
Dans les montagnes reculées du nord-est du Laos, la province de Houaphanh abrite l’un des ensembles mégalithiques les plus énigmatiques d’Asie du Sud-Est. Désormais classé au patrimoine culturel national, le site de Hintang attire une attention renouvelée, à la croisée de la recherche archéologique, de la conservation et des ambitions touristiques.
Situé dans le district de Houameuang, à une soixantaine de kilomètres de la capitale provinciale, ce paysage archéologique compte plus de 1 500 menhirs – de longues stèles de schiste dressées – ainsi que plus de 150 disques de pierre massifs. Répartis sur près de dix kilomètres de crêtes forestières, ces vestiges remonteraient à au moins 1 500 à 3 000 ans, sans que leur fonction exacte ne soit encore élucidée.
Un site mystérieux, entre sépultures et rituels
Les menhirs, souvent disposés en groupes avec les plus hauts au centre, côtoient des chambres funéraires creusées dans la roche. Celles-ci, accessibles par des conduits verticaux et recouvertes de lourdes dalles circulaires, auraient abrité plusieurs sépultures. Pourtant, les fouilles n’ont livré que peu de restes humains, alimentant les hypothèses sans jamais trancher.
En 1931, l’archéologue française Madeleine Colani étudie le site pour la première fois et signe des travaux pionniers qui font encore référence aujourd’hui. Elle met au jour plusieurs artefacts – poteries, bracelets en bronze, fragments osseux – sans toutefois parvenir à percer le mystère de ces constructions.
Un patrimoine longtemps négligé
Malgré cet intérêt scientifique précoce, les menhirs de Houaphanh sont restés largement méconnus pendant des décennies, éclipsés par la célèbre Plaine des Jarres située à une centaine de kilomètres. Les conflits en Indochine puis l’isolement du Laos ont freiné toute recherche approfondie jusqu’au début des années 2000.
À cette époque, la construction de routes dans le cadre de projets de développement a même endommagé plusieurs sites : menhirs brisés, déplacés ou réutilisés dans des constructions locales. Face à ces dégradations, des programmes internationaux ont été lancés pour évaluer les dégâts, installer une signalétique et poser les bases d’une stratégie de conservation.
Depuis près de vingt ans, les autorités et leurs partenaires mènent un processus formel de préservation. En 2010, la province a intégré Hintang comme ressource majeure dans sa stratégie de développement touristique, tandis que le World Monuments Fund a inscrit le site sur sa liste des sites menacés. Malgré ces initiatives, près d’un tiers des structures se dégrade encore sous l’effet de l’érosion naturelle, des activités humaines et des séquelles des conflits passés.
Entre ambitions touristiques et défis logistiques
Les autorités laotiennes entendent désormais capitaliser sur le classement national pour structurer la mise en valeur du site. Des zones de conservation ont été définies, des sentiers aménagés et des panneaux explicatifs installés. Mais les défis restent nombreux : accès difficile, absence d’infrastructures de base, approvisionnement en eau ou encore sécurisation de zones potentiellement contaminées par des munitions non explosées.
Les autorités laotiennes font progresser lentement le projet de parc archéologique de Hintang, évoqué depuis plusieurs années. Elles ont toutefois abandonné la tentative d’intégrer le site à la Plaine des Jarres dans un dossier commun auprès de l’UNESCO, faute de coordination suffisante entre les provinces.
Une reconnaissance internationale encore incertaine
Le gouvernement laotien affiche néanmoins son ambition de proposer Hintang au patrimoine mondial de l’UNESCO dans les prochaines années, dans le cadre de sa stratégie culturelle 2026-2030.
Pour l’heure, le site demeure un « chantier en cours » : à la fois objet de fascination scientifique, patrimoine fragile et promesse touristique. À Houaphanh, les menhirs continuent de se dresser, silencieux, gardiens d’un passé dont le sens échappe encore largement aux chercheurs.
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© World Monuments Fund








