
Dans un contexte international marqué par les tensions au Moyen-Orient et la rivalité sino-américaine, Singapour affiche une ligne claire : ne pas céder à la pression des blocs et défendre avant tout ses intérêts stratégiques.
Intervenant le 22 avril lors d’un échange à CNBC Converge Live, le ministre des Affaires étrangères Vivian Balakrishnan a livré une lecture sans détour des évolutions en cours. Selon lui, le monde entre dans une phase où « les points de passage stratégiques comptent plus que jamais » et où l’interdépendance économique, longtemps perçue comme un facteur de stabilité, est désormais « instrumentalisée ».
Une mondialisation sous pression
Pour le chef de la diplomatie singapourienne, les tensions actuelles ne s’expliquent pas seulement par des rivalités entre grandes puissances. Elles trouvent aussi leur origine dans des frustrations internes, notamment face aux effets inégalitaires de la mondialisation. Cette dynamique alimente un repli des États sur des intérêts nationaux plus immédiats.
Dans ce contexte, Singapour entend maintenir le cap. « Nous refuserons de choisir », a insisté Vivian Balakrishnan, évoquant les relations avec les États-Unis comme avec la Chine. La cité-État privilégie une approche pragmatique : dire non si nécessaire, mais toujours en fonction de ses propres intérêts à long terme.
Le rôle stratégique des détroits asiatiques
Au cœur de cette stratégie : la maîtrise des routes maritimes. Le détroit de Malacca, par lequel transite une part majeure du commerce mondial, constitue un point névralgique. Mais Singapour ne veut pas être perçue comme un « goulet d’étranglement », plutôt comme un hub fiable et ouvert.
« Le droit de passage doit rester un droit, pas un privilège », a rappelé le ministre, en référence aux tensions autour du détroit d’Ormuz. Singapour, avec la Malaisie et l’Indonésie, s’engage à maintenir la libre circulation, sans péage ni restriction.
La clé : la confiance
Dans un environnement instable, Singapour mise sur un atout central : la confiance. « Être prévisible, fiable, digne de confiance a une valeur économique réelle », a souligné Vivian Balakrishnan. Cette stratégie vise à réduire les coûts de transaction et à attirer les investissements, dans une région où la compétition s’intensifie.
La cité-État mise aussi sur sa capacité à ne pas céder à la panique en période de crise. Une posture qui, selon ses dirigeants, a déjà contribué à renforcer sa crédibilité et son attractivité.
L’Asie face aux grands basculements
Au-delà des crises immédiates, Singapour invite à regarder plus loin. Pour son ministre des Affaires étrangères, les véritables transformations se jouent ailleurs : dans la rivalité entre Washington et Pékin, mais aussi dans les révolutions technologiques — intelligence artificielle, biotechnologies, énergies.
« Le vrai centre de gravité se déplace vers le Pacifique », estime-t-il. Une évolution qui place l’Asie au cœur des recompositions géopolitiques à venir.
Dans ce paysage mouvant, Singapour entend rester fidèle à sa ligne : stabilité, pragmatisme et indépendance. Une stratégie qui pourrait bien devenir un modèle pour d’autres pays de la région.
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