
L’Union européenne et les Philippines ont franchi une étape décisive vers la conclusion d’un accord de libre-échange. Bruxelles et Manille se sont entendus le 22 septembre sur les principaux paramètres du futur traité, qui doit libéraliser plus de 94 % des lignes tarifaires. L’enjeu est important pour les entreprises européennes : les Philippines représentent un marché de 113 millions d’habitants.
L’Union européenne et les Philippines se rapprochent d’un accord de libre-échange après plus d’une décennie de négociations interrompues puis relancées. Le commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, Maroš Šefčovič, et la secrétaire philippine au Commerce et à l’Industrie, Maria Cristina Aldeguer-Roque, ont annoncé le 22 septembre un « accord substantiel » sur les principaux éléments du futur traité.
Il ne s’agit toutefois pas encore de l’accord définitif. Les négociateurs doivent maintenant finaliser les détails techniques et traduire les compromis obtenus dans le texte juridique. Bruxelles et Manille espèrent parvenir à une conclusion formelle dans les prochains mois. Les discussions avaient débuté en 2015 avant d’être interrompues, puis relancées en mars 2024.
La quasi-totalité des échanges concernés
Le futur accord doit supprimer ou réduire les droits de douane sur plus de 94 % des catégories de produits, représentant plus de 97 % du commerce de marchandises entre les deux partenaires.
Pour les entreprises européennes, l’accord doit notamment faciliter les exportations de machines et d’équipements, de matériels de transport, de médicaments et de dispositifs médicaux. L’agroalimentaire est également concerné, notamment le porc, la volaille, les produits laitiers et les spiritueux.
Le traité ira cependant bien au-delà des droits de douane. Les Philippines prévoient notamment d’ouvrir pour la première fois leurs marchés publics aux soumissionnaires étrangers. L’accord doit également renforcer la protection de la propriété intellectuelle et des indications géographiques européennes, faciliter le commerce numérique et fixer des règles dans les domaines de l’énergie et des matières premières. Il prévoit aussi des engagements concernant les droits humains, l’accord de Paris sur le climat et le développement durable.
Près de 28 milliards d’euros d’échanges
Les relations économiques entre les deux partenaires disposent déjà d’une base importante. Les échanges de marchandises ont atteint 17,6 milliards d’euros en 2025, tandis que ceux de services représentaient 10,3 milliards d’euros en 2024.
L’Union européenne était en 2025 le quatrième partenaire commercial des Philippines, avec 8,3 % du commerce de marchandises du pays.
Les investissements européens sont également significatifs : le stock d’investissements directs de l’UE aux Philippines atteint 15,4 milliards d’euros, contre 2,4 milliards d’euros d’investissements philippins dans l’Union européenne.
Au-delà de l’accès aux marchés, Bruxelles et Manille présentent le futur accord comme un moyen de diversifier leurs relations économiques et de rendre leurs chaînes d’approvisionnement plus résistantes. Les deux parties veulent également offrir davantage de visibilité aux entreprises dans un environnement commercial mondial devenu plus incertain.
La Thaïlande également dans le viseur de Bruxelles
L’accord avec les Philippines s’inscrit dans une stratégie européenne plus large de diversification des échanges vers l’Asie, accélérée par les tensions commerciales avec les États-Unis. L’Union européenne dispose déjà d’un accord commercial avec le Vietnam et a avancé avec l’Indonésie. Elle négocie parallèlement avec la Malaisie et la Thaïlande.
Pour Bangkok, le signal est particulièrement intéressant. Maroš Šefčovič a indiqué le 22 septembre que les négociations avec la Thaïlande étaient les plus avancées parmi les discussions commerciales actuellement menées par l’Union européenne dans la région. Il a également déclaré que Bruxelles progressait avec Bangkok et poursuivait des discussions intensives avec la Malaisie.
L’avancée obtenue avec Manille montre ainsi l’accélération de la politique commerciale européenne en Asie du Sud-Est, alors que Bruxelles cherche à diversifier ses marchés et ses chaînes d’approvisionnement.
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