
La justice thaïlandaise a lourdement condamné l’ancien abbé de Wat Phra Bat Namphu et l’un de ses principaux collecteurs de fonds. Tous deux écopent de cinquante ans de prison dans une affaire de détournement de dons destinés notamment aux œuvres caritatives du célèbre temple de Lopburi, longtemps associé à la prise en charge des malades du VIH et du sida.
La Cour pénale centrale pour les affaires de corruption et de mauvaise conduite a condamné, mercredi 7 octobre, l’ancien moine Alongkot Poonmook et son associé Seksan Sapsubbsakul, connu sous le surnom de « Mor Bee ».
Selon plusieurs comptes rendus concordants de l’audience publiés par les médias thaïlandais, la Cour a retenu 185 chefs ou faits distincts liés à des détournements de fonds et à des opérations de blanchiment concernant Wat Phra Bat Namphu, dans la province de Lopburi.
Les peines cumulées prononcées atteignent des niveaux spectaculaires : 742 ans de prison pour Alongkot et plus de 386 ans pour Seksan. Ces chiffres restent toutefois théoriques. En application de l’article 91(3) du Code pénal thaïlandais, la durée effective de l’emprisonnement a été plafonnée à 50 ans pour chacun des deux hommes.
Plus de 306 millions de bahts à restituer
La Cour a également ordonné aux deux condamnés de restituer conjointement 306 026 143,50 bahts à Wat Phra Bat Namphu, reconnu comme partie lésée dans cette affaire.
Les fonds en cause provenaient de dons versés par le public pour financer les activités du temple et ses œuvres caritatives.
Un temple devenu symbole de la lutte contre le sida
Wat Phra Bat Namphu est loin d’être un temple provincial ordinaire. À partir des années 1990, l’établissement s’est fait connaître en Thaïlande et à l’étranger pour l’accueil de personnes atteintes du VIH et du sida, à une époque où les traitements restaient peu accessibles et où les malades subissaient une forte stigmatisation.
Son hospice est progressivement devenu l’une des œuvres caritatives bouddhistes les plus connues du royaume. Cette réputation a attiré pendant des années d’importants volumes de dons et donné au temple une place particulière dans l’imaginaire collectif thaïlandais.
C’est précisément ce qui donne à l’affaire une dimension aussi sensible : une partie des fonds détournés provenait de donateurs convaincus de soutenir des malades et des personnes vulnérables.
Un scandale qui dépasse le seul temple
Alongkot, autrefois connu sous son titre religieux de Phra Ratcha Wisutthiprachanat, avait quitté la vie monastique après son arrestation. Seksan Sapsubbsakul intervenait notamment dans la collecte de fonds auprès du public.
Le dossier nourrit depuis plusieurs mois en Thaïlande un débat plus large sur la gestion financière des temples et des grandes œuvres caritatives religieuses, dont certaines brassent des sommes considérables avec des mécanismes de contrôle parfois difficiles à suivre pour le grand public.
Le verdict du 7 octobre marque une étape majeure dans cette affaire. Au-delà des peines prononcées, il pose une question plus large : celle de la confiance accordée par les donateurs aux institutions religieuses qui collectent des fonds au nom de la solidarité.










