
Gavroche a sélectionné pour vous quelques nouvelles saillantes en Birmanie au cours de la semaine écoulée. Un survol de l’actualité indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à ce pays d’Asie du Sud-Est.
France
Des ressortissants français et birmans ont manifesté vendredi à Paris et Marseille pour marquer le cinquième anniversaire du coup d’État du 1er février 2021 en Birmanie et appeler la communauté internationale à interdire la vente de carburant d’aviation et d’armes à la junte. Kim Aris, fils d’Aung San Suu Kyi, a réclamé la libération de tous les prisonniers politiques, dont sa mère et l’ex-président Win Myint. Selon des ONG, plus de 22 000 opposants restent détenus, plus de 120 000 personnes ont été tuées depuis 2021 et plus de cinq millions ont été déplacées.
À l’occasion du cinquième anniversaire du coup d’État du 1er février 2021, le Bureau de représentation du Gouvernement d’Unité Nationale (NUG) de Birmanie en France organisera une conférence de presse le mercredi 4 février 2026, de 16h à 17h, à l’Assemblée nationale. L’événement se tiendra en présence de Maw Htun Aung, vice-ministre de l’Électricité et de l’Énergie du NUG, et de Nan Su Mon Aung, représentante du NUG en France. Les intervenants dresseront un bilan de la situation politique et humanitaire en Birmanie, cinq ans après le coup d’État, et rappelleront les revendications du peuple birman en faveur de la démocratie et des droits humains.
Politique, diplomatie
Le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a rejeté vendredi les élections organisées par la junte birmane, qu’il qualifie de « diversion » face aux vrais enjeux politiques. Il a rappelé que le Japon, comme la communauté internationale, réclame avant tout la libération des prisonniers politiques, dont Aung San Suu Kyi, et l’ouverture d’un dialogue inclusif. Tokyo continuera de suivre de près l’évolution du processus politique, d’exiger la fin des violences — notamment les frappes aériennes — et la libération des détenus, tout en poursuivant son aide humanitaire au peuple birman.
Le Sénat américain a adopté le budget fédéral 2026 en y intégrant 121 millions de dollars d’aide à la Birmanie, par 71 voix contre 29. Les fonds, issus des programmes d’investissement économique national, n’iront pas au régime, mais financeront une aide transfrontalière via la Thaïlande et l’Inde, un soutien non létal et des formations, l’appui aux autorités locales et au fédéralisme, la documentation des violences, la justice pour les Rohingya et l’aide aux prisonniers politiques. Le texte doit encore recevoir la signature du président Donald Trump pour entrer en vigueur.
Le nouveau Parlement birman, dont l’ouverture est prévue en mars 2026, sera quasiment entièrement contrôlé par le Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP), formation soutenue par l’armée, à l’issue d’un processus électoral organisé en trois phases par le régime. Parmi les élus figurent plusieurs figures clés de l’appareil sécuritaire et économique du régime, dont Khin Yi, ancien chef de la police et artisan des ralliements pro-militaires, et Nyo Saw, gestionnaire de l’empire financier de l’armée. Privé de toute concurrence réelle après la dissolution de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le Parlement apparaît avant tout comme une vitrine institutionnelle destinée à légitimer et verrouiller le pouvoir des généraux. Cette architecture politique renforce également l’influence des réseaux économiques et familiaux fidèles à Min Aung Hlaing, tout en marginalisant toute forme d’opposition.
Les audiences publiques de la Cour internationale de justice (CIJ) dans l’affaire de génocide intentée par la Gambie contre la Birmanie se sont achevées jeudi, après les plaidoiries finales de la junte demandant le rejet des accusations. Ouverte le 12 janvier, la procédure a comporté deux séries d’audiences et des témoignages. La Gambie a présenté trois témoins et un expert pour étayer ses accusations de violations de la Convention des Nations unies sur le génocide lors des opérations militaires de 2017 dans l’État de Rakhine. La Birmanie a reconnu des violences, tout en niant toute intention génocidaire, affirmant que les preuves ne démontrent pas une volonté de détruire la minorité rohingya. L’équipe juridique birmane a qualifié les opérations de « lutte contre l’insurrection » contre des militants de l’ARSA et contesté les bilans et rapports des Nations unies et d’ONG. La Cour entre désormais en phase de délibération, une décision étant attendue plus tard dans l’année.
La Commission électorale de l’Union (UEC) a annoncé mercredi que le parti pro-junte USDP a remporté 231 des 263 sièges de la chambre basse (Pyithu Hluttaw), lui assurant une large majorité. Les résultats définitifs de la chambre haute n’ont pas encore été publiés, mais l’USDP a déjà obtenu 52 des 78 sièges après deux tours de scrutin. Avec l’appui automatique des 25 % de sièges réservés aux militaires, l’USDP pourrait atteindre le seuil nécessaire pour élire le président. Sur la scène internationale, la Chine a félicité la Birmanie pour l’organisation du scrutin. L’ASEAN, de son côté, a annoncé qu’elle ne reconnaîtra pas ces élections.
Le 2 février, le Gouvernement d’unité nationale (NUG) a salué les discussions des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN à Cebu et réaffirmé son attachement au Consensus en cinq points, appelant à des mesures concrètes pour faire cesser les violences, garantir la légitimité politique et acheminer une aide humanitaire impartiale. Il a également demandé un renforcement du rôle de l’émissaire spécial et du mécanisme de la Troïka pour une solution inclusive à la crise birmane.
Économie
Le Pakistan et la Birmanie ont signé un accord stratégique visant à renforcer leur coopération dans les domaines de l’économie, du commerce, de l’investissement et de l’agriculture. L’accord a été conclu lors d’une rencontre entre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, et son homologue birman, Than Swe. Les deux pays ont également paraphé un protocole d’accord destiné à intensifier la coordination entre leurs ministères des Affaires étrangères, avec un accent particulier mis sur le développement du tourisme religieux, notamment autour des sites bouddhistes situés au Pakistan. Avec un commerce bilatéral limité à environ 70 millions de dollars, les deux gouvernements ont reconnu la nécessité de rééquilibrer et dynamiser leurs échanges, en encourageant notamment les investissements privés. Cette visite officielle de quatre jours, la première de ce niveau depuis 2022, marque une relance diplomatique notable entre les deux pays, dont les relations remontent à 1947, malgré un contexte régional tendu.
Le 30 janvier 2026, le ministre en chef de la région de Rangoun, U Soe Thein, a lancé à Mhawbi une zone stratégique d’exportation de riz, destinée à moderniser la filière rizicole birmane et à renforcer ses capacités à l’export. À cette occasion, les autorités ont distribué des aides financières et des semoirs à tambour aux agriculteurs afin d’améliorer les rendements, tandis que la Fédération du riz de Birmanie a présenté les dispositifs logistiques prévus pour soutenir la montée en puissance des exportations. L’événement a également été marqué par l’inauguration d’une centrale solaire de 1 000 kW au sein de la rizerie moderne MAPCO-MFI, illustrant l’intégration de solutions énergétiques durables dans la chaîne de transformation du riz. Cette infrastructure vise à sécuriser l’approvisionnement énergétique, réduire les coûts de production et accroître la compétitivité du secteur sur les marchés internationaux.
Pour marquer le 79e anniversaire de la Fête de l’Union, une exposition nationale d’envergure dédiée aux micro, petites et moyennes entreprises (MPME) se tiendra à la Place du Peuple de Nay Pyi Taw du 8 au 13 février 2026. Cet événement de six jours rassemblera quinze pavillons représentatifs des différentes régions et États de Birmanie, ainsi que 124 stands thématiques couvrant des secteurs variés tels que les machines agricoles, les technologies solaires, les véhicules électriques et l’industrie textile. Organisée sous l’égide d’un comité central de coordination, cette foire mettra en avant les produits locaux issus du programme « Une région, un produit » (OROP), allant de l’artisanat traditionnel aux denrées alimentaires ethniques, tout en facilitant des sessions de mise en relation d’affaires (business matching). L’initiative vise à promouvoir le dynamisme économique local et à renforcer la visibilité des entrepreneurs nationaux dans un cadre de célébration patriotique.
La Banque centrale de Birmanie (CBM) a annoncé avoir vendu 4,77 millions de dollars et 1,27 million de bahts thaïlandais le 30 janvier afin de soutenir les importations d’huile alimentaire et de carburant et de contenir la volatilité du marché des changes. Sur ce total, 1,18 million de dollars ont été alloués aux importateurs d’huile et 3,59 millions au secteur des carburants. La CBM rappelle que depuis décembre 2023, les taux de change sont libéralisés et déterminés par le marché. Le taux de référence du dollar s’établissait à 3 654 kyats ce jour-là sur la plateforme officielle.
Société / Répression / Conflit
La junte a prolongé pour 90 jours l’état d’urgence dans 63 townships du pays, a annoncé le régime. La mesure, en vigueur depuis fin juillet dernier dans des zones totalement ou partiellement contrôlées par la résistance et des groupes armés ethniques, reste assortie du maintien de la loi martiale. Min Aung Hlaing, y conserve l’ensemble des pouvoirs exécutifs et judiciaires. Les territoires concernés se situent notamment dans les États de Kachin, Kayah (Karenni), Karen, Chin, Rakhine et Shan, ainsi que dans les régions de Sagaing, Magwe et Mandalay.
La phase finale des élections, organisée le dimanche 1er février 2026, a été marquée par de violents affrontements dans huit des neuf États et régions concernés. Incapable de garantir la sécurité des électeurs, la commission électorale a dû annuler le scrutin dans plusieurs localités, notamment à Mansi et Momauk, tandis que d’autres bureaux ont été déplacés en urgence vers des sites militaires ou universitaires, comme à Bhamo et Launglon. Malgré des bombardements aériens et des explosions signalés dans des zones telles que Hpakant ou Phyu, le régime a cherché à préserver une façade de normalité électorale. La participation est toutefois restée très faible dans des régions comme Sagaing et l’État Karen, où le contrôle de la junte se limite essentiellemnt aux centres urbains.
La Karen National Union (KNU) affirme que ses forces ont remporté d’importants succès militaires en 2025 face au régime. Selon son bilan annuel, 2 305 affrontements ont eu lieu dans les territoires karens, aboutissant à la prise de 17 bases de l’armée. La KNU, appuyée par la Karen National Liberation Army (KNLA), la KNDO et des unités de la People’s Defense Force (PDF), affirme avoir infligé de lourdes pertes au Conseil militaire : 1 974 soldats tués, dont plusieurs officiers supérieurs, et 1 655 blessés. Plus de 200 nouvelles recrues se seraient rendues. Côté rebelles, le bilan fait état de 108 combattants tués et 480 blessés. Ces chiffres ne peuvent pas être vérifiés de manière indépendante.
Le Conseil exécutif intérimaire (IEC) de l’État Karenni a présenté ses excuses après l’évasion de 80 soldats birmans de la prison de Mese le 18 janvier. Environ 70 d’entre eux ont réussi à franchir la frontière vers la Thaïlande avant d’être remis par les autorités thaïlandaises à l’armée birmane, tandis que huit ont été tués et deux recapturés, selon l’IEC. La prison est située dans une zone contrôlée par la résistance depuis novembre 2023.
La Chine a exécuté onze membres de la famille Ming, l’un des clans mafieux les plus redoutés qui contrôlaient les centres d’escroquerie en ligne de Laukkaing, à la frontière entre la Birmanie et la Chine. Condamnés en septembre dernier par un tribunal de la province du Zhejiang pour homicides, détentions illégales et fraudes massives, les Ming auraient engrangé plus de 10 milliards de yuans (environ 1,4 milliard de dollars) entre 2015 et 2023 grâce à leur empire criminel, connu sous le nom de « Crouching Tiger Villa », dont les victimes étaient majoritairement chinoises. Cette exécution collective, survenue après la chute du clan en 2023, vise à envoyer un message de dissuasion aux autres réseaux encore actifs. Plusieurs familles influentes — notamment les Bai, Wei et Liu — attendent toujours leur verdict.
De violents affrontements ont opposé, le 31 janvier, les forces de l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA) à des unités de l’armée birmane dans la région de Hpakant, au nord de l’État kachin. Les combats ont débuté vers 8 heures du matin près de Ye Aye Jaung, impliquant notamment le bataillon n°9 de la KIA. Les échanges de tirs se sont étendus à plusieurs localités, dont Htung Hpu et Jang Gap, provoquant la fuite de nombreux habitants, contraints de se réfugier dans des zones plus sûres. De nouveaux accrochages ont été signalés dans l’après-midi, notamment près de Gwi Hka Sut Nan et de Woi Kawng Balik, illustrant la persistance d’une forte instabilité sécuritaire dans cette zone minière stratégique.
Le Conseil de défense et de sécurité nationale a annoncé une mesure de clémence permettant aux fonctionnaires absents de leur poste depuis le coup d’État de février 2021 d’être retirés des listes noires administratives, à condition qu’ils n’aient commis aucune infraction pénale. Cette directive vise les agents publics qui ont quitté leurs fonctions sans autorisation officielle et vivent depuis dans la clandestinité, par crainte de représailles. Les autorités les invitent désormais à se signaler auprès de leurs anciens services, des administrations locales ou des représentations diplomatiques à l’étranger, afin d’entamer une procédure de vérification. Après examen, les personnes dont l’intégrité est établie — y compris celles ayant déjà purgé une peine pour des faits antérieurs — verront leur nom radié de ces registres restrictifs, ouvrant la voie à une possible régularisation de leur situation administrative.
Le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de l’Irrigation, U Min Naung, s’est rendu le samedi 31 janvier 2026 sur le site du barrage de Samon, dans le district de Meiktila, afin de superviser les travaux de reconstruction d’un conduit d’eau. Cette infrastructure avait été endommagée par les inondations provoquées par le typhon Yagi en septembre 2024, puis par le séisme de Mandalay du 28 mars 2025. Le ministre a inspecté l’état d’avancement des différentes phases du projet, ainsi qu’un système de pompage alimenté par énergie solaire destiné à desservir les exploitations situées en altitude. Il a exhorté les équipes techniques à achever les travaux avant la saison des pluies 2026-2027, afin d’éviter de nouveaux retards et de sécuriser l’approvisionnement en eau. Lors d’une rencontre avec les agriculteurs locaux, U Min Naung a également encouragé la diversification des cultures, notamment vers les oléagineux et le riz d’été. Il a assuré que la remise en service complète du système d’irrigation permettra de rétablir l’arrosage de plus de 500 acres de terres agricoles, fortement affectées par les catastrophes climatiques et sismiques.
Le ministre des Affaires religieuses et de la Culture, U Tin Oo Lwin, a inspecté, le samedi 31 janvier 2026, les travaux de rénovation des pagodes et stupas du canton de Tatkone, endommagés par le séisme du 28 mars 2025. Lors de sa visite à la pagode ancienne de Pyaing Inn Su Taung Pyae et à la pagode Eain Taw Yar, le ministre a insisté sur l’importance de renforcer les structures afin qu’elles puissent désormais résister à des secousses d’une magnitude de 8 sur l’échelle de Richter, tout en préservant scrupuleusement l’architecture et le style originels des édifices. Accompagné du vice-ministre U Aye Tun, il a supervisé la restauration des statues de Bouddha détruites et salué les efforts conjoints des conseils d’administration des pagodes et des autorités locales.
Le président du Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP), Khin Yi, s’est rendu le 28 janvier dans le village de Shwe Bahor, dans la circonscription de Zeyarthiri à Naypyidaw, pour inspecter l’achèvement des travaux de reconstruction d’un pont piétonnier endommagé par un séisme. Accompagné de responsables du parti et d’élus locaux, il a échangé avec les autorités du projet et rencontré des habitants du village. Khin Yi, ancien chef de la police et figure clé du parti soutenu par l’armée, a été élu député de Zeyarthiri lors du premier tour des législatives de décembre 2025 avec 71,35 % des voix.
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