
À Pattaya, on pensait avoir trouvé la recette pour moderniser les taxis-motos : remplacer leurs célèbres gilets orange par du bleu foncé. Mais la révolution vestimentaire a tourné court. Chauffeurs mécontents, touristes désorientés et Premier ministre appelé à la rescousse : six jours après leur présentation officielle, les nouveaux uniformes sont déjà au placard. Reste à savoir qui paiera la facture.
En Thaïlande, il est des traditions auxquelles mieux vaut ne pas toucher. Le gilet orange des taxis-motos en fait manifestement partie. De Bangkok à Pattaya, il permet de reconnaître au premier coup d’œil ces chauffeurs qui attendent leurs clients au coin des rues, devant les hôtels ou les centres commerciaux.
Mais à Pattaya, quelqu’un a eu une idée : pourquoi ne pas remplacer l’orange par du bleu foncé ? Après tout, la ville est au bord de la mer. Et quoi de mieux qu’une couleur maritime pour donner une nouvelle identité aux transports de la station balnéaire ?
Sur le papier, l’idée avait peut-être du charme. Sur le bitume, beaucoup moins. Présentés en grande pompe le 16 octobre au théâtre Alcazar, les nouveaux gilets n’ont pas tardé à faire des vagues. Trop sombres pour être facilement repérables la nuit, ils auraient également dérouté des touristes habitués à identifier les taxis-motos à leur couleur orange.
Plusieurs chauffeurs ont affirmé avoir perdu des clients. Et comme une mauvaise nouvelle arrive rarement seule, chacun devait débourser 550 bahts pour s’offrir sa nouvelle tenue. Une modernisation qui commençait à coûter cher à ceux qu’elle était censée aider.
Quand une histoire de couleur arrive chez le Premier ministre
La réforme concernait 5 281 conducteurs enregistrés dans le district de Bang Lamung, qui comprend Pattaya. L’objectif affiché était pourtant sérieux : mieux encadrer la profession, identifier les chauffeurs autorisés et améliorer la qualité du service.
À l’origine, les autorités avaient envisagé des gilets bleu clair réfléchissants, équipés de QR codes permettant de vérifier l’identité des conducteurs. Mais le bleu clair a finalement viré au bleu foncé après un changement à la tête du district, selon Yodchai Peungporn, député de Chonburi du Parti du peuple. C’est ce dernier qui a porté la grogne des chauffeurs jusqu’au Premier ministre, Anutin Charnvirakul, également ministre de l’Intérieur.
Surprise : le chef du gouvernement a expliqué qu’il ignorait tout de cette révolution chromatique. Informé des problèmes de sécurité et des dépenses imposées aux conducteurs, il a demandé le retour aux bons vieux gilets orange.
Le message est passé. Jeudi 22 octobre, le gouverneur de Chonburi, Naris Niramaiwong, a signé l’arrêté annulant la réglementation du 20 novembre 2025 qui avait introduit les nouveaux uniformes. L’administration provinciale a reconnu que les gilets orange étaient déjà suffisamment visibles et parfaitement identifiables, tandis que le changement de couleur imposait des dépenses supplémentaires aux chauffeurs. Six jours après leur présentation officielle, les gilets bleus avaient donc perdu la partie. À Pattaya, l’orange venait de prendre sa revanche.
Le secteur du divertissement vole au secours des gilets bleus
Mais une fois la bataille des couleurs terminée, restait une question beaucoup moins amusante : que faire des uniformes déjà achetés ?
Selon le député Yodchai Peungporn, près de la moitié des quelque 5 000 chauffeurs concernés avaient déjà déboursé 550 bahts pour leur gilet bleu. Certains ateliers de confection avaient également acheté du tissu et commencé leur production.
Heureusement, à Pattaya, les idées ne manquent pas. Selon une information diffusée sur le groupe LINE de l’Association de l’industrie du divertissement et du tourisme de Pattaya, dont Gavroche a eu connaissance, l’organisation envisage de racheter les gilets bleus devenus inutiles pour les taxis-motos.
Son vice-président, Krit Jiramongkol, a également confirmé cette initiative dans des déclarations rapportées jeudi 22 octobre par la presse thaïlandaise. L’association, qui avait déjà réfléchi à l’acquisition d’uniformes pour ses propres activités, pourrait ainsi offrir une seconde vie à ces vêtements tout en soulageant les chauffeurs de leur dépense. Des discussions ont été engagées avec les autorités de Bang Lamung, mais rien n’est encore définitivement arrêté. Ni le prix de rachat, ni le nombre de gilets concernés, ni les modalités de l’opération n’ont été précisés.
De son côté, Anutin a promis d’examiner la question des frais engagés par les conducteurs. Aucun remboursement public n’a toutefois été annoncé.
Ainsi s’achève, du moins provisoirement, la grande bataille des gilets de Pattaya. Les taxis-motos vont retrouver leur orange traditionnel, les touristes leurs repères et les autorités locales, espérons-le, le goût des consultations préalables. Quant aux gilets bleus, ils pourraient finalement poursuivre leur carrière dans le monde du divertissement.
À Pattaya, même les réformes ratées ont parfois droit à une seconde vie.
Vous avez aimé cet article ?
Recevez gratuitement nos lettres d’information :










