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PHILIPPINES – POLITIQUE : Le procès de Sara Duterte entre dans une phase décisive

Date de publication : 02/10/2026
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sénat cour de destitution

 

Déjà poursuivie dans une affaire de « menaces graves » contre Ferdinand Marcos Jr., Sara Duterte affronte désormais une séquence particulièrement sensible de son procès en destitution. Le Sénat s’apprête à examiner ses transactions financières et celles de son mari, tandis que la Cour suprême vient de laisser en vigueur une règle susceptible d’abaisser le nombre de voix nécessaires à sa condamnation. En arrière-plan se profile déjà la présidentielle de 2028.

 

Un mois après l’émission d’un mandat d’arrêt contre Sara Duterte, dans une procédure distincte pour « menaces graves », les difficultés judiciaires de la vice-présidente philippine changent de terrain. Cette fois, c’est devant le Sénat, constitué en tribunal d’impeachment, que se joue une partie de son avenir politique.

 

Fille de l’ancien président Rodrigo Duterte, Sara Duterte avait été élue vice-présidente en 2022 aux côtés de Ferdinand Marcos Jr. Leur alliance, présentée à l’époque sous la bannière « UniTeam », a depuis volé en éclats. Les deux familles, parmi les plus puissantes du pays, s’affrontent désormais ouvertement à l’approche de la succession de Marcos, qui ne pourra pas briguer immédiatement un second mandat en 2028.

 

Les comptes du couple Duterte-Carpio examinés

 

Le procès entre désormais dans son volet financier. Le 1er octobre, la cour de destitution a ordonné à sept banques ainsi qu’à sept sociétés financières et d’assurance de produire des documents concernant Sara Duterte et son mari, l’avocat Manases Carpio.

 

LandBank, BDO, BPI, Metrobank, Philippine National Bank, Asia United Bank et Philippine Savings Bank figurent parmi les établissements appelés à comparaître. L’accusation entend utiliser ces documents pour étayer plusieurs griefs, notamment ceux portant sur un patrimoine inexpliqué et des déclarations de patrimoine présumées incomplètes.

 

Deux responsables des registres fonciers ont déjà témoigné le 1er octobre au sujet de propriétés enregistrées au nom de Manases Carpio. Ils ont affirmé que deux biens, d’une valeur déclarée d’environ 6 millions et 3 millions de pesos, soit respectivement environ 85 000 et 42 500 euros, n’apparaissaient pas dans certaines déclarations conjointes de patrimoine du couple.

 

Il appartient encore à l’accusation d’établir la portée juridique de ces éventuelles omissions. La défense pourra contester aussi bien les documents que leur interprétation.

 

L’AMLC attendu lundi

 

La prochaine étape pourrait être plus sensible encore. Ronel Buenaventura, directeur exécutif de l’Anti-Money Laundering Council (AMLC), doit présenter des synthèses portant sur des transactions déclarées ou signalées comme suspectes concernant Sara Duterte, son mari et plusieurs personnes morales.

 

Son audition, initialement prévue cette semaine, a été reportée au lundi 5 octobre afin de laisser davantage de temps à la défense pour examiner les documents transmis. L’ancien sénateur Antonio Trillanes IV, adversaire de longue date de la famille Duterte, devait également être entendu par l’accusation. Les procureurs ont finalement renoncé à le faire comparaître.

 

Un seuil de condamnation devenu crucial

 

L’autre bataille est constitutionnelle. La Constitution philippine prévoit qu’une condamnation requiert l’accord des deux tiers des membres du Sénat. Avec 24 sièges, l’interprétation traditionnelle conduit à un seuil de 16 voix. Mais le 23 septembre, la cour de destitution a décidé de ne compter que les sénateurs juridiquement et matériellement capables de participer au vote.

 

Si seulement 20 sénateurs prennent part au verdict, 14 voix pourraient ainsi suffire pour condamner Sara Duterte. Trois recours ont tenté de faire annuler cette interprétation. La Cour suprême les a rejetés le 30 septembre, invoquant notamment leur caractère prématuré et le défaut de qualité pour agir de leurs auteurs. Elle ne s’est donc pas prononcée sur la constitutionnalité de la règle elle-même.

 

La question pourrait revenir devant les juges après le vote final. L’ancien juge de la Cour suprême Antonio Carpio estime d’ailleurs qu’un recours deviendrait réellement pertinent si le résultat dépendait précisément de la différence entre 14 et 16 voix.

 

2028 en ligne de mire

 

Le Sénat n’a pas encore rendu son verdict, et Sara Duterte conserve pour l’heure tous ses droits politiques. Mais l’enjeu dépasse largement son maintien à la vice-présidence. Elle pourrait se présenter à la succession de Ferdinand Marcos Jr. en 2028. En cas de condamnation, le Sénat pourrait aussi lui interdire d’exercer une fonction publique, ce qui compromettrait directement une candidature à la présidentielle.

 

C’est ce qui donne à cette procédure toute sa dimension nationale. Derrière les débats sur les comptes bancaires, les déclarations de patrimoine ou le calcul des deux tiers se poursuit l’affrontement entre deux dynasties qui avaient pourtant conquis ensemble le pouvoir en 2022.

 

Après la rupture politique et les procédures judiciaires, la bataille Marcos-Duterte se joue désormais aussi au Sénat.

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