
Anwar Ibrahim assume désormais ouvertement le dialogue direct avec Min Aung Hlaing, chef de l’armée birmane arrivée au pouvoir par le coup d’État de 2021. Après l’avoir reçu jeudi 8 octobre à Putrajaya, le Premier ministre malaisien a estimé que les politiques ayant limité les contacts avec Naypyidaw « n’ont porté aucun fruit ».
La rencontre entre Anwar Ibrahim et Min Aung Hlaing marque une évolution notable dans la manière dont Kuala Lumpur entend gérer le dossier birman. Les deux hommes se sont entretenus pendant une trentaine de minutes en tête-à-tête avant de présider une réunion élargie aux délégations des deux pays. Anwar a expliqué qu’il poursuivait ainsi le dialogue engagé avec Min Aung Hlaing à Bangkok au début de l’année dernière.
Le Premier ministre malaisien défend désormais explicitement cette méthode. « Le dialogue direct et les négociations avec le président Aung Hlaing et les dirigeants birmans sont essentiels pour parvenir à une solution durable », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que les approches ayant restreint le dialogue « n’ont porté aucun fruit ».
Les retours au cœur des discussions
La situation des ressortissants birmans présents en Malaisie a occupé une place centrale dans les échanges.
Anwar Ibrahim estime leur nombre à près de 200 000 personnes. Avec Min Aung Hlaing, il a évoqué les possibilités de retour vers la Birmanie sur une base « volontaire, sûre et digne », sans distinction d’origine ethnique.
Cette discussion intervient quelques jours après le transfert de 1 476 ressortissants birmans depuis la base navale de Lumut, dans l’État de Perak, première étape d’un programme concernant environ 5 000 personnes. Kuala Lumpur présente ces départs comme volontaires. L’ONU a toutefois exprimé de fortes réserves sur la possibilité de garantir réellement le consentement des personnes concernées et leur sécurité à leur retour.
Le choix du dialogue
La portée politique de la visite dépasse donc largement la seule question migratoire. Depuis le coup d’État du 1er février 2021, l’ASEAN s’appuie officiellement sur son « consensus en cinq points », qui prévoit notamment l’arrêt des violences, l’ouverture d’un dialogue politique inclusif et l’acheminement de l’aide humanitaire.
Anwar Ibrahim ne renonce pas à cette ligne, mais il estime désormais que le dialogue direct avec Min Aung Hlaing doit en être un complément. Le Premier ministre malaisien a également insisté sur la nécessité de protéger les populations civiles et de garantir l’accès de l’aide humanitaire à toutes les communautés touchées par le conflit.
Commerce, sécurité et criminalité transfrontalière
Les deux délégations ont aussi abordé le commerce, l’économie, l’énergie et la sécurité, ainsi que la lutte contre la criminalité transfrontalière. Ce dernier sujet prend une importance croissante dans la région avec l’expansion des réseaux d’escroquerie en ligne, de traite d’êtres humains et de trafic de drogue opérant depuis plusieurs zones frontalières birmanes.
Après leur conférence de presse, Anwar Ibrahim et Min Aung Hlaing ont poursuivi leurs échanges dans le cadre d’un dialogue réunissant chercheurs, représentants des milieux économiques et groupes de réflexion des deux pays.
Anwar Ibrahim choisit donc de rouvrir franchement le dialogue avec Naypyidaw. Une méthode qu’il présente comme plus efficace que l’isolement, mais dont les résultats restent encore à démontrer.
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