Accueil À la une BIRMANIE – POLITIQUE : Le remue ménage continue au sommet

BIRMANIE – POLITIQUE : Le remue ménage continue au sommet

Journaliste : François Guilbert Date de publication : 16/10/2026

Min Aung Hlaing

 

Une chronique birmane de François Guilbert.

 

Depuis la mi-septembre, les ministres du gouvernement du général-président Min Aung Hlaing ne cessent de valser. Après les ministères de l’Intérieur, du Travail, de la Culture, des Hôtels et du Tourisme, c’est au tour, en ce début de mois d’octobre, des ministères de la Santé, de la Défense et de l’Aide sociale, des Secours et de la Réinstallation de connaître de nouveaux patrons.

 

Non seulement les ministres tombent les uns après les autres, mais il en est de même de leurs principaux collaborateurs. Aux six ministres relevés de leurs fonctions en moins d’un mois se sont ajoutés, depuis la fin juillet 2026, huit vice-ministres, dont cinq entrants pour la seule journée du 10 octobre (Affaires féminines, Éducation, Santé, Sports, Travail).

 

En deux mois, 20 % des ministres et vice-ministres renouvelés

 

En un peu plus de deux mois, 20 % des ministres et des vice-ministres ont été renouvelés. Dans certains départements ministériels, c’est même toute la chaîne hiérarchique qui vient d’être reconfigurée en quelques jours. Il en a été ainsi au ministère de la Santé.

 

Dans la foulée de la prise de fonction du Dr Soe Win, non seulement un nouveau vice-ministre a été nommé, mais également un nouveau secrétaire permanent, c’est-à-dire le plus haut responsable de l’administration. À cette rénovation de la chaîne de commandement « santé », il convient probablement d’ajouter le nom du médecin général Ko Ko Lwin. Après avoir été promu en mai 2026 à la tête du bureau des Affaires sociales et de santé de l’administration présidentielle, créé spécialement pour lui, voici le médecin personnel du général Min Aung Hlaing qui prend, sans raison avancée, les rênes du ministère de l’Aide sociale, des Secours et de la Réinstallation.

 

Pas sûr que ce reformatage brutal de la pyramide hiérarchique « santé » soit le meilleur moyen de faire gagner un an d’espérance de vie d’ici 2030 à toute la population, comme l’affiche désormais le régime militaire.

 

Un vivier de fidèles de plus en plus restreint

 

Une fois encore, c’est à un soldat et fidèle du chef de l’État qu’incombe une responsabilité gouvernementale. Cependant, à regarder dans le détail la liste des décrets de nomination parus dans la Gazette du Myanmar, il appert que le général-président recrute les responsables de son exécutif dans un vivier de cadres loyaux peu fourni. Il lui faut même puiser parmi les cadres de réserve de l’armée pour pourvoir certains postes réservés constitutionnellement à des soldats d’active, comme c’est le cas pour le nouveau ministre de l’Intérieur.

 

Les désignations ministérielles de ces derniers jours ont vu aussi plusieurs personnalités tout simplement échanger leurs portefeuilles. Il en a été ainsi le 5 octobre entre les ministres du Travail et de la Culture. Cette pratique politico-administrative existe manifestement également aux niveaux inférieurs de l’appareil de l’État. Ainsi, les vice-ministres du Plan, des Investissements et des Relations économiques extérieures et des Finances et du Budget ont eux aussi interverti leurs mandats gouvernementaux.

 

Mais à ces remaniements horizontaux du pouvoir se sont ajoutés des réaménagements verticaux dans les administrations civiles, mais également au sein même de l’appareil militaire, sans compter que de nombreux représentants de l’armée, sur son quota de 25 % des parlementaires nationaux et provinciaux, ont eux aussi été changés.

 

Le général Min Aung Hlaing s’était pourtant activement employé à façonner à sa main toutes les institutions jusqu’à sa cessation d’activité comme commandant en chef des services de défense, le 30 mars 2026.

 

Défense : un troisième ministre en une seule année

 

Le ministère de la Défense connaît pour la troisième fois de l’année un nouveau dirigeant. C’est d’ailleurs la cinquième fois en cinq ans que cette fonction ministérielle change de titulaire.

 

Mais, dans le cas présent, les Tatmadawlogues n’auront pas manqué de relever que cette arrivée n’a pas été présentée publiquement comme relevant d’une décision du successeur du général Min Aung Hlaing à la tête de l’armée, le général Ye Win Oo.

 

En dépit des prérogatives constitutionnelles conférées au numéro un de l’appareil de défense, il est vrai qu’il n’y a guère de doute sur l’identité de l’ordonnateur des vastes remaniements gouvernementaux en cours. Le chef des généraux putschistes de 2021 prend plus que jamais toutes les décisions, qu’elles relèvent d’orientations stratégiques ou d’ajustements des ressources humaines.

 

Dans l’appareil d’État civil, les ministres ne choisissent pas vraiment leurs subordonnés directs. Par exemple, le ministre de la Santé, présenté au Parlement le 9 octobre, n’a certainement pas eu son mot à dire sur la désignation de son vice-ministre et de son secrétaire permanent, arrêtée par décrets le 10 octobre. Ce sont pourtant eux qui auront la lourde tâche de mettre en œuvre les politiques publiques. Il en est désormais apparemment de même pour les rotations dans l’appareil de sécurité et de défense.

 

Le retour d’un fidèle de la première heure

 

Celui qui conduira l’administration de la politique de défense, le général Yar Pyae, est en effet d’abord un compagnon de route de la première heure du général Min Aung Hlaing.

 

Il n’a pas cessé d’exercer d’éminentes responsabilités depuis la mise à l’écart violente du gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi. Souvenons-nous ! Le général Yar Pyae a été successivement membre du Conseil de l’administration de l’État (SAC), ministre de l’Union et conseiller à la sécurité nationale (2021-2023), ministre de l’Intérieur (2023-2025), puis ministre des Affaires frontalières (2025-2026). Des charges ministérielles qui, toutes, ont fait couler le sang depuis près de six années.

 

Après l’avènement du 11e chef de l’État en avril dernier, le lieutenant-général de 64 ans s’était vu confier, le 11 avril 2026, les fonctions de secrétaire du Comité national de solidarité et de négociation pour la paix (NSPNC) et de président de son organe chargé des pourparlers, notamment avec une dizaine de groupes ethniques armés.

 

Des responsabilités dont on ne sait, pour l’heure, si elles demeureront plus longtemps entre ses mains. On peut néanmoins en douter. Il est en effet difficile d’afficher que ce soit le même homme à la manœuvre dans l’administration de la défense et dans des négociations dites de paix.

 

Une chose est sûre : l’officier jusqu’ici chargé des discussions « iréniques » est aussi celui qui n’a eu de cesse, depuis 68 mois, de concourir à la gestion opérationnelle de la répression de ceux qui luttent contre le régime militaire de Nay Pyi Taw, de manière non violente ou les armes à la main.

 

L’avoir désigné au cœur de la manœuvre du NSPNC en dit long sur les intentions « pacificatrices » réelles du satrape installé à la présidence de la République cette année.

 

Renseignement militaire : les grandes manœuvres continuent

 

On aura d’ailleurs noté que c’est le chef de la sécurité militaire (renseignement) qui vient d’être propulsé aux fonctions de numéro trois des forces armées. Un homme connu lui aussi pour son emploi disproportionné de la force, notamment alors qu’il exerçait son commandement dans la province de Sagaing à partir de 2022.

 

Les exactions commises alors contre des civils lui ont de facto valu de se voir inscrit sur la liste des individus sanctionnés par l’Union européenne (novembre 2022) et le Canada (janvier 2023).

 

La promotion du général Than Htike au rang de chef d’état-major interarmées, le 11 octobre, poste laissé vacant depuis le 27 septembre et le transfert du général Ko Ko Oo aux fonctions de ministre de l’Intérieur, suscite à son tour un vaste jeu de chaises musicales au sein de la haute hiérarchie militaire.

 

C’est ainsi que le général Pyi Sone Lin prend ces jours-ci la direction du renseignement militaire. Lui succède à la tête de l’instruction des armées le général Tin Min Latt, qui abandonne de son côté le commandement de la région militaire de Rangoun, où un nouvel officier va devoir être investi.

 

Autant de changements dans la répartition des responsabilités civiles et militaires qui ne disent rien de bon pour la stabilité de la Birmanie, ni de clair sur les politiques publiques économiques et sociales de l’administration Min Aung Hlaing.

 

François Guilbert

Vous avez aimé cet article ?

Recevez gratuitement nos lettres d’information :

Gratuit. Désinscription en un clic à tout moment.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

WR Life

Les plus lus