
Après près de dix ans de négociations, l’Indonésie veut accélérer la signature de son accord de libre-échange avec l’Union européenne. Jakarta vise le 21 novembre, avec un objectif : préserver l’accès de ses exportateurs au marché européen dès 2027. Côté européen, les États membres n’ont pas encore donné leur feu vert.
Le gouvernement indonésien entend passer à la vitesse supérieure. Jeudi 5 novembre, le ministre coordinateur de l’Économie, Airlangga Hartarto, a annoncé que Jakarta souhaitait signer le 21 novembre l’accord de partenariat économique global avec l’Union européenne (IEU-CEPA).
Lancées en 2016, les négociations se sont achevées en septembre 2025, à Bali. Depuis, le texte n’a pas encore été signé.
Un marché de plus de 280 millions de consommateurs
L’enjeu est considérable pour les deux partenaires. Selon la Commission européenne, l’accord supprime les droits de douane sur plus de 98 % des lignes tarifaires, soit la quasi-totalité des échanges en valeur.
Les entreprises européennes pourraient ainsi renforcer leur présence dans l’archipel, notamment dans l’automobile, les machines industrielles, la chimie et l’agroalimentaire. De leur côté, les exportateurs indonésiens espèrent vendre plus facilement leurs textiles, leurs chaussures et leur huile de palme. Un protocole spécifique encadre d’ailleurs cette dernière, alors que l’Union européenne renforce ses règles contre la déforestation.
En 2025, les échanges de marchandises entre l’Union européenne et l’Indonésie ont atteint près de 29 milliards d’euros. Le volume reste modeste au regard du poids de la première économie d’Asie du Sud-Est.
Jakarta veut éviter une rupture commerciale
L’urgence tient aussi au calendrier. Le 1er janvier 2027, l’Indonésie perdra les préférences tarifaires du système européen SPG, réservé aux pays en développement : la Banque mondiale la classe désormais parmi les pays à revenu intermédiaire supérieur. Sans nouvel accord, ses chaussures et ses vêtements paieraient donc plus de droits de douane en Europe. Jakarta veut que l’IEU-CEPA prenne le relais rapidement.
Le calendrier reste toutefois serré. Fin juin, la Commission européenne a transmis au Conseil de l’UE ses propositions de signature, pour l’accord commercial et pour un accord séparé de protection des investissements. Les États membres doivent encore les approuver. L’accord devra ensuite recevoir l’aval du Parlement européen et être ratifié par l’Indonésie. Une entrée en vigueur début 2027 suppose donc qu’aucune de ces étapes ne prenne de retard.
Pour Bruxelles, cet accord s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification commerciale en Asie, notamment pour sécuriser ses approvisionnements en matières premières critiques et développer les investissements industriels.
La Thaïlande dans la course
Bangkok suit ce calendrier de près. Les négociations de la Thaïlande avec l’Union européenne sont entrées dans leur phase finale après un dixième cycle, tenu à Phuket du 28 septembre au 6 octobre. La ministre du Commerce, Suphajee Suthumpun, espère les conclure d’ici la fin de l’année. Le Vietnam dispose déjà de son accord depuis 2020. Comme le soulignait Gavroche en 2025, les pays d’Asie du Sud-Est sont devenus pour l’Europe des partenaires recherchés, et la course à l’accès au marché européen s’accélère.
La date du 21 novembre reste donc une échéance annoncée par Jakarta, que les deux parties n’ont pas encore confirmée.
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