
Gavroche a sélectionné pour vous quelques nouvelles saillantes en Birmanie durant cette semaine écoulée. Un survol de l’actualité indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à ce pays d’Asie du Sud-Est.
Politique, Diplomatie
Le président, Min Aung Hlaing, a soumis au Parlement un projet de 43 amendements à la Constitution de 2008. Parmi les principales mesures figurent un renforcement possible des restrictions visant Aung San Suu Kyi, l’allongement à dix ans des mandats du Tribunal constitutionnel et de la Commission électorale, ainsi que la possibilité pour les États et régions d’adopter leur propre Constitution. En revanche, plusieurs revendications des partis ethniques n’ont pas été retenues. Aucun calendrier d’examen du texte n’a encore été annoncé.
Le Parlement birman a rejeté, le 9 juillet, le plan de paix en cinq points (5PC) de l’ASEAN, adopté après le coup d’État de 2021, estimant qu’il ne reflétait pas la « réalité politique » du pays. Alors que certains députés proches de l’armée ont même évoqué un retrait de l’organisation régionale, le ministre birman des Affaires étrangères a néanmoins participé à la réunion informelle des chefs de la diplomatie de l’ASEAN organisée cette semaine à Bangkok.
En marge d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN, le chef de la diplomatie thaïlandaise, Sihasak Phuangketkeow, s’est entretenu avec son homologue birman, U Tin Maung Swe. Les discussions ont porté sur la sécurité de la frontière commune, le commerce transfrontalier, les questions environnementales ainsi que sur les relations entre la Birmanie et l’ASEAN. Aucune annonce majeure n’a été faite à l’issue de cette rencontre.
Soutenue par la Chine, la Birmanie a de nouveau demandé à l’ONU de reconnaître son représentant officiel en remplacement de l’ambassadeur U Kyaw Moe Tun, resté fidèle au gouvernement civil renversé en 2021. Naypyidaw a également appelé les Nations unies à cesser toute « ingérence » dans les affaires intérieures du pays. À ce stade, l’ONU continue toutefois de reconnaître U Kyaw Moe Tun comme représentant de la Birmanie.
La Birmanie et la Biélorussie ont instauré, depuis le 8 juillet, une exemption réciproque de visa pour les séjours de courte durée. Signé fin 2025, l’accord autorise des séjours de 30 jours par voyage, dans la limite de 90 jours par an. Au-delà de son aspect pratique, cette mesure illustre le rapprochement diplomatique entre Naypyidaw et Minsk, deux partenaires qui ont renforcé leur coopération depuis le coup d’État militaire de 2021.
Dans une lettre rendue publique le 9 juillet, Emmanuel Macron réaffirme son appel à la libération immédiate et sans condition d’Aung San Suu Kyi et de l’ensemble des prisonniers politiques détenus par la junte birmane. Le président français indique également avoir évoqué le sort de l’ancienne dirigeante avec le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul lors de leur rencontre à Paris, soulignant le rôle clé de la Thaïlande dans les efforts diplomatiques visant à trouver une issue à la crise birmane.
La Ligue nationale pour la démocratie (NLD) a accusé l’armée birmane de vouloir effacer l’héritage du héros de l’indépendance Aung San, en multipliant les destructions de ses statues à travers le pays. Selon le parti d’Aung San Suu Kyi, au moins 16 monuments érigés entre 2016 et le coup d’État de 2021 ont déjà été démontés. Ces démolitions se sont accélérées à l’approche de la Journée des Martyrs, célébrée le 19 juillet en mémoire de l’assassinat d’Aung San en 1947.
Économie
La Birmanie affirme avoir repris le contrôle d’un tronçon stratégique de la route Monywa-Kalewa, intégré au corridor de l’autoroute Inde-Birmanie-Thaïlande, ouvrant la voie à une reprise prochaine du commerce frontalier avec l’Inde. Les groupes de résistance contestent toutefois cette annonce, assurant que plusieurs secteurs de cet axe restent sous leur contrôle.
Le marché du jade à Mandalay, principal centre de négoce birman, traverse une crise sous l’effet du recul de la demande chinoise et de la disparition des achats liés aux réseaux de fraude en ligne. Après plusieurs années de forte spéculation, les prix chutent, fragilisés également par la guerre civile et le ralentissement économique. Les professionnels estiment que la « bulle » qui avait porté le secteur entre 2021 et 2023 est désormais éclatée.
La Banque centrale de Birmanie (CBM) a poursuivi ses interventions sur le marché des changes en juillet, en injectant notamment 10 millions de dollars en faveur des importateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), ainsi que des devises destinées aux importateurs d’huile alimentaire et aux entreprises du secteur textile (CMP). En juin, elle avait déjà mis sur le marché plus de 35 millions de dollars, dans le but de soutenir les importations stratégiques et de stabiliser les disponibilités en devises.
La Birmanie a exporté plus de 529 000 tonnes de riz et de brisures de riz entre avril et juin 2026, générant 167 millions de dollars de recettes, selon la Fédération birmane du riz (MRF). Les exportations ont nettement progressé en juin, avec près de 224 000 tonnes expédiées. Les autorités entendent poursuivre cette dynamique en coordination avec les principales organisations professionnelles du pays afin d’atteindre leurs objectifs d’exportation.
Société
Des organisations locales dénoncent l’exploitation de femmes déplacées dans les mines illégales de terres rares de l’État Kachin, au nord de la Birmanie. Employées dans des sites contrôlés par des opérateurs chinois, elles seraient soumises à des conditions de travail coercitives, certaines étant victimes de pressions ou d’abus sexuels. Les minerais extraits alimentent principalement les industries chinoises des technologies et des énergies vertes.
Le responsable du Sky Villa de Mandalay a été condamné à cinq ans de prison avec travaux forcés pour homicide involontaire par négligence. L’immeuble s’était effondré lors du séisme de magnitude 7,7 de mars dernier, faisant plus de 200 morts. Les enquêteurs ont conclu que des défauts de construction avaient contribué à la catastrophe, l’une des plus meurtrières du tremblement de terre.
Les autorités birmanes alertent sur la recrudescence des réseaux de traite des êtres humains exploitant des femmes destinées à des mariages forcés avec des hommes chinois. Attirées par de fausses promesses d’emploi ou de revenus, des victimes sont ensuite transférées clandestinement vers la Chine. Selon les autorités, ces filières, désormais actives jusqu’en Thaïlande et à Taïwan, prospèrent sur fond de crise économique et de conflit, qui fragilisent davantage les populations les plus vulnérables.
Le Département birman de la météorologie et de l’hydrologie a enregistré neuf séismes entre le 3 et le 12 juillet dans plusieurs régions du pays, notamment à Mandalay, Bago, Sagaing, Ayeyawady, Yangon et dans l’État Shan. Les secousses, d’une magnitude comprise entre 3,0 et 4,3, n’ont fait l’objet d’aucun signalement de victimes ou de dégâts majeurs. Cette activité sismique rappelle la forte exposition de la Birmanie aux risques tectoniques, quelques mois après le puissant séisme qui a frappé le centre du pays.
Répression / Conflit
De violents affrontements se poursuivaient mercredi près de Myawaddy, à la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande, après l’envoi de plusieurs milliers de renforts par le régime. Les combats opposent les forces de l’armée aux combattants de l’Armée de libération nationale karen (KNLA). Des tirs d’artillerie ont été entendus jusqu’à Mae Sot, en Thaïlande, où plusieurs obus sont tombés en territoire thaïlandais, entraînant un renforcement du dispositif de sécurité par l’armée thaïlandaise.
Plusieurs dizaines de prisonniers politiques auraient été violemment agressés début juillet dans la prison d’Insein, à Rangoun, selon des sources proches des détenus. L’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP) évoque également des retards dans la prise en charge médicale des blessés. L’organisation estime que plus de 22 000 prisonniers politiques sont actuellement détenus en Birmanie, dans un contexte d’accusations récurrentes de torture et de mauvais traitements dans les prisons du pays.
Au moins 878 civils ont été tués dans l’État de Karenni (Kayah) depuis le coup d’État militaire de février 2021, selon le Progressive Karenni People Force (PKPF). Les combats et bombardements ont également provoqué le déplacement de près de 250 000 habitants et détruit des milliers d’habitations, d’écoles et de centres de santé.
Le régime birman a officiellement armé une nouvelle milice dans la région d’Ayeyarwady afin de renforcer ses positions face à l’Arakan Army (AA). Cette décision intervient alors que les combats se sont intensifiés depuis que le groupe ethnique armé a étendu son offensive de l’État de Rakhine vers les zones frontalières de la région d’Ayeyarwady, notamment autour de Shwe Thaung Yan, Thabaung et Yegyi.
Au moins 12 combattants des Forces de défense du peuple (PDF), alliées au Gouvernement d’unité nationale (NUG), ont été tués depuis le 24 juin lors de combats contre l’armée birmane dans les cantons d’Indaw et d’Ayardaw, dans la région de Sagaing. Les affrontements s’inscrivent dans la contre-offensive menée par l’armée pour reprendre le contrôle de plusieurs localités du nord-ouest du pays. Les pertes de l’armée n’ont pas été communiquées.
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