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ASIE – DIPLOMATIE : L’ASEAN, laboratoire du régionalisme asiatique ?

Journaliste : Ioan Voicu Date de publication : 27/09/2026
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Asean - Timor

 

Une chronique de Ioan Voicu, ancien ambassadeur de Roumanie en Thaïlande.

 

Alors que 193 États sont réunis à New York pour la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, il est instructif d’observer comment les États appartenant à des regroupements régionaux affirment leur présence diplomatique.

 

L’ouvrage collectif Essentials of Global Politics (Les fondamentaux de la politique mondiale), recommandé pour 2026, apporte un éclairage intéressant sur cette question. En dix chapitres et près de 400 pages, il analyse les grands débats qui structurent la politique mondiale contemporaine.

 

À travers l’exemple de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), une question centrale se pose : face aux difficultés croissantes du multilatéralisme mondial, les organisations régionales peuvent-elles offrir une forme de coopération plus efficace ?

 

Qu’entend-on par « régionalisme » ?

 

Le régionalisme désigne la constitution de « blocs » ou d’organisations réunissant des États appartenant à une même zone géographique.

 

Ces organisations peuvent couvrir un continent entier, comme l’Union africaine, ou une région plus restreinte, comme l’Union européenne et l’ASEAN. Elles peuvent également être transcontinentales, à l’image de la Ligue arabe, présente en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et dans la péninsule arabique.

 

Le développement du régionalisme repose aussi sur des identités communes. Les populations peuvent partager une langue, une religion, une idéologie ou encore une expérience historique, comme la colonisation, qui transcendent les frontières nationales.

 

Pourquoi le régionalisme s’est-il développé après la Seconde Guerre mondiale ?

 

Le régionalisme fondé sur la coopération entre États a pris son essor au milieu du XXe siècle. L’effondrement des empires après la Seconde Guerre mondiale et la bipolarisation de la planète entre un bloc occidental capitaliste et un bloc communiste ont profondément transformé les relations internationales.

 

Dans ce contexte, certains États ont choisi de coopérer afin de défendre leurs intérêts communs et de mieux se protéger des rivalités entre grandes puissances.

 

Tous les problèmes ne nécessitent d’ailleurs pas nécessairement une réponse mondiale. Face aux difficultés rencontrées par les grandes institutions multilatérales pour parvenir à un consensus entre près de 200 États, la coopération régionale peut offrir une voie plus accessible.

 

Pourquoi l’ASEAN a-t-elle été créée ?

 

L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est a été créée en 1967, dans le contexte de la guerre froide et de l’instabilité politique et militaire en Asie du Sud-Est.

 

Plusieurs pays voisins du Vietnam assistaient alors à la confrontation indirecte entre grandes puissances sur le sol vietnamien. L’ASEAN devait notamment contribuer à contenir l’expansion du communisme, limiter les interventions des superpuissances et développer la coopération économique, sociale et culturelle.

 

À sa création, l’organisation comptait cinq membres : l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande.

 

Quels pays composent aujourd’hui l’ASEAN ?

 

En 2026, l’ASEAN compte onze États membres : le Brunei Darussalam, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, la Birmanie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, le Vietnam et le Timor oriental.

 

Les principales données officielles disponibles pour 2024 faisaient état d’une population de 685 millions d’habitants, d’un produit intérieur brut d’environ 4 000 milliards de dollars et d’un PIB par habitant proche de 5 800 dollars.

 

Pour 2026, les projections des Nations unies évaluent la population totale de l’Asie du Sud-Est, correspondant aux onze États membres, à environ 704,7 millions d’habitants.

 

Comment fonctionne l’ASEAN ?

 

Le principal organe de l’organisation est le Sommet de l’ASEAN, qui réunit les chefs d’État et de gouvernement.

 

Il est complété par plusieurs institutions, dont le Conseil de coordination de l’ASEAN, qui rassemble les ministres des Affaires étrangères, ainsi que les conseils de la Communauté de l’ASEAN chargés des questions politiques et sécuritaires, économiques et socioculturelles. Depuis janvier 2023, le poste de secrétaire général est occupé par le Cambodgien Kao Kim Hourn.

 

Le fonctionnement de l’organisation reste essentiellement intergouvernemental. Les décisions sont traditionnellement prises par consultation et consensus, selon une pratique diplomatique connue sous le nom d’« ASEAN Way », la « voie de l’ASEAN ».

 

Cette méthode accorde une place centrale au principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États membres. Contrairement à l’Union européenne, l’ASEAN ne dispose pas d’un pouvoir supranational susceptible d’imposer directement ses décisions aux gouvernements.

 

Quels sont les principaux objectifs de l’organisation ?

 

L’ASEAN cherche avant tout à promouvoir la paix, la stabilité, la prospérité et la résilience régionales. Ses activités s’organisent autour de trois grands piliers : politique et sécurité, économie et questions socioculturelles.

 

L’organisation entend notamment promouvoir la non-ingérence, le respect mutuel et la résolution pacifique des conflits. Elle coordonne également les efforts de ses membres dans des domaines tels que la cybersécurité, la lutte contre le terrorisme et la gestion des crises.

 

Sur le plan économique, elle cherche à favoriser l’intégration régionale et le commerce. Dans le domaine social, elle ambitionne notamment de réduire les inégalités en matière de santé, d’éducation et de bien-être.

 

Quels résultats l’ASEAN a-t-elle obtenus ?

 

L’un de ses principaux succès diplomatiques a été la conclusion, en 1976, du Traité d’amitié et de coopération. Ce texte a consacré les principes de non-ingérence, de respect mutuel et de résolution pacifique des différends.

La Charte de l’ASEAN, signée en 2007 et entrée en vigueur en 2008, a ensuite doté l’organisation d’un cadre juridique et institutionnel plus structuré.

 

Sur le plan diplomatique, le Forum régional de l’ASEAN, créé en 1994, permet un dialogue régulier avec de grandes puissances telles que les États-Unis, la Chine et la Russie, ainsi qu’avec l’Union européenne.

 

L’intégration économique s’est également développée. En 2015, les États membres ont décidé de poursuivre la construction d’un marché commun. Un vaste accord commercial a par ailleurs été conclu en 2020 avec la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

 

Quelles sont les limites de l’ASEAN ?

 

Les importantes disparités de revenus et d’infrastructures entre les États membres compliquent une intégration économique plus poussée. L’harmonisation des réglementations nationales demeure également difficile, ce qui ralentit la création d’un véritable marché unique.

 

La méthode du consensus et le principe de non-ingérence constituent eux aussi une particularité de l’ASEAN. S’ils contribuent à préserver la cohésion entre des régimes politiques très différents, ils limitent également la capacité de l’organisation à imposer des décisions collectives.

 

Qu’est-ce que le « nouveau régionalisme » ?

 

L’ASEAN illustre ce que Essentials of Global Politics qualifie de « nouveau régionalisme ». L’ancien régionalisme était largement déterminé par la bipolarité de la guerre froide et par des considérations de sécurité. Le nouveau régionalisme se veut plus souple et multidimensionnel.

 

Il englobe désormais la coopération économique, politique, sociale et environnementale. Il permet également aux organisations régionales d’intervenir dans la gestion des catastrophes et de développer des partenariats avec des acteurs extérieurs à leur propre région.

 

Le régionalisme affaiblit-il ou renforce-t-il les États ?

 

C’est l’un des paradoxes du régionalisme contemporain. L’adhésion à une organisation régionale peut limiter la liberté d’action individuelle des États puisqu’elle implique des engagements et des compromis.

 

Mais, selon l’analyse développée dans l’ouvrage, le régionalisme peut aussi renforcer leur influence. En agissant collectivement, des États disposent d’un poids diplomatique et économique supérieur à celui qu’ils auraient individuellement.

 

L’ASEAN illustre ainsi une transformation plus générale des relations internationales : face aux difficultés du multilatéralisme universel, les organisations régionales cherchent à concilier souveraineté nationale, coopération économique, stabilité politique et capacité d’action collective.

 

Les positions exprimées par les onze membres de l’ASEAN lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies permettront d’observer jusqu’où cette ambition régionale peut se traduire par une influence collective sur la scène mondiale.

 

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