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FRANCE – POLITIQUE : Vue d’ailleurs, chers fantassins de l’école républicaine…

Date de publication : 09/04/2024
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tableau d'école

 

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Vous assurez chaque matin la rentrée des classes dans vos collèges et dans vos lycées. Vous avez rassemblé vos élèves pour des minutes de silence compliquées, au lendemain des assassinats terroristes de Samuel Paty (16 octobre 2020) et Dominique Bernard (13 octobre 2023).

 

Vous êtes la « première ligne » sur laquelle, au quotidien, se joue l’avenir de la France et de sa République. Alors franchement, avez-vous besoin de voir le pays repartir dans une nouvelle guerre scolaire, et s’enfoncer dans les ornières identitaires de la querelle entre enseignement public et enseignement privé ?

Chers fantassins de l’école républicaine, votre ancien ministre Gabriel Attal, à la tête du gouvernement depuis janvier, a promis de ne pas vous oublier. Mais à vrai dire, cela change quoi, alors que l’insécurité campe aux abords de vos établissements, dans des quartiers où les règlements de compte entre bandes et entre ados rythment la vie des moins de quinze ans, comme on vient de le voir avec les tragédies survenues à Viry-Châtillon et à Montpellier ?

 

Il m’arrive régulièrement, dans les coulisses de La Chaîne Parlementaire (LCP) d’échanger avec Yannis Roder, enseignant dans le département de Saint-Denis qui accueillera les prochains Jeux Olympiques. J’ai aussi, ce dimanche 7 avril, pris le temps de demander l’avis du directeur de la fameuse école alsacienne, l’un des établissements privés les plus sélect de Paris, où nous enregistrions le Nouvel Esprit Public et où le personnel politique aime mettre ses enfants. C’est là que Gabriel Attal fit ses classes…

J’écoute et je comprends que la société et les parents vous demandent toujours plus, alors que l’État, centralisé à l’excès, vous gère comme des pions dans un grand labyrinthe administrativo-éducatif. J’ai noté vos salaires, et les 3 000 euros mensuels en fin de carrière (merci à mes lecteurs mieux informés de me contredire ou de préciser). J’ai compris combien la fermeté laïque, logique dans les écoles publiques, peut transformer vos journées en cauchemar.

Chers fantassins de l’école, la Republick aussi vous le dit simplement : merci.

 

Bonne lecture, et vive les deux écoles!

(Pour débattre: richard.werly@ringier.ch)

 

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3 Commentaires

  1. L’État n’est pas centralisé “à l’excès”, mais “présidentialisé à l’excès”. Il faut se rappeler que le fondateur de la Ve République a fait Saint-Cyr et qu’il a commandé un régiment de chars ; donc pour lui tout est simple : comme à la caserne, l’État doit voir une tête, c’est-a-dire un chef”.

  2. L’éditorialiste, dans son dernier paragraphe, semble vouloir prendre la parti de battre en brèche le principe de laïcité comme principe cardinal de l’organisation de l’enseignement primaire et secondaire en France. Une entrevue avec le directeur de l’école alsacienne qui estime que cette notion peut transformer la journée d’un chef d’établissement en cauchemar semble l’avoir convaincu. Abandonnons nous au consumérisme scolaire, adoptons toutes les abayas et les camis possibles pourvu que les finances de l’établissement en profitent et… pour le… “bien de tous et de l’excellence scolaire”. L’Établissement Stanislas qui occupe une place équivalente à l’Ecole alsacienne du point de vue géographique et social Paris (6ème arrondissement) cultive ses nuances propres que seule une ministre débarquée illico-presto pourrait expliciter. Dans son ingénuité toute catholique (revendiquée mezzo voce dans un pincement des lèvres) elle a levé le… voile. La “fibre catholique” du moins supposée est la marque de fabrique de cet établissement avec tout ce qui va avec, ce que l’école primaire publique voisine, et aussi proche du domicile de la ministre, ne pourrait offrir à sa descendance et malgré ses mensonges éhontés sur les “paquets d’heures” non faites. Ce qui va avec c’est une touche de “catholicité” vue par une partie de la caste dominante et des sous-castes. Pas de mixité sociale cela va de soi, c’est à dire pas de “pauvres” même baptisés, pas d'”arabes” même… baptisés, pas de mixité sexuelle. La présence du “sexe faible” risquerait de détourner les pulsions débordantes des adolescents et de faire baisser le niveau scolaire. Un “entre-soi” genré dont on n’ignore pas les risques de déviations vers des “pulsions périphériques” mais au moins à portée de “thérapies de conversion” si les prédications et les recours à la bible n’ont pas suffit. Et puis surtout, une absence de mixité pour garantir tout risque de mésalliance que les amours adolescentes “anarchiques” pourraient entrainer dans les stratégies d’alliances matrimoniales futures des patrimoines concoctées de longue date. La sociologie des Pinson – Charlot est fort éclairante sur ces “ghetto du Gotha”… le rotary club, les chasses, et autres clubs et sauteries sous contrôle “ad-hoc”, etc… L’École alsacienne partage tous les attributs de Stanislas en ce qui concerne son ADN social et territorial. Le zeste catho n’est pas officiellement sa tasse de thé. Le protestantisme d’André Gide l’avait mis à mal ainsi que la sexualité déviante assumée et depuis peu proclamée du haut des tribunes de l’assemblée nationale ne pouvait être rattachée au catholicisme romain, officiel du moins. Plus moderne mais tout aussi “bourgeois”, fier de l’être et faisant tout pour persévérer dans son “être”… Le principe de laïcité, fondateur de la République et de son école est, comme on peut le voir dans cet éditorial, la cible si ce n’est à abattre du moins à atténuer, diluer, édulcorer, adapter et … abandonner. Plus de risque de voir une église combative depuis les aggiormentos successifs de l’église catholique comme ce fût le cas au XIXème siècle. La généralisation et l’instruction obligatoire ont conduit la République à imposer aux écoles notamment primaires, toutes privées à cette époque, un principe garantissant l’égalité des élèves et l’unité nationale. Si les évolutions ultérieures ont modifié le paysage scolaire (déchristianisation et consumérisme) ont maintenu certaines raisons qui poussent actuellement vers un abandon supposé nécessaire, car non moderne, du principe. Le sacro-saint principe est lui aussi mis à mal par des générations d’élèves souvent sous la pression de leurs parents contestant les codes de fonctionnement de l’institution scolaire et le contenu d’enseignements vus comme contraires à leurs cultures. On assiste donc à une remise en cause du principe de laïcité sur deux fronts néanmoins opposés. Cette situation contribue fortement au “séparatisme” scolaire qui est essentiellement social et par conséquent géographique. Un catéchisme ici, un autre là. A l’école publique, foin de cette notion périmée qui exclue les abayas, les camis et autres foulards, qui impose des piscines communes aux deux sexes, qui interdit que soit évoquée, dans les cours, la Shoah ou Darwin, que l’étude des tableaux exposant la moindre nudité soit exclue des cours d’histoire de l’art, qui conduit des professeurs à l’auto-censure, j’en passe, premières étapes d’un processus qui conduit certains d’entre eux, par peur et espoir de confort illusoire, a prôner l’abandon du principe pour finir à l’irréparable comme à Conflans -Sainte- Honorine et à Arras. La laïcité “bouc émissaire” et responsable de tous ces maux ? Antoine Prost dans un article “Public-privé : les enseignements d’une longue histoire” publié en 2012 dans la revue “Après-Demain”, pages 47 à 49) en faisait d’ailleurs le constat. L’économiste Julien Grenet, directeur de recherches au CNRS s’interrogeait récemment sur l’avenir d’une école publique à Paris. Son analyse du phénomène de ségrégation scolaire dans les établissements scolaires parisiens le conduisait à constater l’existence d’un modèle ségrégatif” bien à l’œuvre. Il faut évidemment noter que les établissements publics des arrondissements parisiens, eux mêmes classées dans une soi-disant hiérarchie d’excellence, dissimulant-à peine des stratifications sociales et géographiques infranchissables participent au phénomène de séparatisme social et scolaire. Mon propos ne prends pas partie sur la “guerre scolaire” et pour un service public unifié comme ce fût la tentative, non suivie par l’opinion, en 1984, mais pour un sérieux arrêt dans une dérive qui conduit à une dévitalisation du service public de l’éducation et à sa confiscation par une caste, financée par l’argent public. La composition des “élites dirigeantes” et leur origine scolaire totalement homogène est significative de ce point de vue. Elle contribue à la formation d’une caste séparée qui s’auto-reproduit incestueusement à l’écart voire contre l’opinion et les territoires périphériques qui ne trouvent à s’exprimer que par le canal de groupes ou partis que les classes dirigeantes qualifient avec mépris de … populistes.
    Sans pouvoir envisager tous les aspects de la question scolaire, on peut se reporter à deux documents accessibles sur internet : le rapport de la Cour des comptes sur l’enseignement privé sous contrat, N° 2423, de l’Assemblée Nationale en conclusion de la mission d’information relative au financement public de l’enseignement privé publié en juin 2023, 111 pages et le rapport d’information en conclusion de la mission d’information relative au financement public de l’enseignement privé sous contrat du 2 avril 2024, 177 pages.
    Sans oublier toutes les études et ouvrages classiques de Jean Bauberot et d’Émile Poulat, historiens de la laïcité. Parmi eux, l’ouvrage récent de Vincent Genin : “Histoire intellectuelle de la laïcité. De 1905 à nos jours”, février 2024, ed PUF, 336 pages

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