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PHILIPPINES – POLITIQUE : Le procès de Sara Duterte se resserre autour de son patrimoine

Date de publication : 14/10/2026

Sara Duterte au cœur de la foule

 

Le Sénat philippin a accepté le retrait de trois des quatre chefs d’accusation visant Sara Duterte. Le procès en destitution de la vice-présidente ne porte désormais plus que sur son patrimoine et des revenus que l’accusation juge insuffisamment expliqués. Un seul chef demeure, mais il pourrait suffire à compromettre son avenir politique à l’approche de 2028.

 

Le changement est majeur. Aux Philippines, le Sénat siège dans cette affaire comme juridiction chargée de juger la destitution de la vice-présidente. Or il a accepté, le 13 octobre, la demande des procureurs de la Chambre des représentants de retirer trois des quatre chefs d’accusation initialement retenus contre Sara Duterte. Le procès ne portera donc plus que sur un seul volet : l’enrichissement inexpliqué.

 

Tout se joue désormais sur le patrimoine

 

L’accusation cherche à démontrer que le patrimoine déclaré de Sara Duterte et de son mari, Manases Carpio, ne correspondrait pas à leurs revenus connus et que certains avoirs ou intérêts économiques auraient été insuffisamment déclarés. Les procureurs s’appuient notamment sur les témoignages de l’organisme philippin chargé de lutter contre le blanchiment d’argent, de banques, de compagnies d’assurance et d’un expert financier.

 

Selon les calculs présentés par l’accusation, plusieurs centaines de millions de pesos d’avoirs ou de revenus resteraient insuffisamment expliqués. Ces montants sont contestés par la défense et ne constituent pas, à ce stade, des faits définitivement établis par la justice.

 

Sara Duterte a commencé à répondre publiquement aux accusations. Dans une déclaration publiée le 13 octobre, elle a nié être propriétaire d’un terrain présenté par le National Bureau of Investigation (NBI) comme lié à sa déclaration de patrimoine. La vice-présidente accuse l’agence d’avoir présenté au public des éléments contestables.

Le NBI affirme de son côté avoir examiné plusieurs propriétés liées à Sara Duterte et à son entourage et a transmis ses conclusions sur ses déclarations patrimoniales à l’Office of the Ombudsman, chargé d’examiner d’éventuels manquements de responsables publics. À ce stade, le désaccord porte donc aussi sur l’identification même de certains biens : le NBI les relie à la vice-présidente, tandis que celle-ci conteste au moins l’une de ces attributions.

 

Pour le Sénat, la question est désormais simple : ces éléments suffisent-ils à justifier la destitution de la vice-présidente ?

 

Trois accusations sortent du procès

 

Les sénateurs ne jugeront plus Sara Duterte sur trois autres volets pourtant très sensibles politiquement. Le premier concernait l’utilisation présumée irrégulière de fonds confidentiels.
Le deuxième portait sur des soupçons de corruption lorsqu’elle dirigeait le ministère de l’Éducation. Le troisième concernait les menaces présumées contre le président Ferdinand Marcos Jr., son épouse Liza Marcos et l’ancien président de la Chambre Martin Romualdez.

 

Le retrait de ces accusations ne signifie pas qu’elles ont été déclarées infondées. Cela signifie seulement qu’elles ne seront plus examinées dans le cadre de ce procès en destitution. D’autres procédures administratives ou judiciaires restent possibles selon les dossiers.

 

Les fonds confidentiels restent un problème distinct

 

Pour les lecteurs de Gavroche, ce point est important. Nous avons récemment consacré un article à la décision de la Commission on Audit concernant 73,3 millions de pesos de dépenses confidentielles du bureau de Sara Duterte. Ce contentieux ne disparaît pas avec la décision du Sénat.

 

La Commission on Audit a confirmé que ces dépenses n’avaient pas été suffisamment justifiées selon les règles applicables. Sara Duterte conteste cette décision et sa défense a annoncé vouloir saisir la Cour suprême. Mais ce dossier ne servira plus de fondement direct à une éventuelle destitution dans le procès actuellement en cours.

 

La défense conteste le retrait

 

Les avocats de Sara Duterte critiquent cette nouvelle configuration. Ils estiment que plusieurs accusations ont été largement exposées publiquement pendant les audiences alors que la vice-présidente ne pourra finalement pas y répondre devant le Sénat dans le cadre du verdict.

 

La défense soutient également que leur retrait démontre qu’elles étaient insuffisamment étayées. Cette interprétation est contestée par l’accusation et n’a pas été reprise à son compte par le Sénat. Le président du tribunal de destitution, Francis Escudero, a par ailleurs autorisé les parties à s’exprimer publiquement sur les accusations désormais retirées.

 

Un seul chef peut suffire

 

Pour Sara Duterte, le retrait de trois accusations ne signifie donc pas que le danger politique disparaît. Un seul chef d’accusation peut suffire à entraîner une condamnation si la majorité requise des sénateurs estime les faits établis.

 

Le seuil de condamnation reste lui aussi un enjeu central. Dans la configuration actuellement retenue, 14 voix pourraient suffire si 20 sénateurs sont habilités à participer au vote final. Aucune nouvelle décision de la Cour suprême n’a, à ce stade, modifié cette règle.

 

2028 toujours en ligne de mire

 

Sara Duterte reste aujourd’hui vice-présidente et demeure éligible à la présidentielle de 2028.
Mais une condamnation assortie d’une interdiction d’exercer une fonction publique pourrait directement compromettre sa candidature à la succession de Ferdinand Marcos Jr.

 

Le procès est donc désormais plus simple à lire, mais pas moins dangereux pour elle. Trois chefs d’accusation disparaissent. Un seul reste. Et c’est désormais autour de cette question que toute la bataille va se concentrer : Sara Duterte peut-elle justifier l’origine et la cohérence de son patrimoine ?

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