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THAÏLANDE – POLITIQUE : Achats de vote, manipulations… les zones d’ombre des législatives du 8 février

Date de publication : 11/02/2026
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irrégularité vote Thaïlande

 

Une analyse de Philippe Bergues

 

Moins de 48 heures après le scrutin, de nombreuses formations politiques doutent de l’intégrité des résultats des législatives thaïlandaises du 8 février dans de nombreuses circonscriptions et l’ont fait savoir. Des incompréhensions sont soulevées, notamment l’écart de 5 000 à 15 000 votants entre le vote uninominal pour le député et le scrutin de liste, et ce dans au moins 20 circonscriptions, un nombre qui augmente d’heure en heure. Il apparaît difficile d’expliquer cette différence de comportement électoral, ce qui entraîne des soupçons de fraude et fait douter de la confiance du public envers la Commission électorale.

 

Une vidéo authentifiée est devenue virale sur le réseau social X (ex-Twitter) : des assesseurs comptent les votes dans le noir lors d’une prétendue « panne de courant », alors que le ventilateur continue de tourner. Mystérieusement, plusieurs remontées font état de pannes de courant en plein dépouillement dimanche soir. Et dans certains bureaux, le nombre de votes dépasse celui des électeurs inscrits, selon la plateforme de surveillance électorale VOTE62. Dans d’autres, le nombre de bulletins invalidés pour « croix mal identifiée » dépasse l’entendement.

 

Quels sont les griefs avancés par les partis pour contester la sincérité des résultats ?

 

Piripan Salirathavibhaga, leader du parti United Thai Nation et successeur du général Prayut Chan-o-cha à ce poste, que l’on ne peut pas classer comme une personnalité anti-establishment, réclame « un recomptage des voix à l’échelle nationale » et dénonce « des irrégularités généralisées qui pourraient indiquer une fraude nationale lors du scrutin du 8 février ».

 

Dans son message posté sur Facebook, Piripan souligne de nombreux incidents soulevant des doutes quant à l’équité et à la régularité du scrutin, comme le déplacement de bureaux de vote sans préavis, le dépouillement des votes à huis clos, la non-présentation publique des bulletins de vote, la dissimulation des caméras de vidéosurveillance et des marquages suspects sur les bulletins de vote. Il ajoute que, dans certaines zones, le nombre de votes aurait dépassé le nombre d’électeurs inscrits et que des vidéos en ligne montreraient des responsables de bureaux cochant des bulletins de vote.

 

Ces accusations sont très graves et ce ne sont pas les seules à être exprimées ce mardi 10 février. Le chef du Pheu Thai, Julapun Amornvirat, a appelé la Commission électorale à enquêter d’urgence sur les plaintes concernant les irrégularités présumées et s’est déclaré favorable à des recomptages de votes dans les zones où des inquiétudes ont été soulevées. « Ces recomptages pourraient contribuer à apaiser la méfiance du public », a-t-il ajouté.

 

Le Pheu Thai a identifié trois principaux sujets de préoccupation : des soupçons d’achats de votes et d’activités financières anormales dans certaines régions ; des allégations d’ingérence par le biais de l’utilisation de l’autorité de l’État, impliquant des responsables locaux et des forces de sécurité ; et enfin, un dépouillement des votes non transparent, avec une manipulation contestée des bulletins.

 

Le parti Prachachat du président sortant de la Chambre basse, Wan Muhammad Noor Matha, qui ne présente des candidats que dans les provinces de l’extrême sud thaïlandais, a également demandé une enquête dans les circonscriptions de Pattani et Narathiwat pour « possible abus de l’autorité de l’État ». Il faut comprendre dans ses propos que des électeurs auraient pu être guidés dans leurs choix de vote. Le président Wan, homme politique d’expérience et très respecté, évoque également « des anomalies dans les dépouillements » dans le Sud profond.

 

Les politiques ne sont pas les seuls à réagir. Prinya Thaewanarumitkul, de la faculté de droit de l’université Thammasat, s’interroge sur la baisse anormale du taux de participation à ces élections législatives. Selon les chiffres transmis, le taux de participation s’élève à 65,07 % en 2026, en forte baisse par rapport au record de 75,71 % en 2023. Prinya constate que ce taux de 74-75 % est resté stable depuis 2007 et qu’il faut remonter à plus de 30 ans pour observer une participation inférieure à 70 %. Il ne s’explique pas « pourquoi ce dimanche, l’équivalent de 5 millions d’électeurs manque à l’appel, malgré une concurrence politique accrue et un engagement politique plus important ». Selon lui, « il s’agit du point le plus suspect parmi toutes les irrégularités entourant l’élection ».

 

Le People’s Party accepte la défaite mais pas la fraude électorale

 

Estimé favori dans les sondages, le People’s Party, par la voix de son leader Natthapong, a déclaré aujourd’hui « qu’il acceptait la défaite mais pas la fraude électorale ». Il a indiqué que son parti recueillait des informations auprès des candidats locaux et qu’il restait déterminé à protéger l’intégrité des votes.

 

Rukchanok « Ice » Srinork, figure du parti orange, réélue ce dimanche, donne ce mardi une explication avec sa franchise habituelle : « À ce stade, il est déjà clair qu’il s’agit d’une fraude électorale massive. Comprenez-vous pourquoi il a fallu une collusion lors de la sélection des sénateurs ? Car cela permet de donner instruction aux sénateurs de choisir les membres de la Commission électorale, de la Commission nationale anticorruption et de la Cour constitutionnelle ». Allusion à peine voilée à la mainmise du Bhumjaithai, le parti bleu, vainqueur des élections, sur les institutions de contrôle non élues.

 

Rukchanok est particulièrement virulente sur le cas de Chonburi 1, sujet à de nombreuses plaintes et manifestations d’électeurs très mécontents.

 

Le porte-parole du PP, Parit Wacharasindhu, neveu d’Abhisit, a exhorté la Commission électorale à publier immédiatement les rapports nationaux de dépouillement des votes de tous les bureaux, pour une transparence du processus afin de dissiper les doutes du public.

 

Que répond le Premier ministre (intérimaire) Anutin, annoncé vainqueur des élections ?

 

Contraint de réagir, Anutin Charnvirakul a déclaré que « les allégations d’irrégularités et les demandes de recomptage relèvent de l’autorité de la Commission électorale et non du gouvernement ». De façon ironique et « en raison des critiques du Pheu Thai », Anutin a ajouté que « ces allégations surgissent généralement lorsque les partis perdent, et non lorsqu’ils gagnent ».

 

Il est intéressant de noter qu’il n’a pas mis en cause le parti orange, celui grâce auquel il était devenu chef de gouvernement en septembre dernier, dans cette réaction spontanée. Cependant, il est aisé pour Anutin de se retrancher derrière la responsabilité de la Commission électorale, mais comme de nombreuses réactions le montrent sur les réseaux sociaux, il est aussi nécessaire de rappeler que les membres de la Commission électorale ont été nommés par les sénateurs contrôlés par Anutin lui-même.

 

Il faut espérer que, pour l’intégrité des élections du 8 février, toutes les mesures de vérification soient prises par ceux qui ont la charge du contrôle et de l’officialisation des résultats. Pour tous les électeurs. Rien de plus troublant qu’une Chambre des députés installée et qu’un gouvernement nommé, dont la légitimité serait sans cesse remise en question. Il y va de la réputation internationale de la Thaïlande.

 

Philippe Bergues

 

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