
Une chronique siamoise et sociétale de Patrick Chesneau
Drapeaux dans les écoles : patriotisme ou provocation politique ? Paris et Bangkok divergent radicalement.
Le titre ci-dessus était à la Une de plusieurs journaux français, début septembre, illustrant à merveille la propension de l’Hexagone pluriséculaire à multiplier les débats oiseux. À noter que le Ministère de l’Éducation à Paris s’oppose à une telle initiative, considérant que seuls l’enseignement et la pédagogie ont leur place dans l’enceinte scolaire.
Alors, cédons un court instant à une comparaison de situations.
En Thaïlande, dans toutes les écoles, la journée commence inéluctablement, pour les élèves et les enseignants, par une cérémonie à laquelle nul ne songerait à se dérober. C’est un postulat académique.
On ne déroge pas aux rituels collectifs. Force du symbole.
La discipline comme valeur inculquée
D’abord, on assiste à la répartition millimétrée des écoliers. Filles et garçons. Toutes et tous en uniforme. Professeurs compris.
Des centaines d’enfants en rangs d’oignons. Une portion de génération alignée en files imposées. Aucune bousculade. Pas de vociférations intempestives. Sages comme les images sépia d’un album transmis au fur et à mesure des siècles et dont chacun se sent dépositaire.
La discipline, valeur inculquée. La morale infuse. Le respect et l’ordre deviennent préceptes.
L’hymne national à l’unisson
A 8H, la sonnerie retentit. Au quart de tour, la foule recueillie entonne l’hymne national. A l’unisson.
Le patriotisme est ici une matière obligatoire. On le scande à gorges déployées. Tant de poitrines gonflées par le sens du devoir.
Le drapeau comme symbole unificateur
Vient enfin l’acmé de ce début de matinée. Le lever de drapeau. On hisse les trois couleurs, rouge, blanc, bleu, jusqu’au faîte d’un mât tenant lieu de totem unificateur. C’est à un élève que revient l’indiscutable honneur d’un tel geste de révérence. Ponctué d’un salut genre revue des troupes. Côté écoliers, on se plie à la règle immuable du “wai”, les deux mains jointes à hauteur de poitrine. Plus qu’un bonjour, c’est une allégeance à l’autorité des adultes.
De la cérémonie à la salle de classe
Au signal du chef d’établissement, le corpus des petites têtes studieuses se disloque. Ou plutôt s’égaye avec entrain. En évitant cependant un subit accès de désordre. La socialisation hiérarchisée et la codification inhérente à la société thaïlandaise commencent dans la cour de récréation.
Les élèves rejoignent leurs classes. Avec une éventuelle parenthèse en chemin. Beaucoup s’accordent le temps d’une collation avant de se consacrer à l’effort cérébral.
Nation, Religion, Monarchie
Ainsi débutent les journées d’études dans l’institution scolaire au Royaume de Siam. Nation, Religion, Monarchie… les trois piliers qui unissent le peuple et l’État. Dès le plus jeune âge, c’est la devise à connaître par cœur.
Patrick Chesneau
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