
Le gouvernement cambodgien durcit le ton face aux initiatives venues de Thaïlande visant à remettre en cause les accords de 2000 sur la délimitation de la frontière terrestre entre les deux pays. Dans un communiqué publié le 26 mars 2026, le secrétariat d’État aux affaires frontalières rejette catégoriquement la proposition d’un comité du Sénat thaïlandais d’annuler le mémorandum d’entente (MoU) de 2000, qu’il qualifie d’« infondée », contraire au droit international et dictée par des arrière-pensées politiques.
Selon Phnom Penh, ce MoU de 2000 constitue un accord bilatéral majeur, signé par les deux gouvernements et enregistré auprès de l’Organisation des Nations unies. Il établit un cadre destiné à résoudre pacifiquement les différends frontaliers à travers la Commission mixte de délimitation des frontières terrestres (JBC). Les autorités cambodgiennes soulignent que ce texte a valeur de traité international et crée des obligations juridiques contraignantes pour les deux parties.
Le secrétariat d’État insiste également sur le fait qu’en vertu du droit international, et notamment de la Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités, la Thaïlande ne peut invoquer ni ses procédures internes ni d’autres arguments pour justifier une annulation unilatérale de cet accord. Phnom Penh cite en particulier l’article 62, qui limite strictement les conditions de retrait d’un traité.
Dans ce cadre, le MoU de 2000 confère à la JBC l’ensemble des compétences nécessaires pour traiter les questions frontalières sur une base pacifique, en s’appuyant notamment sur les conventions franco-siamoises de 1904 et 1907, ainsi que sur les travaux historiques de délimitation réalisés à l’époque coloniale.
Les autorités cambodgiennes mettent en avant les progrès concrets déjà accomplis grâce à ce mécanisme : identification de 74 bornes frontalières datant de la période française, opérations conjointes de maintenance et travaux de bornage provisoire sur plusieurs segments de la frontière.
Pour Phnom Penh, une éventuelle abrogation du MoU de 2000 constituerait non seulement une violation du droit international et du principe d’intangibilité des frontières héritées (uti possidetis juris), mais aussi un obstacle majeur à la poursuite d’un règlement pacifique du différend. Une telle décision compromettrait, selon le communiqué, la construction d’une frontière stable, pacifique et propice au développement.
Côté thaïlandais, le 24 mars un comité spécial du Sénat avait recommandé à l’unanimité de mettre fin à deux accords avec le Cambodge : le MoU de 2000 sur la frontière terrestre (MoU43) et celui de 2001 (MoU44) portant sur les zones maritimes et les ressources énergétiques, notamment pétrolières et gazières.
Cette recommandation fait suite à une série de travaux conduits par le sénateur Nappadon Inha, président du comité chargé d’évaluer les avantages et inconvénients d’une telle décision. Le groupe a tenu une vingtaine de réunions, mené des missions dans sept provinces frontalières et examiné plusieurs rapports d’agences de sécurité thaïlandaises.
Enfin, certaines voix cambodgiennes nuancent le débat. L’ancien officier supérieur Chhum Cheang rappelle que, selon la Convention de Vienne, un traité peut être dénoncé, mais uniquement dans des conditions strictes définies par les articles 46 à 64, encadrant les procédures de nullité, de retrait ou d’extinction des accords internationaux.
Dans un contexte régional sensible, cette controverse illustre la fragilité persistante des questions frontalières en Asie du Sud-Est, où les équilibres juridiques et politiques demeurent étroitement liés.
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