
Une chronique birmane par François Guilbert
La junte birmane dirigée par le général Min Aung Hlaing a récemment renforcé sa stratégie de communication internationale en nommant une porte-parole présidentielle, une initiative inhabituelle pour un régime militaire birman. La fonction a été confiée à la docteure Khaing Khaing Soe, ancienne ministre adjointe de l’Immigration et de la Population, qui a joué un rôle important dans l’organisation du recensement national utilisé par le pouvoir pour préparer les listes électorales et mettre en œuvre la nouvelle loi sur le service militaire obligatoire. Bien qu’elle ne possède pas d’expérience particulière dans les médias ou la diplomatie, elle accompagne désormais le chef de la junte dans ses déplacements internationaux, notamment lors de sa visite en Inde en juin.
Cette nouvelle approche communicationnelle comporte toutefois des risques pour le régime. L’intervention de Khaing Khaing Soe sur la situation d’Aung San Suu Kyi a notamment ravivé une controverse internationale qui semblait temporairement moins visible. Interrogée sur le sort de l’ancienne dirigeante civile, la porte-parole a affirmé que celle-ci était en bonne santé, bénéficiait d’un suivi médical et n’était pas une prisonnière politique mais une personne placée en résidence surveillée après une mesure de clémence. Ces déclarations, destinées à présenter une situation maîtrisée, ont au contraire relancé les interrogations sur ses conditions de détention, l’absence de visites de sa famille et de ses avocats, ainsi que le refus du régime d’autoriser un contact avec l’envoyée spéciale de l’ASEAN.
Le cas d’Aung San Suu Kyi reste ainsi un point central de la crise diplomatique birmane. Les déclarations de la porte-parole ont renforcé la campagne internationale « Proof of Life » menée par son fils Kim Aris et ses soutiens, tout en alimentant les inquiétudes des partenaires régionaux sur la volonté réelle du général Min Aung Hlaing de participer à un processus politique inclusif conforme au consensus en cinq points de l’ASEAN adopté en 2021.
À l’approche de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN à Bangkok, la junte maintient une ligne de confrontation avec plusieurs membres de l’organisation régionale. Par l’intermédiaire de ses médias officiels et de ses réseaux de communication, Naypyidaw accuse certains pays de violer la Charte de l’ASEAN, d’interférer dans ses affaires intérieures et de porter atteinte à sa souveraineté. Les critiques visent principalement, sans toujours les nommer directement, la Malaisie, Singapour et le Timor-Leste, considérés comme favorables à une pression accrue sur le régime.
Le Parlement birman, dominé par les élus proches de l’armée et du parti USDP, participe désormais activement à cette stratégie diplomatique. Les parlementaires ont adopté à l’unanimité une motion demandant au gouvernement de s’opposer officiellement au plan de paix en cinq points de l’ASEAN, jugé incompatible avec la « réalité politique » nationale et contraire aux principes de souveraineté. Certains élus ont même évoqué des mesures extrêmes, comme l’exclusion des Philippines de l’organisation régionale ou une éventuelle sortie de la Birmanie de l’ASEAN.
Un retrait de la Birmanie (« Birmanexit ») reste toutefois considéré comme très improbable par les observateurs. Cette rhétorique apparaît davantage comme une opération politique destinée à renforcer l’image d’un régime soutenu par sa population et victime d’une ingérence extérieure. Elle vise surtout à obtenir une reconnaissance internationale du pouvoir de Min Aung Hlaing, notamment auprès des États voisins d’Asie du Sud-Est.
Dans ce contexte, la France apparaît comme l’un des acteurs occidentaux les plus critiques envers la junte. Le président Emmanuel Macron a réaffirmé son refus de reconnaître la légitimité du régime installé à Naypyidaw depuis le coup d’État de février 2021. Dans une lettre adressée à Kim Aris, fils d’Aung San Suu Kyi, à la suite d’un entretien avec le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, Emmanuel Macron a appelé à la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes condamnées pour des motifs politiques depuis le putsch ainsi qu’à la fin de l’isolement imposé à l’ancienne dirigeante birmane.
Cette prise de position confirme que la France considère le sort d’Aung San Suu Kyi comme un élément majeur de sa politique en Asie du Sud-Est. Paris soutient les demandes de visite formulées par les Philippines et maintient un dialogue étroit avec les partenaires régionaux, notamment la Thaïlande, sur la crise birmane. L’intervention française place ainsi Emmanuel Macron parmi les dirigeants internationaux les plus visibles dans les débats actuels sur l’avenir de la Birmanie au sein de l’ASEAN.
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