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THAÏLANDE – SOCIÉTÉ : Pattaya « Made in USA », l’histoire vraie (1/3)

Date de publication : 03/09/2026
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Bar Pattaya 60's

 

L’arrivée à Laem Chabang du porte-avions américain USS Abraham Lincoln et de quelque 5 000 marins et Marines, dont beaucoup profiteront de leur escale pour gagner Pattaya, renvoie à l’histoire de la station balnéaire thaïlandaise. Une histoire dont la transformation moderne fut profondément marquée par la présence militaire américaine pendant la guerre du Vietnam. Gavroche a exploré les archives. Récit en trois épisodes.

 

Épisode 1 : Pattaya et l’armée américaine, jamais base militaire, toujours base balnéaire

 

Pattaya n’a jamais été une base militaire américaine. Pourtant, pendant la guerre du Vietnam, la station a joué un rôle singulier auprès des forces américaines présentes en Thaïlande : celui d’un lieu de repos et de loisirs situé à proximité immédiate de deux installations stratégiques, U-Tapao et Sattahip.

 

Au milieu des années 1960, la montée en puissance militaire américaine en Thaïlande accélère brutalement le développement de cette petite localité côtière. Hôtels, restaurants, bars et établissements de divertissement se multiplient pour répondre à une nouvelle clientèle.

 

Plus d’un demi-siècle après le départ de l’essentiel des forces américaines, cette histoire ressurgit à chaque grande escale de l’US Navy.

 

Une base qui n’en était pas une

 

Pattaya n’a jamais fait partie du réseau des bases utilisées par les forces américaines en Thaïlande. Pas de piste militaire ni de quartier général : sa fonction était ailleurs.

 

À une quarantaine de kilomètres au sud se trouvait U-Tapao. Considérablement développée avec l’aide américaine au milieu des années 1960, la base aérienne devient un site majeur des opérations américaines en Asie du Sud-Est. Les bombardiers stratégiques B-52 y effectuent leurs premières missions de bombardement en avril 1967.

 

Plus au sud encore, Sattahip abritait la principale base navale thaïlandaise. Les États-Unis participent alors au développement d’un vaste complexe portuaire en eaux profondes destiné notamment à soutenir leur dispositif militaire dans le royaume. Inauguré en 1968, il devient un maillon logistique essentiel des opérations américaines dans la région.

 

À proximité de ces deux installations, Pattaya offrait ce que les bases militaires ne pouvaient fournir : la plage, des hôtels, des restaurants, des bars et surtout quelques jours loin de la discipline militaire.

 

La guerre du Vietnam change Pattaya

 

Pattaya n’est pas née avec les Américains.

 

Avant même la guerre du Vietnam, cette communauté de pêcheurs et d’agriculteurs accueillait déjà des visiteurs attirés par son littoral. Mais le changement d’échelle intervient au cours des années 1960.

 

À mesure que Washington renforce son engagement au Vietnam, la présence militaire américaine augmente considérablement en Thaïlande. Pattaya devient alors l’une des destinations de repos et de loisirs privilégiées des militaires américains présents dans le royaume ou venus y passer quelques jours de permission.

 

La petite station balnéaire change rapidement de visage.

 

Les hôtels, restaurants, bars et établissements de divertissement se multiplient. Le secteur situé au sud de Beach Road, où se trouve aujourd’hui Walking Street, devient progressivement l’un des centres de cette nouvelle économie nocturne.

 

Pattaya remplit alors une fonction très particulière. Elle n’est pas une base militaire, mais devient de fait le prolongement récréatif des installations voisines : un espace où les militaires peuvent échapper quelques jours à la discipline des camps et à la pression des opérations.

 

La guerre du Vietnam n’a donc pas créé Pattaya. Elle a en revanche puissamment accéléré sa transformation et contribué à façonner la station touristique internationale que nous connaissons aujourd’hui.

 

1976 : la fin d’une époque

 

La fin de la guerre du Vietnam ouvre une nouvelle période.

 

Le retrait militaire américain de Thaïlande, amorcé en 1975, s’accélère l’année suivante. En mars 1976, après l’échec des négociations sur le maintien d’une présence résiduelle, le gouvernement du Premier ministre Kukrit Pramoj exige le départ des forces américaines restantes dans un délai de quatre mois.

 

Le mouvement est spectaculaire : alors qu’environ 27 000 militaires américains étaient encore autorisés à stationner en Thaïlande en mars 1975, ils sont moins de 250 au 20 juillet 1976.

 

Le retrait met fin à l’utilisation des principales installations thaïlandaises par les forces américaines, tandis qu’une partie importante des équipements et infrastructures est transférée au gouvernement thaïlandais.

 

Pour Pattaya, le choc aurait pu être considérable. Une partie de son économie s’était développée grâce à la présence militaire américaine.

 

Mais la station avait déjà changé de dimension.

 

Les hôtels étaient là. Les restaurants et les lieux de divertissement aussi. Les infrastructures s’étaient développées et, surtout, Pattaya avait acquis une réputation internationale. La clientèle civile prend progressivement le relais des militaires.

 

En 1978, Pattaya obtient un statut administratif spécial. Dans les décennies suivantes, son développement s’accélère encore pour en faire l’une des principales destinations touristiques de Thaïlande.

 

Les militaires sont partis, les navires reviennent

 

L’économie actuelle de Pattaya n’a évidemment plus grand-chose à voir avec celle des années de guerre. La station accueille désormais des millions de visiteurs venus du monde entier et ne dépend plus des permissions des militaires américains.

 

Mais l’histoire n’a pas complètement disparu.

 

Les navires de l’US Navy continuent d’effectuer des escales dans la région, notamment à Laem Chabang, et leurs équipages choisissent régulièrement Pattaya pour leurs journées de repos à terre. Les exercices militaires conjoints, au premier rang desquels Cobra Gold, entretiennent également une importante coopération militaire entre la Thaïlande et les États-Unis.

 

L’arrivée cette semaine de l’USS Abraham Lincoln en offre une nouvelle illustration.

 

Le porte-avions américain est arrivé à Laem Chabang le 2 septembre. Quelque 5 000 marins et Marines participent à cette escale, officiellement présentée par l’US Navy comme une occasion pour les équipages de se reposer et de récupérer. Et, comme il y a plus d’un demi-siècle, Pattaya figure parmi leurs principales destinations à terre.

 

L’échelle et le contexte n’ont évidemment plus rien à voir avec ceux de la guerre du Vietnam. Mais la continuité historique est frappante.

 

Pattaya n’a jamais été une base militaire américaine au sens strict. Elle fut quelque chose de plus ambigu : une extension balnéaire des installations militaires voisines, une ville de repos et de loisirs dont l’essor fut profondément accéléré par la présence américaine.

 

Cette histoire explique encore une partie de son identité et de sa réputation internationale.

 

Ex-base militaire ? Pas vraiment.

 

Toujours base balnéaire ? L’arrivée des marins de l’USS Abraham Lincoln montre que, d’une certaine manière, oui.

 

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© Gary Kay Collection / 5th RRU

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