Accueil Thaïlande Politique THAÏLANDE – POLITIQUE : Pourquoi 26 sénateurs thaïlandais sont renvoyés devant la Cour suprême

THAÏLANDE – POLITIQUE : Pourquoi 26 sénateurs thaïlandais sont renvoyés devant la Cour suprême

Journaliste : Philippe Bergues Date de publication : 27/09/2026
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Commission électorale conférence de presse sénat

 

Une chronique politique de Philippe Bergues

 

La décision du 14 septembre dernier de la Commission électorale de n’envoyer que 77 personnes sur 239 devant la Cour suprême, dont 26 sénateurs en exercice, pose question. Les grandes figures du Bhumjaithai citées dans cette affaire de collusion aux élections sénatoriales de 2024, dont l’actuel Premier ministre Anutin Charnvirakul, sont toutes épargnées.

 

Beaucoup d’observateurs en Thaïlande estiment que tout le système pourrait être « truqué » et l’opinion publique s’interroge. La majorité des sénateurs actuels, proches du Bhumjaithai, a été largement auto-cooptée, alors que les sénateurs de la législature précédente ont été nommés par la junte militaire dirigée par le général Prayuth Chan-o-cha. Cela montre que leur système de sélection, dans les deux cas, exclut totalement le peuple, y compris à un niveau indirect.

 

Pourquoi les sénateurs conservent des pouvoirs immenses ?

 

Les sénateurs, même s’ils n’ont plus le pouvoir de bloquer la nomination du Premier ministre, comme ce fut le cas avec Pita Limjaroenrat en 2023, disposent toujours d’importantes prérogatives. Ils ont le pouvoir de nommer ceux chargés de superviser et de contrôler l’intégrité et la validité des élections, ceux qui luttent contre la corruption et ceux qui interprètent la Constitution.

 

Pour résoudre l’idée que des arrangements entre amis aboutissent toujours à un résultat judiciaire confortant le système, en ce moment le « régime bleu » parfaitement orchestré par le mentor et leader de fait du Bhumjaithai, Newin Chidchob, avec l’appui d’Anutin Charnvirakul, il faudrait que soit réellement mise en place la révision constitutionnelle, approuvée par 21 millions de Thaïlandais en février 2026, faut-il le rappeler. Ce qui pourrait permettre de revivifier le système démocratique. Mais nous n’en sommes pas là puisque le pouvoir en place ralentit des quatre fers tout processus de réforme de la Constitution. Et pour cause, l’actuelle est taillée sur mesure pour détenir tous les leviers de la gouvernance, à influence conservatrice et nationaliste.

 

Y aurait-il eu un accord anticipé du Bhumjaithai avec le parti Kla Tham pour que trois témoins majeurs se rétractent ?

 

Comment analyser le verdict du 14 septembre ? Alors que trois témoins clés avaient prétendument lié le scandale sénatorial aux puissantes figures du Bhumjaithai, ils se sont finalement rétractés. Ces trois témoins, Ekkarat Changlao, Atsadang Sawengkarn et Khajornsak Sriwirat ont tous trois la particularité d’être proches de Thammanat Prompao, leader du parti Kla Tham. Ils ont modifié ou retiré leurs témoignages, contredisant leurs dires initiaux.

 

Ekkarat avait dans un premier temps affirmé « que des figures du Bhumjaithai avaient développé un programme de vote hors ligne, préparé des listes prédéterminées et tenu des réunions impliquant Newin Chidchob et Anutin Charnvirakul ». Ekkarat Changlao est un ancien vice-président du Kla Tham, Khajornsak Sriwirat est le beau-père de Thammanat et Atsadang Sawengkarn est présenté comme l’un de ses amis. Ces trois témoins disent qu’ils ont été initialement contraints ou menacés pour fournir de faux témoignages. Par qui et dans quel but ?

 

Toujours est-il que le timing politique du moment pourrait éclairer ce retournement de situation. Il se murmure qu’au prochain remaniement ministériel, le parti Kla Tham serait enfin invité par Anutin à rejoindre la coalition gouvernementale. D’ailleurs, Thammanat Prompao a déjà clairement fait savoir qu’il ne se considérait plus dans l’opposition. La majorité serait renforcée de 58 députés. Ce que d’aucuns à d’autres latitudes appelleraient un « deal win-win ».

 

Pourquoi cette décision controversée n’a pas provoqué une grande mobilisation dans la rue ?

 

On aurait pu croire que la décision controversée de la Commission électorale de ne pas poursuivre plus de 150 personnes, dont plus de la moitié de sénateurs, aurait provoqué des protestations de rue à Bangkok. Il n’en est rien, la rue est restée tranquille. L’ancien leader des Chemises jaunes, Sondhi Limthongkul, accompagné d’activistes ultranationalistes avait de maigres troupes (plusieurs centaines) pour son rassemblement du 25 septembre devant la Commission électorale pour exiger une enquête plus large dans cette affaire de collusion.

 

Sondhi a déclaré que sa campagne « visait à défendre l’État de droit et à prévenir les ingérences politiques dans les institutions indépendantes. Et que toute personne répréhensible devait être poursuivie sans discrimination ». Le camp démocratique est divisé : les « orange » du People’s Party n’ont que très peu mobilisé lors d’une manifestation le jour du verdict de la Commission électorale, certains leur faisant remarquer qu’ils avaient eux-mêmes amené le loup dans la bergerie en soutenant Anutin comme Premier ministre il y a juste un an. Quant au Pheu Thai, sagement installé dans la coalition gouvernementale, son intérêt est de ne pas commettre d’impairs face aux éventuels procès qui attendent Thaksin Shinawatra pour crime de lèse-majesté suite à la suite de son interview coréenne, sans oublier leur espoir de ramener sa sœur Yingluck, de son exil contraint entre Londres et Dubaï, à la maison, si possible blanchie de ses accusations de négligence budgétaire.

 

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