GAVROCHE HEBDO – ÉDITORIAL : À la frontière, tout change pour que rien ne change
Vous connaissez la fameuse phrase tirée du film Le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change. » À bien y réfléchir, tel est le mode d’emploi pour comprendre ce qui se passe à la frontière khméro-thaïlandaise depuis des mois. Les deux pays savent qu’ils ont besoin l’un de l’autre. Les deux gouvernements savent que leur intérêt mutuel est de recommencer à commercer normalement et à rouvrir les portes aux travailleurs cambodgiens. Mais, pour l’heure, rien ne bouge. Parce que le moment n’est pas encore venu de rebattre les cartes. Et sans doute parce que ceux qui ont une prise directe sur les événements attendent encore de voir comment ils peuvent, au mieux, tirer profit d’un règlement de cette crise.
Tout change parce que rien ne doit changer. Les anicroches territoriales vont demeurer. Les revendications terrestres ou maritimes, cartes à l’appui — souvent françaises —, vont encore occuper les diplomates. Mais rien ne changera parce que la logique de l’affrontement ne mène nulle part. Il faut, dans cette région, de la coopération. Bangkok le sait. Phnom Penh le sait. Mais le duel est plus spectaculaire. Il permet de nourrir de communiqués les chancelleries et l’opinion publique. L’écrivain Dino Buzzati a écrit jadis Le Désert des Tartares. Les combattants y attendent une guerre qui ne vient jamais. Entre le Cambodge et la Thaïlande, c’est la « Paix des Tartares » que l’on écrit, au jour le jour.
Bonne lecture !





































































