
Expulsions facilitées, exemption de visa ramenée à 30 jours, contrôles renforcés contre les sociétés prête-noms : plusieurs décisions récentes donnent le sentiment d’un tour de vis envers les étrangers en Thaïlande. Mais que changent réellement ces mesures ? Gavroche fait le point entre nouvelles règles, renforcement des contrôles et discours politique.
La Thaïlande est-elle devenue moins accueillante envers les étrangers ? Plusieurs décisions prises ces dernières semaines peuvent le laisser penser. Le gouvernement a renforcé les procédures permettant l’expulsion de ressortissants étrangers, réduit la durée de l’exemption de visa et intensifié sa lutte contre les activités économiques exercées illégalement par l’intermédiaire de prête-noms thaïlandais.
Ces mesures sont réelles. Elles ne constituent toutefois pas, à ce stade, une remise en cause générale de la présence des étrangers dans le royaume.
Des expulsions désormais plus rapides
Le changement le plus récent est entré en vigueur le 28 août 2026.
Contrairement à ce qui a parfois été présenté, il ne s’agit pas d’une nouvelle loi sur l’immigration, mais d’un règlement du Bureau du Premier ministre sur l’expulsion des étrangers, signé par le Premier ministre Anutin Charnvirakul.
Le texte vise avant tout à préciser et accélérer les procédures entre administrations. Il concerne notamment les étrangers en situation irrégulière, ceux qui travaillent sans autorisation, exercent illégalement une activité relevant de la législation sur les entreprises étrangères, utilisent de faux documents officiels ou commettent certaines infractions graves.
Il permet également aux autorités d’examiner le cas d’un étranger dont le comportement est considéré comme contraire à l’ordre public, aux bonnes mœurs ou à l’intérêt général. Le dossier peut alors être transmis au ministre de l’Intérieur, auquel revient la décision d’expulsion.
La nuance est importante : une infraction mineure ou une simple amende ne signifie pas automatiquement l’expulsion du territoire. Elle peut en revanche désormais conduire plus facilement à un examen administratif du dossier.
Le gouvernement insiste de son côté sur le fait que le dispositif ne vise pas les étrangers qui séjournent, travaillent ou investissent légalement en Thaïlande.
L’exemption de visa ramenée à 30 jours
Le deuxième changement concerne directement les touristes français.
À compter du 15 septembre 2026, les titulaires d’un passeport français pourront séjourner en Thaïlande sans visa pendant 30 jours, contre 60 jours auparavant.
La France figure parmi les 60 pays et territoires bénéficiant de ce nouveau régime. Le ministère thaïlandais des Affaires étrangères a confirmé le calendrier et la nouvelle durée de séjour.
Le gouvernement avait annoncé dès le mois de mai son intention de revoir le dispositif instauré en 2024. Il invoque notamment des considérations de sécurité, la lutte contre l’utilisation abusive des exemptions de visa et la recherche d’un nouvel équilibre entre attractivité touristique et contrôle de l’immigration.
Il s’agit donc bien d’un durcissement pour les voyageurs souhaitant effectuer de longs séjours sans demander de visa.
Les prête-noms dans le collimateur
Le troisième volet concerne moins les touristes que les étrangers installés ou investissant dans le royaume.
Les autorités multiplient depuis plusieurs mois les opérations contre les montages utilisant des actionnaires thaïlandais comme prête-noms, ou nominees, afin de contourner les restrictions imposées aux étrangers dans certains secteurs économiques ou pour la détention de terrains.
Depuis le 1er août, les contrôles ne portent d’ailleurs plus seulement sur la création d’une société. Les autorités examinent également les modifications ultérieures de l’actionnariat et des dirigeants afin d’empêcher qu’une structure conforme lors de son enregistrement soit ensuite transformée en montage destiné à dissimuler le contrôle réel d’un investisseur étranger.
Des opérations conjointes du ministère de l’Intérieur, du DSI et de la police ont notamment été menées à Pattaya contre des réseaux soupçonnés d’utiliser des prête-noms pour détenir des terrains ou exercer des activités pour le compte d’étrangers.
Là encore, une distinction s’impose : une société comportant des actionnaires étrangers ou détenant des terrains n’est pas, par définition, illégale. C’est l’utilisation fictive d’actionnaires thaïlandais pour contourner la législation qui est visée.
Un changement de climat ?
Pris séparément, chacun de ces dispositifs répond donc à un objectif précis : immigration, ordre public ou respect de la législation économique.
Pris ensemble, ils témoignent néanmoins d’une évolution.
Le gouvernement d’Anutin Charnvirakul affiche désormais beaucoup plus ouvertement sa volonté de contrôler les abus associés à certains visiteurs ou résidents étrangers. La multiplication des affaires concernant le travail clandestin, les sociétés prête-noms, les comportements de touristes ou certaines activités criminelles étrangères nourrit également le débat dans les médias et sur les réseaux sociaux thaïlandais.
Cette évolution ne doit toutefois pas être confondue avec une politique générale hostile aux étrangers.
La Thaïlande continue de considérer le tourisme, les investissements internationaux et l’installation de compétences étrangères comme des éléments importants de son économie. Dans sa présentation du nouveau règlement sur les expulsions, le gouvernement prend d’ailleurs soin de distinguer les étrangers qui respectent les lois de ceux qui les enfreignent.
Moins de tolérance, plutôt que moins d’étrangers
Pour les Français vivant ou voyageant en Thaïlande, la tendance peut finalement se résumer assez simplement : les conditions d’entrée se resserrent et les autorités disposent de procédures plus rapides contre les étrangers en infraction, tandis que les contrôles économiques se renforcent.
Cela ne signifie pas que la Thaïlande ferme ses portes.
Le changement porte davantage sur le niveau de tolérance accordé aux pratiques situées à la frontière — ou clairement en dehors — de la légalité : longs séjours sous couvert d’exemptions touristiques, travail sans permis, activités commerciales dissimulées derrière des prête-noms ou comportements troublant l’ordre public.
Après plusieurs années durant lesquelles Bangkok avait surtout cherché à faciliter l’entrée des visiteurs étrangers, le balancier semble désormais revenir vers davantage de contrôle.
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