Accueil Accueil FRANCE – POLITIQUE : Vue d’ailleurs, Bayrou, Breton, Borloo et…?

FRANCE – POLITIQUE : Vue d’ailleurs, Bayrou, Breton, Borloo et…?

Date de publication : 04/08/2026
2

 

Chaque semaine, Richard Werly, conseiller éditorial de Gavroche et correspondant international reconnu, livre son regard sur la France dans les colonnes du média suisse Blick.

 

Nous vous proposons ci-dessous son dernier éditorial. Pour découvrir l’intégralité de sa newsletter, Republick, cliquez ici.

 

Leurs leçons commencent à virer au refrain. François Bayrou, fraîchement battu dans son fief municipal pyrénéen de Pau, a publié son « Alerte sur la France qui vient » (éd. L’Observatoire) comme une ultime tentative de peser sur la présidentielle de 2027. « L’orage vient », prédit l’oracle centriste, dont le gouvernement n’aura duré que huit mois et vingt-sept jours, du 13 décembre 2024 au 9 septembre 2025.

 

Or, voilà que deux autres mousquetaires l’accompagnent dans sa charge contre «la malédiction qui frappe», pour reprendre ses termes. Le premier est l’ancien ministre et ex-maire de Valenciennes Jean-Louis Borloo, pour qui « le temps du travail d’équipe pour repenser la France est venu », comme il l’a expliqué dans « Le Journal du Dimanche ». Le second est l’ex-commissaire européen Thierry Breton, affairé à porter sa bonne parole sur la nécessaire indépendance stratégique de la France et de l’Union européenne sur les plateaux de télévision. Thierry Breton a publié, en 2025, « Les Dix renoncements qui ont fait la France » (éd. Buchet Chastel/Plon). Comme pour convaincre que, lui, en revanche, ne renoncera pas…

 

Bayrou, Breton, Borloo…

 

Trois mousquetaires auxquels il manque encore un d’Artagnan capable de se lancer dans la campagne présidentielle. A en croire les rumeurs, c’est au très médiatique Thierry Breton que François Bayrou aimerait confier ce rôle au nom du MoDem, son parti politique. Jouable ? Pas si sûr. « L’avenir de la France ne peut pas reposer sur la continuité d’un échec ni sur la grâce du choix d’une femme ou d’un homme providentiel », assène Jean-Louis Borloo.

 

Sauf que les Français sont nombreux à penser le contraire, surtout après avoir vu les deux films consacrés au général de Gaulle. Plus de 80% des citoyens n’expriment-ils pas « avoir besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre » dans le pays, selon un récent sondage OpinionWay ?

 

Vient alors l’idée d’une botte secrète : celle qui transformerait la scène politique française au début de l’automne. Christine Lagarde (70), présidente de la Banque centrale européenne, en garante des finances défaillantes de la France ? Direction l’Élysée plutôt que Genève où l’attend, dit-on, le Forum économique mondial ?

 

Athos, Porthos et Aramis étaient, comme François Bayrou, de purs Béarnais. Et si le d’Artagnan de 2027 se nommait « Milady » ?

 

Bonne lecture, on se retrouve le 1er septembre, avec les mousquetaires !

(Pour débattre : richard.werly@ringier.ch)

 

Rejoignez les plus de 13 000 lecteurs qui reçoivent chaque semaine Gavroche Hebdo. Pour ne rien manquer de l’actualité de la Thaïlande et de l’Asie du Sud-Est, cliquez ici

2 Commentaires

  1. À huit mois de la présidentielle, la ritournelle de l’expérience revient comme critère du futur choix des candidats déclarés ou putatifs

    Se référer à son « expérience » est en passe de devenir l’antienne du jour. En route avec la « carte vermeille », au diable la « carte jeune ». La valorisation de l’expérience, présentée dans ses diverses variantes, est de nature à invalider et à écarter les plus jeunes.

    Le capital « expérience » mélange les notions de compétence, de crédibilité et de stature. Il est supposé acquis dans le cadre d’un cursus honorum progressivement construit comme une ascension républicaine, dont l’exercice de mandats électifs est une étape obligée. La candidature et l’élection d’E. Macron ont, paradoxalement, capitalisé sur le fait qu’il n’avait jamais été élu, tout en revendiquant un profil élitiste maîtrisant tous les rouages de l’État. Ce scénario, une nouveauté sous la Ve République, semble en passe d’être abandonné et remplacé.

    Des deux côtés « extrêmes » de l’échiquier politique, et pour ne considérer que les candidats crédités d’une potentialité élective, l’expérience est celle d’une longue carrière dans les appareils de leurs formations politiques, renforcée par l’expérience sacralisante d’élu. Pour J.-L. Mélenchon et M. Le Pen, un surcroît d’expérience est attaché à une ou plusieurs candidatures à l’élection présidentielle. Pour M. Le Pen, s’y ajoutent plusieurs participations au second tour. Mais l’essentiel de leur potentialité de réussite est lié au fait qu’ils n’aient pas exercé de responsabilités dans les gouvernements précédents, présentés comme responsables de la situation « catastrophique » de la France. Le « dégagisme » est leur « mantra ».

    Dans un climat de gravité et un contexte d’instabilité internationale et de déficit financier du pays, l’idée de candidatures donnant la prime à l’expérience et à la séniorité s’installe. La remise en selle de M. Le Pen par la cour d’appel fragilise d’autant le « profil Bardella » et, dans le « tête-à-tête » Mélenchon-Le Pen, la posture de cette dernière paraît davantage fragilisée, en dépit des sondages d’intention de vote qui la donnent gagnante au second tour en mai 2027.

    Au centre de l’échiquier, la pléthore de candidatures déclarées ou plus ou moins déclarées conduit nécessairement à une compétition et à une sélection. L’organisation de primaires entre candidats semble mettre l’accent sur la nécessaire expérience, qui s’impose comme une ritournelle de fond. Au centre, G. Attal peut invoquer une expérience gouvernementale, fort brève du reste, et une responsabilité à la direction du parti, mais il devra disputer cet avantage à E. Philippe, fort d’une expérience gouvernementale plus longue, mais aussi d’un ancrage électoral local ancien et reconduit. Dans les deux cas, ils ne manqueront cependant pas d’être taxés d’héritiers du camp présidentiel et d’avoir exercé le pouvoir. Une expérience, certes, mais potentiellement handicapante.

    B. Retailleau, le candidat des Républicains, se présente en pourfendeur du « macronisme », alors que son capital de notoriété et sa désignation à la tête de LR tiennent à son passage dans un ministère important d’un gouvernement sous la présidence d’E. Macron. Une épine dans le pied qui ne manquera pas d’alimenter le soupçon sur l’ambition hautement proclamée de « renverser la table ».

    Du côté de la « gauche non-LFIste », les cas de figure sont divers, entre autres : ancien Premier ministre (B. Cazeneuve), dirigeant de parti (O. Faure), ancienne candidate à la présidentielle (S. Royal). D’où la nécessité d’organiser des « primaires ».

    L’émiettement des candidatures que représenteraient plusieurs primaires, avec l’apparition et l’éventuelle multiplication de candidatures singulières (D. de Villepin, M. Tondelier…), a conduit F. Bayrou à proposer une primaire unique de la droite (non-RN) à la gauche (non mélenchoniste), mais il n’a pas encore dit s’il serait candidat… tout en suggérant des candidatures aussi surprenantes que celle de T. Breton, jamais élu et fort d’une expérience technocratique au sein d’un gouvernement et à la Commission européenne.

    Une suggestion sans doute peu enviable pour les Français, pas davantage que celles encouragées de J.-L. Borloo ou de X. Bertrand (et, dans un mouvement panurgique, mus par un ego affolé, tant d’autres ne s’estimant pas en reste : pourquoi pas moi… moi aussi… un homme, mais aussi une femme…). Ces candidatures pourraient jouer un rôle de repoussoir au profit d’une autre, actuellement en pointillés, mais qui, sur les failles de la social-démocratie, semble prendre de la consistance.

    Une opportunité, un « trou de souris » pour F. Hollande, artisan des opportunités en 2012 ? Eurydice sortie des enfers…

    Une candidature aussi incongrue et cocasse fait sourire, mais intrigue et inquiète. Pour un ancien président de la République, une primaire ne saurait être de mise. O. Faure ne gagnant la primaire qu’avec un score faible, voire très faible, F. Hollande pourrait alors se hisser comme candidat par défaut d’une gauche social-démocrate refusant une alliance avec J.-L. Mélenchon, mais dont les prétendants (O. Faure, R. Glucksmann, B. Cazeneuve) apparaîtraient divisés et faibles.

    Dans les temps troublés de la présidentielle, F. Hollande, si discrédité qu’il fut dans l’incapacité de se présenter pour un second mandat en 2017, le pourrait en 2027. À défaut de « sauveur », pourrait-il jouer la carte du « recours » ?

    Aussi rocambolesque qu’un tel scénario puisse paraître et surtout advenir, l’entourage d’E. Philippe, convaincu que les Français n’ont aucune envie de revoir Hollande, les histoires de scooter ni un nouvel épisode de la série « Leonarda », pense, à défaut de se montrer fébrile, qu’une telle candidature va « sénioriser » la présidentielle à venir, au détriment de son jeune concurrent de Renaissance.

    Un duel F. Hollande-M. Le Pen en perspective ?

  2. André Malraux, dans Les Chênes qu’on abat… (Gallimard, 1971, page 236), dresse le constat. À la mort du Général, les choses sont claires : « Maintenant, le dernier homme qu’ait hanté la France est seul avec elle » et « la nuit tombe »…

    La mort du Général aurait-elle sonné la fin du mythe messianique, de notre histoire héroïque, l’incarnation ultime d’un fantasme collectif ? Celui de l’homme providentiel dont Bonaparte aurait marqué l’avènement ? Serait-on entrés, après les alternances et les cohabitations, dans l’ère de la normalité démocratique et la fin de « l’exception française » ? Serions-nous immunisés contre la tentation infantile du « sauveur » ? La « pipolisation » de la démocratie, devenue démocratie d’opinion, affolée par les réseaux sociaux, n’a-t-elle pas franchi une étape nouvelle, celle de la démocratie de l’émotion et de l’image, aussi « séduisante » que fugace ? Aux « grands hommes » s’est substituée la succession des postures individuelles, stars éphémères se prenant pour des « héros » dans un « coup d’éclat permanent ».

    Le paradoxe voulut que Mitterrand, pourfendeur acharné du Général (Le Coup d’État permanent, 1964), se situe, dans un narratif (une « vision » ?) de gauche réapproprié (Régis Debray, À demain, de Gaulle ; Gallimard, 1990, page 139, ou encore André Glucksmann, De Gaulle, où es-tu ? ; J.-C. Lattès, 1995, page 203), du moins avant 1981 et jusqu’en 1983, et endosse l’habit de l’homme providentiel gaullien, malgré les difficultés qu’il eut à dissimuler une autre figure du « sauveur » que la France se donna en 1940 (« Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur ») et avec qui il collabora un temps. Le mythe de l’homme providentiel ne s’est pourtant éteint ni par rejet ni par exténuation ; il continue de hanter la politique française, les candidats à la magistrature suprême, et les commentateurs ne cessent de ressusciter le fantasme en en convoquant les oripeaux.

    Pour cela, l’élection présidentielle doit s’alimenter (depuis 1974 et selon des registres divers à droite et à gauche) d’un narratif du déclin, de « la France qui tombe » à la « France qui sombre », et d’une nécessaire « rupture », d’un « sursaut » vers lesquels un prophète, Prométhée et Moïse réunis, guiderait son peuple désemparé, la mer Rouge s’étant retirée, vers le pays de Canaan et les « verts pâturages ».

    De façon paradoxale, c’est le démocrate-chrétien F. Bayrou qui, périodiquement et aujourd’hui, semble-t-il, agite la posture gaullienne et ses hochets, seule stratégie possible pour contourner la logique présidentielle bipolaire fatale aux candidatures du « centre ». La nouveauté est qu’il ne l’agite plus pour lui-même, mais pour d’autres, par adoubement. Le baiser pour Thierry Breton ne sera-t-il pas celui de Judas ?

    Une nouveauté de facture plus récente est l’apparition, dans l’arène, de figures féminines comme figures enrichies de « l’homme providentiel ». Par-delà les candidatures perpétuelles d’Arlette Laguiller et de Nathalie Arthaud, l’émergence récente d’une candidate héroïque face aux désordres climatiques présents et futurs et aux combats qu’ils requièrent, Ségolène Royal en fut l’emblème flamboyant en 2007. Surnommée la « madone », porteuse d’une candidature nimbée de parfums religieux, voire mystiques, dans le sillage d’une Jeanne d’Arc des Deux-Sèvres, on nous annonce aujourd’hui un nouvel épisode de la série sur l’Immaculée Conception. Une nouvelle interprétation du Gloria Patri du Magnificat des vêpres à la Vierge… L’apparition d’une Immaculée Conception « bis », une vierge rivale surgie des grottes genevoises du FMI, serait-elle de nature à renouveler la donne ? Une « madone » des « ajustements structurels » et des sacrifices qui s’imposeraient, une madone des douleurs, du sang et des larmes à venir ? Une « mère fouettarde » ? Exsultate, jubilate…

    C’est de Gaulle lui-même qui, pressentant l’issue fatale du référendum, confiait à Jean de Lipkowski : « C’est vrai, les Français ne veulent plus de de Gaulle » et ajoutait : « Mais le mythe, vous allez voir la croissance du mythe (…) dans trente ans d’ici » (conversation citée par Jean Lacouture dans De Gaulle, tome III, Le Souverain, Paris, Le Seuil, 1986, page 755). Soixante ans après, le mythe a la vie dure… (Pour un aperçu sur sa permanence dans le temps et l’espace, voir La Fabrique des héros, ouvrage collectif paru en 1998 aux Éditions de la Maison des sciences de l’homme, dirigé par P. Centlivres, D. Fabre et F. Zonabend ; 322 pages.)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Les plus lus