
Ce lundi 26 octobre, la Thaïlande célèbre Awk Phansa, qui marque la fin des trois mois de retraite des moines bouddhistes. Une journée de ferveur, d’offrandes et de traditions ancestrales. À Sukhothaï, notre chroniqueur Michel Hermann nous entraîne dans une cérémonie singulière, racontée en vers.
Chaque année, à la pleine lune du onzième mois lunaire, les bouddhistes thaïlandais célèbrent Awk Phansa (วันออกพรรษา), la fin de la retraite monastique observée pendant la saison des pluies.
En 2026, cette fête religieuse tombe le lundi 26 octobre. Elle clôt trois mois durant lesquels les moines ont limité leurs déplacements pour se consacrer à la méditation, à l’étude et à la vie communautaire.
Le lendemain, de nombreux temples célèbrent Tak Bat Devo, une cérémonie d’offrandes qui évoque, selon la tradition bouddhique, le retour du Bouddha sur Terre après son séjour dans le monde céleste où résidait sa mère.
Les fidèles se rassemblent alors pour remettre nourriture et présents aux moines. Dans certaines localités, ces derniers descendent symboliquement d’une colline ou d’un escalier monumental, rappelant ce retour du Bouddha.
Les festivités prennent différentes formes à travers le royaume. Dans le Nord-Est, courses de bateaux traditionnels et embarcations illuminées accompagnent parfois les célébrations.
À Sukhothaï, cette tradition offre un spectacle particulièrement émouvant. Notre chroniqueur Michel Hermann l’avait raconté en 2023 dans un poème consacré à la procession des moines du Wat Saphan Hin, au cœur du parc historique.
À l’occasion d’Awk Phansa 2026, nous vous invitons à redécouvrir cette chronique en vers, où se mêlent spiritualité, paysages et scènes de la vie thaïlandaise.
La chronique en vers de Michel Hermann, publiée initialement dans Gavroche en octobre 2023, est reproduite ci-dessous.
En file indienne, les bonzes en robe safran
Descendent avec précaution de la colline.
Car l’accès au Wat Saphan Hin, surplombant
A l’ouest le Parc Historique, que l’on devine
À peine, est malaisé. Sur les marches en pierres
Brutes, ils avancent silencieusement.
Au lever du soleil, ils avaient, les paupières
Baissées, gravi ces marches jusqu’au monument
En stuc : un grand bouddha de neuf mètres de haut,
Le Phra Attharot, pour lui arroser les pieds
Et implorer sa protection, qui de là-haut,
Assurera calme et harmonie pour l’année.
Pieds nus, portant leur sébile, ils rejoignent
Sur la route, la foule des nombreux dévots
Rangés à perte de vue dans la campagne.
Souvent en famille, ils sont arrivés très tôt
Pour leur offrir leur obole, composée de riz
Gluant enveloppé dans des feuilles de palme.
Avec Awk Phansa, se terminent ainsi
Trois mois du carême bouddhiste, alme
Électuaire pour le corps et pour l’esprit,
Qui avaient commencé par Khao Phansa.
Il marque aussi la fin de la saison des pluies,
Le jour du onzième mois lunaire à la
Pleine lune, qui cette année tombe la nuit
Du vingt-neuf octobre. La légende suggère
Que le Bouddha, après trois mois de paradis
Où il resta avec Māyādévi, sa mère,
Réapparut enfin sur terre pour poursuivre
Son enseignement. Alors, la communauté
Des moines sort des temples, humble, pour suivre
Avec abnégation la même voie sacrée,
Et quémander sa pitance. Elle dispense
En retour bénédictions et quelques conseils.
Sur la route, dans cette religieuse ambiance,
Caressée par les premiers rayons de soleil,
Le long cortège de fidèles bien alignés,
Attend que les bonzes, à la queue leu leu,
Arrivent à sa hauteur, vieux et jeunes mêlés,
Pour délivrer leurs aumônes bénies des cieux.
Un petit chariot tiré par des moinillons
Permet d’engranger l’amas de nourriture,
Et bien autres cadeaux divers, qui prendront
Le chemin des temples en tracteurs et voitures.
Le soleil était déjà haut, est venu le temps
De terminer la cérémonie. L’an prochain
A la fin de la saison des pluies, ces instants
Mystiques perpétueront leur cycle divin.
Michel Hermann
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