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FRANCE – POLITIQUE : Vue d’ailleurs, Macron-Napoléon, c’est Wellington qui le dit

Date de publication : 07/05/2024
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Chaque semaine, notre ami Richard Werly, conseiller éditorial de la rédaction de Gavroche, nous livre sa vision de la France sur le site d’actualités helvétique Blick. Vous pouvez vous abonner. Ou consulter sa lettre d’information Republick.

 

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The Economist est d’ordinaire pour la France ce que le duc de Wellington (1769-1852) fut à Waterloo, le 18 juin 1815 : un exécuteur testamentaire impitoyable. L’hebdomadaire britannique, libéral et mondialisé, n’a en effet pas son pareil pour disséquer les maux tricolores, et remettre lorsqu’il le faut l’Église des faits et des données au milieu du village républicain.

 

Seulement voilà : Wellington est amoureux. Et l’élu de son cœur n’est autre qu’Emmanuel Macron, ce président français obsédé par l’attractivité économique de son pays, qu’il vante au président chinois Xi Jinping et aux patrons des multinationales les plus en vue. Lesquels seront bientôt reçus de nouveau à Paris le 13 mai, pour le traditionnel sommet « Choose France » (Choisir la France, of course…). Bilan du précédent : 13 milliards d’euros de promesses d’investissements. Un chiffre à rendre jaloux les banquiers d’affaires de la City…

 

Macron-Napoléon a donc retrouvé les faveurs de The Economist. A nouveau, l’interview qu’il lui a accordé le 2 mai a fait le « buzz », même si son contenu ne faisait que redire, en version anglaise, le contenu de son second discours sur l’Europe à la Sorbonne, le 25 avril.

 

Bonaparte et la NZZ

 

Mais n’est pas Napoléon qui veut : car à Zurich, chez nos confrères de la très libérale NZZ, le bicorne de l’Élysée ne passe pas. En une page bien informée, publiée deux jours après l’entretien accordé aux émissaires de la perfide Albion, le quotidien des bords de la Limatt remet justement la pendule impériale à l’heure. Le Napoléon de 2024 est seul. Il déborde d’idées solitaires. Il manque cruellement d’argent pour financer ses prochaines campagnes et son rêve d’expédier des soldats en Ukraine sème la panique à bord du navire européen.

 

En fait, le quotidien suisse aurait dû emprunter à The Economist sa couverture de septembre 2010, sur Nicolas Sarkozy. On y voyait à peine le président français, caché sous son bicorne, sous le regard de son épouse Carla. Le titre de l’époque : « The incredibly shrinking president ». Le président qui rétrécit de façon incroyable. Sacrés anglais !

 

Bonne lecture, et n’oubliez pas Sainte-Hélène

(Pour débattre: richard.werly@ringier.ch)

 

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2 Commentaires

  1. “Nous devons être lucides sur le fait que notre Europe, aujourd’hui, est mortelle”, déclarait E. Macron lors de son discours à la Sorbonne le 25 avril 2024 et d’insister, “elle peut mourir et cela dépend uniquement de nos choix”. Ce discours dramatisant voire alarmiste à la veille des élections européennes du 9 juin avait sans doute pour effet de délivrer un électro-choc à ses troupes électorales et au delà dans des circonstances peu favorables à un résultat électoral satisfaisant. L’alarme macronienne, dans le contexte géopolitique européen actuel avait un objectif plus vaste. Se rappelant des cours de philosophie, le président a paraphrasé un célèbre prophète de malheur, cet autre Cassandre : Paul Valéry. Il annonçait, en 1919 dans “la crise de l’esprit” (disponible sur internet en PDF, site de l’UQAC, Université du Quebec à Chicoutimi) : “nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles” Composé de deux lettres, “la crise de l’esprit” s’inscrit au lendemain de la 1ère guerre mondiale accouchant d’une Europe exsangue et détruite de l’intérieur par un conflit fratricide meurtrier encore jamais vu. L’étendue du cataclysme européen en dépasse largement les frontières. L’expérience de la guerre infirme, pour Valéry, toutes les promesses des lumières et des progrès des sciences et de la connaissance garanties du progrès moral et politique. C’est de ce constat en forme de désillusion mélancolique que Valéry s’interroge sur les devenirs possibles de la civilisation européenne. Le terme de crise utilisé par Valéry désigne une rupture de nature à devoir repenser l’histoire et le futur de la civilisation européenne au delà du politique, de l’économique et du militaire en interrogeant les fondements de la civilisation européenne. “Tout ce qui s’est passé depuis ce moment n’a fait qu’accroitre le péril mortel que je signalais” écrit-il en 1945 dans “Regards sur le monde actuel” (ed. Gallimard, 1945, P 82-83). Ce sentiment crépusculaire pressentant les derniers spasmes d’une civilisation possiblement engloutie, à la même époque, un an avant, le sujet du “Déclin de l’occident d’O. Spengler ? Hussel prononce une célèbre conférence intitulée “La crise de l’humanité européenne et de l’esprit” ainsi que, en 1930, “La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale”, paru à titre posthume. Dans “Malaise dans la civilisation” Freud, en 1930, aura les mêmes pressentiments. Pour P. Valéry, “l’heure actuelle comporte cette question capitale : L’Europe va-t-elle garder sa prééminence dans tous les genres ? L’Europe qu’elle est en réalité, c’est à dire un petit cap du continent asiatique ? ou bien restera-t-elle ce qu’elle parait, c’est à dire : la partie précieuse de l’univers terrestre, le cerveau d’un vaste corps ?”. Valéry exprime un doute profond non seulement sur la place de l’Europe dans le monde mais sur ce qu’elle représente et ne représente plus non pas tant en tant qu’entité géographique que comme produit séculaire de l’esprit”. Loin de déduire de cette approche une vision “européocentriste” négligeant les degrés d’accomplissement et les apports des civilisations extérieures, il en souligne le ressort essentiel : “Les autres parties du monde ont eu des civilisations admirables, des poètes de premier ordre et des savants. Mais aucune partie du monde n’a possédé cette singulière propriété physique : le plus intense pouvoir émissif uni au plus intense pouvoir absorbant. Tout est venu à l’Europe et tout en en est venu. Ou presque tout”. Et plus loin : ” L’Europe s’est précipitée hors d’elle-même, elle est partie à la conquête des terres apportant les bienfaits de ses lumières et de sa science à des pays qui ne l’ont pas forcément payée en retour… L’Europe ne s’est donc pas aperçue qu’elle travaillait contre son propre intérêt, qu’elle précipitait ce faisant son déclin, tout en favorisant l’essor d’autres civilisations”. Ce constat ne penche pas pour une approche identitaire et close de l’Europe mais pour une approche ouverte sur les autres civilisations et milite pour leurs échanges réciproques. C’est la fermeture identitaire (dont le nationalisme belliqueux est l’expression guerrière) qui est l’un des ressorts de la crise civilisationnelle et du déclin mortifère. A partir de là, Valery s’emploie à rechercher les moments fondateurs de l’Europe pour en cerner les frontières qui sont,pour lui, essentiellement spirituelles. Il évoque la notion de “société des esprits” destinée à infuser une vitalité nouvelle à l’esprit européen. Le philosophe Peter Slotterdijk y fait expressément référence dans “Si l’Europe s’éveille ” (ed ” Milles et Une N, 2003, 95 p). La recherche de l’esprit européen n’est pas séparable, pour P. Valéry, d’une critique de la “modernité” qualifiée d'”intoxication insidieuse” tel le poison qui trouverait chaque jour sa dose insuffisante, et de l’hypertrophie des besoins qu’elle engendre faisant perdre de vue les besoins originels liés aux comportements physiologiques et spirituels de base et qui nécessitent une forme d’ascèse. P. Valéry assigne aux clercs une mission de régénération de l’Europe comme idée spirituelle, tache à laquelle s’emploiera aussi Julien Benda fustigeant leur trahison (“La trahison des clercs”, 1927, disponible sur internet en PDF). Plus récemment Michel Onfray dans “Décadence” paru en 2017 (ed Flammarion, 2017, 656 p) se livre, au delà du pessimisme et l’optimisme, à un précis de décomposition de l’occident judéo-chrétien alors en phase terminale qui réactive l’obsession décliniste de nature à électriser ceux que hante la prescience du déclin… et pour certains l’espoir du nouvel âge du transhumanisme…

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