
La monnaie indonésienne vacille et les investisseurs s’inquiètent. Pour éviter une nouvelle dégradation, la Banque centrale multiplie les mesures, parfois contradictoires en apparence. Dans deux analyses publiées les 21 et 26 octobre, Bank of America décrypte cette stratégie délicate, entre soutien à l’économie et défense de la roupie.
Le 21 octobre, Bank Indonesia a surpris les marchés. Elle a maintenu son principal taux directeur à 5,75 %, tout en augmentant la rémunération des dépôts bancaires à 5 %. Dans le même temps, elle a décidé de réduire les réserves obligatoires des banques.
Pourquoi faciliter l’accès au crédit alors que la monnaie nationale subit de fortes pressions ?
Pour les économistes de Bank of America, ces décisions répondent à trois objectifs distincts : soutenir les banques, mieux contrôler les taux d’intérêt et stabiliser la roupie.
Des milliards pour soutenir le crédit
La première mesure concerne l’argent que les banques doivent conserver auprès de la Banque centrale. Cette réserve obligatoire passera progressivement de 9 % à 7 % entre novembre et décembre.
Sur le papier, la décision pourrait libérer environ 190 000 milliards de roupies dans le système bancaire. Mais Bank of America relativise ce chiffre. D’autres ajustements réglementaires limiteront l’effet réel de cette injection de liquidités.
Par ailleurs, le ministère indonésien des Finances devrait retirer une partie des fonds qu’il avait déposés dans les banques commerciales. Au final, l’apport net de liquidités pourrait rester inférieur à 90 000 milliards de roupies, selon les calculs de la banque américaine.
L’objectif est notamment de mieux répartir l’argent disponible entre les établissements financiers. En effet, les crédits accordés progressent plus rapidement que les dépôts de leurs clients.
La roupie, principale source d’inquiétude
La deuxième priorité concerne la monnaie indonésienne. Le 20 octobre, un dollar s’échangeait contre 17 985 roupies, selon Bank Indonesia. Une faiblesse qui complique les choix de politique monétaire.
Pour attirer les capitaux étrangers, la Banque centrale a renforcé les avantages accordés sur certains instruments de protection contre les fluctuations des devises.
Selon ses propres chiffres, ces dispositifs ont contribué à attirer 9,9 milliards de dollars d’entrées brutes de capitaux étrangers depuis juin 2026. Mais ces mesures ne garantissent pas une stabilisation durable de la roupie.
Bank of America estime ainsi qu’une nouvelle hausse du taux directeur reste possible si la monnaie subit de fortes pressions. Ce n’est toutefois pas son scénario privilégié. Une dépréciation prolongée pourrait notamment renchérir les importations et alimenter l’inflation.
Un équilibre de plus en plus difficile
Bank Indonesia cherche donc à résoudre une équation délicate. Elle veut soutenir le financement des entreprises sans provoquer de nouvelles sorties de capitaux. Cette stratégie intervient dans un climat de défiance sur les marchés financiers indonésiens. La Bourse de Jakarta a notamment subi de fortes turbulences après les avertissements de MSCI sur la transparence du marché.
Les analyses de Bank of America apportent un nouvel éclairage à cette question. Les autorités monétaires disposent encore de plusieurs instruments pour stabiliser la situation. Mais leur marge de manœuvre reste étroite. La difficulté sera de défendre la roupie sans étouffer une économie qui a toujours besoin de crédit et d’investissements.
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