
L’escalade des tensions au Moyen-Orient fait peser de nouveaux risques macroéconomiques sur le Japon. Fortement dépendante des importations énergétiques, l’archipel pourrait subir un double choc : un ralentissement modéré de la croissance et une pression accrue sur l’inflation, dans un contexte de fragilité persistante du yen.
Une croissance exposée au choc pétrolier
Le Japon importe quasiment 100 % de son pétrole brut, dont plus de 90 % proviennent du Moyen-Orient. Si son exposition commerciale directe à la région reste limitée, une perturbation des flux pétroliers ou une flambée durable des prix du brut constitueraient un facteur de risque pour l’activité.
À court terme, les importantes réserves stratégiques de pétrole réduisent la probabilité d’un choc brutal sur la production. Toutefois, en cas de tensions prolongées autour des routes maritimes ou d’envolée persistante des prix, la facture énergétique pèserait sur les entreprises et les ménages, accentuant les pressions baissières sur la croissance.
Inflation : effet énergie et transmission via le yen
Une hausse de 10 % du prix du pétrole pourrait relever l’inflation sous-jacente japonaise d’environ 0,1 point via la composante énergie de l’indice des prix à la consommation. À cela s’ajouteraient des coûts logistiques plus élevés, susceptibles d’élargir les pressions inflationnistes à d’autres biens.
L’évolution du taux de change jouera un rôle déterminant. La dépréciation du yen a récemment montré un effet de transmission plus marqué vers les prix à la consommation. Si la monnaie japonaise devait encore s’affaiblir, l’impact inflationniste pourrait s’amplifier.
Bank of Japan face à une équation délicate
Pour la Banque du Japon, la montée des incertitudes géopolitiques complique l’équation monétaire. L’institution ne devrait pas réagir directement à un choc énergétique ponctuel. En revanche, si la faiblesse du yen alimente durablement l’inflation importée, elle pourrait accélérer le rythme de ses hausses de taux.
La banque centrale se retrouve ainsi confrontée à un dilemme : composer avec des risques baissiers sur la croissance tout en surveillant une inflation alimentée par les coûts.
Politique budgétaire et sécurité énergétique
Un bond marqué des prix de l’énergie pourrait pousser le gouvernement à réactiver des subventions sur les carburants afin d’atténuer l’impact sur les ménages. À plus long terme, le contexte géopolitique renforce les arguments en faveur d’un renforcement de la politique énergétique et de sécurité nationale, un thème déjà soutenu au sein du Parti libéral-démocrate (LDP).
Yen : des forces contradictoires
Sur le marché des changes, les effets devraient être contrastés. En tant que grande monnaie à faible rendement, le yen bénéficie traditionnellement des phases d’aversion au risque. Mais la dépendance énergétique du Japon constitue un facteur structurel de faiblesse en cas de hausse prolongée des prix du brut.
Dans un scénario de pétrole durablement élevé, le yen pourrait se déprécier face au dollar américain et aux devises de pays exportateurs d’énergie hors Moyen-Orient. Si la hausse de la paire USD/JPY résulte principalement d’un renforcement généralisé du dollar, une intervention unilatérale des autorités japonaises pour soutenir la monnaie serait probablement moins efficace.
Pour l’heure, les autorités devraient donc privilégier une posture attentiste, dans un environnement où la géopolitique redessine progressivement les équilibres macroéconomiques de l’archipel.
Gaston Baht
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