétaires. Selon lui, sans réforme, le système pourrait connaître une crise majeure dans les dix prochaines années. Il va jusqu’à évoquer le précédent grec pour illustrer le scénario qu’il veut éviter.

 

La comparaison est spectaculaire et mérite d’être relativisée. Weerasak ne décrit pas une crise imminente. Il estime au contraire que l’État thaïlandais peut encore financer ses engagements. Son inquiétude porte sur la trajectoire des prochaines années si les recettes ne progressent pas suffisamment tandis que les dépenses et les engagements publics continuent d’augmenter.

 

Plus de 40 millions d’actifs, mais seulement 5 millions de contribuables

 

Pour Weerasak, le problème ne réside pas seulement dans le niveau de la dette. La faiblesse structurelle des recettes fiscales constitue le cœur de son diagnostic. La Thaïlande compte plus de 40 millions d’actifs, mais environ 5 millions seulement acquittent effectivement l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Le poids de l’économie informelle, les nombreuses exonérations et la structure du marché du travail réduisent considérablement l’assiette fiscale.

 

Weerasak cite notamment l’agriculture, dont dépendent des millions de Thaïlandais et dont les revenus bénéficient largement d’exonérations. Il ne propose pas de taxer indistinctement les petits agriculteurs. Il s’interroge en revanche sur la pertinence d’appliquer les mêmes avantages à des exploitants disposant de surfaces et de revenus beaucoup plus importants.

 

Weerasak pointe également certaines activités en ligne et les possibilités dont disposent encore entreprises et particuliers pour rester en dehors du système fiscal.

 

Autre sujet sensible : les avantages accordés aux investisseurs. Les incitations fiscales liées notamment aux programmes du Board of Investment (BOI) représentent chaque année d’importantes recettes auxquelles l’État renonce. Weerasak appelle à mesurer plus systématiquement leur efficacité et les retombées économiques obtenues en contrepartie.

 

La TVA à 7 %, mais pas de hausse immédiate

 

La TVA constitue naturellement l’un des principaux leviers dont dispose Bangkok. Son taux reste fixé à 7 %, alors que le taux légal normal est de 10 %. Weerasak ne recommande pourtant pas de l’augmenter immédiatement.

 

Sa priorité consiste d’abord à élargir l’assiette fiscale pendant trois ou quatre ans, à améliorer le recouvrement grâce aux outils numériques et à réexaminer certaines exemptions. Une augmentation de la TVA pourrait ensuite devenir nécessaire.

 

Selon ses estimations, chaque point supplémentaire de TVA pourrait rapporter environ 100 milliards de bahts par an. L’ordre des réformes est donc essentiel dans son raisonnement : faire entrer davantage d’activités et de revenus dans le système fiscal avant de demander davantage aux contribuables et consommateurs déjà soumis à l’impôt.

 

Près de 12 % du budget pour la dette

 

Le budget 2027 permet de mesurer concrètement la pression croissante exercée par la dette sur les finances publiques. Sur les 3 788 milliards de bahts de dépenses prévues, environ 151 milliards doivent être consacrés au remboursement du principal de la dette et 294 milliards au paiement des intérêts. Ensemble, ces deux postes représentent près de 12 % du budget.

 

Weerasak attire également l’attention sur des engagements financiers de l’État qui n’apparaissent pas nécessairement de manière complète dans le chiffre habituellement retenu pour mesurer la dette publique.

 

Son scénario est préoccupant : il considère que le plafond actuel de 70 % du PIB pourrait être porté à 80 % dans les prochaines années, puis éventuellement à 100 % à plus long terme si aucune réforme structurelle n’intervient. Il s’agit toutefois de l’analyse de l’universitaire, et non d’une prévision du ministère thaïlandais des Finances, de la Banque de Thaïlande ou du Fonds monétaire international.

 

Réformer aussi les dépenses

 

Augmenter les recettes ne suffira pas, estime Weerasak. L’État doit également revoir son fonctionnement. Il préconise de supprimer les doublons entre certaines administrations et de mieux évaluer l’efficacité des politiques publiques. Lorsqu’un gouvernement crée une nouvelle dépense, il devrait parallèlement identifier les programmes anciens ou moins prioritaires pouvant être réduits.

 

Il ne préconise pas pour autant de couper indistinctement dans les investissements publics. Les projets capables d’améliorer les infrastructures, la productivité ou la croissance doivent être préservés, à condition que leurs résultats puissent être évalués.

 

Même logique pour les aides sociales : Weerasak plaide pour un meilleur ciblage des bénéficiaires afin de concentrer les ressources publiques sur les populations qui en ont réellement besoin.

 

Le FMI est moins alarmiste

 

Le Fonds monétaire international ne décrit pas la Thaïlande comme un pays menacé à court terme par une crise de la dette. Plusieurs éléments jouent en sa faveur. La dette publique est principalement financée sur le marché intérieur, l’exposition aux devises étrangères reste limitée et les obligations de l’État continuent de trouver des acheteurs.

 

Le FMI classe ainsi le risque de stress sur la dette souveraine thaïlandaise comme modéré. Mais son diagnostic rejoint celui de Weerasak sur un point essentiel : la marge de manœuvre budgétaire se réduit. Dans ses dernières projections, le Fonds voit la dette publique rester proche du plafond de 70 % du PIB au cours des prochaines années en l’absence d’un effort supplémentaire de consolidation. Il recommande donc lui aussi d’accroître progressivement les recettes et de maîtriser les dépenses.

 

Une décennie pour rééquilibrer le modèle

 

Le débat dépasse finalement la seule question du plafond de la dette. La Thaïlande entre dans une période où le vieillissement démographique devrait accroître les besoins en matière de santé, de retraites et de protection sociale. Dans le même temps, une croissance moins dynamique rend plus difficile l’augmentation naturelle des recettes fiscales.

 

Le gouvernement entend ramener progressivement le déficit sous les 3 % du PIB et maintenir la dette publique sous le seuil des 70 %. Weerasak Krueathep estime que cet objectif nécessitera des choix beaucoup plus structurels : élargir le nombre de contribuables, revoir certaines exonérations, améliorer le recouvrement, mieux cibler les aides et rendre l’administration plus efficace.

 

Son scénario d’une grave crise dans les dix ans reste une mise en garde, et non une prévision officielle. Mais derrière la formule choc apparaît une question bien réelle : combien de temps la Thaïlande peut-elle continuer à accroître ses dépenses sans élargir suffisamment les recettes qui permettent de les financer ?

 

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