Accueil À la une THAÏLANDE – HISTOIRE : Dans les archives de Gavroche, il y a dix ans, le deuil d’un grand monarque

THAÏLANDE – HISTOIRE : Dans les archives de Gavroche, il y a dix ans, le deuil d’un grand monarque

Date de publication : 12/10/2026

Deuil Rama IX

 

Le 13 octobre 2016, la disparition du roi Bhumibol Adulyadej, Rama IX, plongeait la Thaïlande dans un deuil d’une ampleur exceptionnelle. Du Grand Palais à Sanam Luang, des foules vêtues de noir se rassemblaient pour rendre hommage à un souverain qui avait régné pendant soixante-dix ans. Dix ans plus tard, Gavroche replonge dans ses archives de novembre 2016 pour raconter ces journées où Bangkok oscillait entre chagrin, recueillement et nécessité de poursuivre la vie quotidienne.

 

Le noir avait envahi Bangkok. Dans les rues, les commerces, les transports et les administrations, les Thaïlandais affichaient leur deuil. Les portraits du roi Bhumibol Adulyadej se multipliaient sur les façades, tandis que des foules convergeaient vers le Grand Palais pour un dernier hommage.

 

Le jeudi 13 octobre 2016, à 15 h 52, Rama IX s’était éteint à l’hôpital Siriraj de Bangkok, à l’âge de 88 ans. Après soixante-dix années sur le trône, il laissait derrière lui un royaume profondément marqué par sa disparition.

 

Pour une grande partie de la population, le roi Bhumibol était le seul souverain qu’elle avait connu. Sa mort ouvrait une période de deuil national, mais aussi une page politique nouvelle.

 

Dans son numéro de novembre 2016, Gavroche racontait ces journées historiques. Notre magazine publiait notamment un reportage de Richard Werly, accompagné des photographies de Gabriel Bertrand, intitulé « Une Thaïlande capable de tourner la page ».

 

Procession funéraire Rama IX

 

Sanam Luang, une foule en noir et en larmes

 

Le 22 octobre 2016, neuf jours après la disparition du souverain, des dizaines de milliers de Thaïlandais se retrouvaient sur l’esplanade de Sanam Luang, face au Grand Palais.

 

Tous ou presque portaient le noir. Certains tenaient un portrait du roi, d’autres priaient ou chantaient en mémoire du monarque disparu.

 

Notre reportage décrivait une foule plongée dans le recueillement, tandis qu’une composition musicale s’élevait au-dessus de l’esplanade.

 

L’émotion frappait par son intensité, mais aussi par l’atmosphère relativement paisible de ces rassemblements. Les familles venaient ensemble, parfois avec de jeunes enfants, pour participer aux hommages.

 

Autour du Grand Palais, les cérémonies religieuses se succédaient. Les moines bouddhistes récitaient leurs prières, tandis que les membres de la famille royale et les dignitaires accueillaient les premiers hommages officiels.

 

Le deuil ne se limitait pas à Bangkok. Dans les provinces, les administrations, les écoles et les communautés locales organisaient également des cérémonies en mémoire du souverain.

 

Foule en deuil Rama IX

 

Une capitale endeuillée, mais toujours vivante

 

Au milieu des larmes, la vie quotidienne continuait. C’est l’un des aspects les plus frappants du reportage publié par Gavroche en novembre 2016.

 

Autour de Sanam Luang, des vendeurs proposaient des vêtements noirs, des portraits du souverain et des objets commémoratifs. Les familles circulaient entre les lieux de recueillement, les commerces poursuivaient leurs activités et les habitants tentaient de concilier les obligations quotidiennes avec leur désir de participer au deuil national.

 

Richard Werly observait cette coexistence entre émotion et activité ordinaire. Dans les rues de Bangkok, le chagrin n’avait pas fait disparaître les échanges, les conversations et les sourires.

 

Les autorités avaient annoncé une période de deuil national d’au moins un an. Elles invitaient la population à porter des vêtements noirs ou blancs et encourageaient les visiteurs étrangers à adopter une tenue respectueuse.

 

Les fonctionnaires devaient observer des règles vestimentaires plus strictes pendant cette période. Plusieurs concerts, spectacles et manifestations festives avaient été annulés ou reportés.

 

Mais les transports, les banques, les hôpitaux et la plupart des services publics continuaient à fonctionner. Les autorités tenaient à préserver la vie économique et touristique du pays. La Thaïlande pleurait son roi sans pour autant suspendre son existence.

 

Le souvenir d’un roi élevé en Suisse

 

Au milieu de ces cérémonies, Gavroche avait également reconstitué les années suisses du souverain. Né aux États-Unis en 1927, Bhumibol Adulyadej avait passé une grande partie de son enfance et de sa jeunesse à Lausanne, où sa famille s’était installée dans les années 1930.

 

Le 24 octobre 2016, Lysandre Séraïdaris, fils de l’ancien précepteur du futur roi, était invité à se recueillir au Grand Palais auprès de la famille royale. Gavroche racontait son arrivée à l’aube devant l’hôtel Dusit Thani de Bangkok, où une voiture envoyée par la Maison royale était venue le chercher.

 

Son père, Cléon Séraïdaris, avait accompagné l’éducation des jeunes princes Ananda et Bhumibol en Suisse. Ce lien personnel avec le souverain prenait une dimension particulière au moment de sa disparition. À Sanam Luang, les vendeurs proposaient d’ailleurs des photographies du jeune Bhumibol étudiant ou pratiquant le ski sur les rives du Léman.

 

Ces images rappelaient qu’avant de devenir Rama IX, le souverain avait été un adolescent élevé en Europe, passionné de musique et de photographie. Pour Gavroche et son lectorat francophone, cette histoire constituait une autre manière de raconter l’homme derrière la figure royale.

 

Un deuil aussi traversé par les tensions politiques

 

L’émotion populaire ne faisait pas disparaître les tensions de la société thaïlandaise. En octobre 2016, le royaume vivait sous un régime militaire dirigé par le général Prayut Chan-o-cha, arrivé au pouvoir à la suite du coup d’État de mai 2014.

 

Les autorités encadraient étroitement les rassemblements politiques et appliquaient une législation particulièrement sévère en matière de lèse-majesté.

 

Dans son reportage, Gavroche signalait aussi des incidents et des intimidations visant des personnes accusées de ne pas manifester suffisamment leur deuil ou de manquer de respect à la monarchie.

 

Des images circulaient sur les réseaux sociaux, montrant notamment des personnes prises à partie. Notre magazine invitait toutefois à ne pas confondre ces incidents avec l’immense mouvement de recueillement observé dans le pays.

 

La ferveur populaire était réelle, mais elle s’inscrivait dans une société où l’expression publique des opinions sur la monarchie restait particulièrement sensible. La disparition de Rama IX soulevait également une interrogation politique majeure : comment le royaume allait-il aborder sa succession ?

 

Un royaume face à l’après-Rama IX

 

La Thaïlande n’avait jamais connu une transition comparable. Lorsque Bhumibol Adulyadej était devenu roi, en 1946, le pays sortait de la Seconde Guerre mondiale. À sa mort, il était devenu une puissance industrielle, touristique et commerciale majeure d’Asie du Sud-Est.

 

Plusieurs générations avaient grandi sous son règne, marqué par les projets de développement rural, les crises politiques et les interventions royales qui avaient façonné l’histoire contemporaine du royaume.

 

Son fils, le prince héritier Maha Vajiralongkorn, devait lui succéder sous le nom de Rama X. Mais les premières semaines suivant le décès furent consacrées au deuil, avant que son accession ne soit formalisée le 1er décembre 2016, avec effet rétroactif au 13 octobre.

 

Un an plus tard, le 26 octobre 2017, la crémation royale de Rama IX rassemblait une nouvelle fois la Thaïlande autour d’une cérémonie d’une ampleur exceptionnelle. Dix ans après sa disparition, les photographies publiées par Gavroche en novembre 2016 conservent une force particulière.

 

Elles montrent une capitale en noir, des portraits brandis au-dessus des foules, des familles réunies devant le Grand Palais et un pays confronté à la disparition d’une figure qui avait accompagné presque toute son histoire moderne.

 

Mais elles racontent aussi autre chose : la capacité des Thaïlandais à poursuivre leur vie au milieu du deuil. Comme le soulignait alors notre reportage, les larmes côtoyaient les sourires. Bangkok continuait de vivre.

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