
Une chronique de Ioan Voicu, ancien ambassadeur de Roumanie en Thaïlande
Contexte actuel
La réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies du 2 mars 2026, présidée par la Première dame des États-Unis, Melania Trump, a permis de réfléchir à l’un des droits humains fondamentaux : le droit universel à l’éducation.
Cette session, organisée sous la présidence américaine du Conseil, était consacrée au point intitulé officiellement « Maintien de la paix et de la sécurité internationales. Enfants, technologies et éducation en situation de conflit ».
Par son contenu, ce point rappelle l’existence de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989, instrument juridique multilatéral ratifié par 196 pays et constituant, de fait, le traité relatif aux droits humains le plus largement ratifié de l’histoire.
Quant à son applicabilité urgente en 2026, nous citons l’article 38, paragraphe 4, de la Convention, qui stipule : « Conformément à leurs obligations en vertu du droit international humanitaire de protéger la population civile dans les conflits armés, les États parties prennent toutes les mesures possibles pour assurer la protection et la prise en charge des enfants touchés par un conflit armé. »
L’actualité de cette Convention est incontestable. Selon l’ONU, 234 millions d’enfants vivant dans des situations de conflit ont actuellement besoin d’un soutien éducatif, dont 85 millions ne sont pas scolarisés. Dans les conflits violents, les écoles peuvent constituer l’un des rares espaces sûrs où les enfants sont protégés et où des services essentiels leur sont fournis. Pourtant, rien qu’en 2024, l’ONU a recensé 2 374 attaques contre des écoles et des hôpitaux – et bien d’autres restent à confirmer.
Au-delà de la symbolique liée à la présence d’une Première dame à la présidence de la réunion, le débat du Conseil de sécurité a soulevé d’importantes questions de fond concernant le rôle de l’éducation dans la construction de sociétés pacifiques et la responsabilité de la communauté internationale de protéger ce droit en temps de crise.
Les États-Unis ont diffusé une note de synthèse soulignant comment les conflits peuvent priver les enfants d’une éducation sûre et de qualité, les rendant ainsi plus vulnérables à l’exploitation, à la traite et au recrutement comme enfants soldats.
Cependant, les médias internationaux n’ont pas pleinement rendu compte de l’événement. La couverture médiatique s’est concentrée presque exclusivement sur le caractère inhabituel de la présidence d’une réunion du Conseil de sécurité par une Première dame – une nouveauté institutionnelle qui, bien qu’exceptionnelle, est restée essentiellement d’ordre procédural.
La presse a accordé beaucoup moins d’attention aux aspects cruciaux abordés lors du débat : la protection de l’éducation dans les zones de conflit, l’impact des technologies sur les possibilités d’apprentissage et l’importance plus large de l’éducation pour la promotion de la paix et de la compréhension internationale.
Le débat du Conseil de sécurité, auquel ont participé ses 15 membres, a néanmoins transmis un message fondamental. L’éducation a été présentée comme un facteur déterminant dans le développement intellectuel et moral des générations futures. Les sociétés qui favorisent l’accès au savoir et à l’apprentissage sont mieux à même de cultiver la tolérance, l’empathie et le respect de la diversité – qualités qui constituent les fondements culturels de la paix. À l’inverse, le déni d’accès à l’éducation peut perpétuer les cycles de pauvreté, d’exclusion et de violence.
Une attention particulière a été portée à la situation des enfants vivant dans des zones touchées par un conflit armé. Les écoles sont fréquemment détruites ou occupées par des groupes armés, les enseignants et les élèves sont déplacés et des générations entières risquent de perdre l’accès à l’instruction de base. Dans de telles circonstances, l’éducation devient plus qu’un service social ; elle devient une forme de protection et d’espoir.
Une autre dimension importante du débat a porté sur le rôle transformateur des technologies. La connectivité numérique, les plateformes éducatives en ligne et l’intelligence artificielle permettent d’étendre considérablement l’accès au savoir au-delà des salles de classe traditionnelles. Pour les enfants des régions isolées ou des zones de conflit, ces technologies représentent parfois la seule voie réaliste pour poursuivre leur apprentissage. Cependant, elles soulèvent également de nouvelles questions concernant les inégalités d’accès au numérique, la qualité des contenus éducatifs et l’utilisation éthique des technologies émergentes.
Si les débats du Conseil de sécurité ont principalement porté sur les enjeux contemporains, ils invitent également à une réflexion historique plus large. On oublie souvent aujourd’hui que la question du droit à l’éducation a été placée au cœur des débats en séance plénière des Nations Unies il y a plusieurs décennies, grâce à une initiative roumaine.
En 1979, la Roumanie a présenté un projet de résolution sur « Le droit à l’éducation » à l’Assemblée générale des Nations Unies. Cette initiative n’était pas un effort national isolé, mais un projet collectif soutenu par un groupe de plus de 40 États issus de différentes régions du monde. Parmi les co-auteurs figuraient des pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et d’Europe, notamment l’Algérie, le Bangladesh, la Colombie, l’Égypte, l’Indonésie, le Pakistan, le Sénégal, le Sri Lanka, le Yémen et la Yougoslavie.
Cette initiative diplomatique a abouti à l’adoption par consensus, le 17 décembre 1979, par l’Assemblée générale, de la résolution 34/170. Cette résolution invitait tous les États à adopter des mesures législatives, administratives et financières afin d’assurer la pleine mise en œuvre de l’éducation pour tous.
Elle soulignait plusieurs principes clés qui demeurent d’actualité : le caractère obligatoire et gratuit de l’enseignement primaire, la mise en place progressive de la gratuité de l’enseignement secondaire, l’égalité d’accès à toutes les formes d’apprentissage et l’importance de donner aux jeunes accès à la science et à la culture.
La résolution appelait également les pays développés à soutenir le développement de l’éducation dans les pays du Sud par le biais de bourses, de programmes de formation et d’autres formes d’assistance visant à renforcer les capacités nationales dans l’industrie, l’agriculture et d’autres secteurs d’activité économique et sociale. À l’époque, l’initiative fut largement saluée et donna lieu à des consultations fructueuses avec l’UNESCO en vue de la préparation d’études spécialisées sur la mise en œuvre du droit à l’éducation.
Avec le recul, en 2026, cet épisode éducatif illustre une caractéristique importante de la diplomatie multilatérale : la capacité des petits et moyens pays à influencer l’agenda normatif mondial. L’initiative roumaine a démontré que des valeurs universelles telles que l’éducation peuvent faire l’objet d’une large coopération internationale lorsque la volonté politique et l’imagination diplomatique convergent.
Le débat du Conseil de sécurité de mars 2026 s’inscrit donc dans une continuité historique plus large. De la résolution de l’Assemblée générale adoptée en 1979 aux débats actuels sur l’éducation dans les zones de conflit et le rôle des technologies dans l’apprentissage, la communauté internationale a réaffirmé à maintes reprises l’importance capitale de l’éducation pour la dignité humaine et une paix durable.
Conclusion
La persistance des conflits armés, des inégalités sociales et des disparités en matière d’éducation montre que la mise en œuvre du droit à l’éducation demeure un défi. Des millions d’enfants à travers le monde n’ont toujours pas accès à l’enseignement de base, et la destruction des infrastructures éducatives continue d’accompagner les conflits contemporains.
C’est pourquoi des débats tels que celui qui s’est tenu le 2 mars 2026 au Conseil de sécurité méritent une plus grande attention. Au lieu de se concentrer principalement sur les personnalités présentes, les médias internationaux pourraient contribuer plus efficacement à la sensibilisation du public en mettant en lumière le fond de ces discussions et les principes universels en jeu.
L’éducation n’est pas simplement une politique sectorielle ou un objectif de développement. Elle est une pierre angulaire du progrès humain et de la stabilité internationale. Alors que les Nations Unies ont déjà célébré le quatre-vingtième anniversaire de leur fondation, se souvenir des initiatives antérieures – telles que la résolution parrainée par la Roumanie sur le droit à l’éducation – peut contribuer à renouveler l’engagement de la communauté internationale à faire en sorte que ce droit fondamental devienne une réalité pour chaque enfant, partout dans le monde.
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Le rapport sénatorial n° 837 du 5 juillet 2023, 137 pages, présenté par Bernard Bonne, sénateur de la Loire (jusqu’en 2023), au nom de la commission des affaires sociales, intitulé : « sur l’application des lois relatives à la protection de l’enfance », fait le point sur la situation française. Il est disponible en ligne.
« Le terme d’éducation pose la question du rôle assigné à l’école. En France, la question est toujours sensible, même depuis la loi de 1905 séparant l’Église et l’État. Depuis cette époque, on distingue bien l’éducation (issue du latin educatio, du verbe ducere, « conduire ») et l’instruction. Cette dernière étant la tâche de l’école (laïque ou privée sous contrat), dont la mission est l’enseignement des savoirs, et seulement eux. C’est à la famille que reviendrait la transmission des valeurs. Aujourd’hui, certains parents considèrent que l’école ne remplirait plus son rôle lorsqu’elle s’immisce sur le terrain de la morale ou de la sexualité.
L’école et la famille sont bien des espaces de transmission, mais selon un rôle spécifique.
En France, le terme d’éducation (nationale) s’est progressivement substitué à celui d’instruction. Évoquée dès 1789, l’instruction publique est dotée, en France, d’une structure forte : l’Université impériale, corporation laïque que la Restauration jugea trop indépendante du roi et de la religion. C’est en 1828 qu’un ministère de l’Instruction publique prend corps, auquel l’Église ne cessera de réclamer sa participation au nom de la « liberté de l’enseignement », que Victor Hugo brocarda dans un fameux discours prononcé le 15 janvier 1850 contre le projet de loi Falloux. « L’Église chez elle et l’État chez lui » résume ses propos.
Bien que séparée de l’État sous la IIIe République, l’instruction publique devient Éducation nationale, signe d’une confusion dont l’instruction et, de là, les missions de l’école (des maîtres et des professeurs) auront, aujourd’hui encore, à pâtir.
De cette confusion résulte une opposition entre une école visant à former l’enfant dans sa totalité, parallèlement à sa famille, voire contre elle (mœurs, sexualité, genre, etc., avec des enjeux politiques et religieux sous-jacents), et une école dont le rôle doit se limiter à l’instruction, dont la mission serait l’acquisition de savoirs fondés sur l’exercice de la raison, du jugement et de l’esprit critique, et non sur l’enseignement d’un catéchisme politiquement (notamment lorsque religion et État sont confondus) correct.
Ainsi, la forme et le contenu des manuels scolaires doivent être distingués des infrastructures de l’école, notamment lorsqu’elles sont insuffisantes, éloignées des domiciles ou détruites par la guerre, voire lorsqu’elles existent en préparation de celle-ci. Les exemples de nombreux programmes scolaires, financés ou non par des organisations internationales ou des États, contiennent des présentations négatives et délégitimantes contestables de l’histoire nationale, des relations entre l’État et ses voisins, fondées sur des stéréotypes (antisionisme, antisémitisme, racisme, suprématismes opposés, etc.), de nature à cultiver la haine de l’autre, à glorifier le terrorisme, jusqu’à la négation d’un État.
L’éducation pour tous, mais laquelle ? »
La présidence de ce Conseil de sécurité était d’autant plus bouffonne et répugnante que les États-Unis sont le seul pays du monde à n’avoir toujours pas ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant. Votre oubli de ce point crucial quant à l’efficacité de la Convention est assez inexplicable !
Par ailleurs, dans votre rappel historique, vous oubliez également de mentionner la différence juridique fondamentale entre les « déclarations » antérieures des droits de l’enfant (y compris celle de la Société des Nations de 1923) et la Convention de 1989 ; la nouveauté réside notamment dans les articles 12 à 15, qui consacrent pour les enfants l’exercice progressif des droits-libertés, et pas seulement le bénéfice des droits-créances : les droits « à… » (identité, sécurité, santé, éducation, loisirs, etc.) se complètent désormais des droits d’exercice direct des libertés d’expression, de publication, d’association, etc., c’est-à-dire les droits « de… ».
Par ailleurs, les déclarations antérieures n’avaient pas force contraignante dans les droits internes des États parties, alors que la Convention est juridiquement et judiciairement contraignante. Tous les quatre ans, chaque État partie doit rendre compte de l’application de la Convention devant le Comité des experts de l’ONU et, si le Comité n’a pas (encore) de pouvoir de sanction, il n’en reste pas moins que ses jugements sont publics. Par ailleurs, tout enfant citoyen d’un des États parties qui s’estime victime d’une atteinte à ses droits peut, une fois les recours internes épuisés ou en cas d’utilisation de la procédure d’urgence, saisir lui-même et directement le Comité.