
Avec plus de 400 000 entrées enregistrées en 2025, la fréquentation israélienne de la Thaïlande a fortement progressé depuis la pandémie. Cette présence accrue provoque des tensions dans certaines destinations, notamment à Phuket et Koh Samui, où plusieurs incidents et manifestations ont placé le sujet au centre du débat public. Mais les autorités mettent aussi en garde contre les amalgames et les rumeurs.
Longtemps familière mais relativement discrète, la présence des touristes israéliens est devenue beaucoup plus visible en Thaïlande. Phuket, Koh Samui, Koh Phangan, Pai ou encore Chiang Mai figurent depuis des années parmi leurs destinations privilégiées.
Le changement d’échelle est important. En 2025, le bureau de l’immigration avait enregistré 420 202 entrées israéliennes par les cinq principaux aéroports du pays. Le ministère thaïlandais des Affaires étrangères avance pour sa part un nombre légèrement inférieur de touristes, en raison d’une méthode de comptabilisation différente. En 2026, la fréquentation reste élevée : plus de 277 000 arrivées ont été enregistrées au cours des huit premiers mois de l’année.
La Thaïlande constitue depuis longtemps une destination appréciée des jeunes Israéliens, notamment après leur service militaire. Mais il n’existe pas de données permettant de déterminer quelle proportion des visiteurs actuels appartient à cette catégorie.
Phuket concentre les tensions
La progression du tourisme israélien est particulièrement visible à Phuket. En juillet 2026, l’île a accueilli plus de 16 000 visiteurs israéliens, soit une hausse de plus de 50 % sur un an. Cette présence accrue s’accompagne depuis plusieurs mois de controverses autour du comportement de certains visiteurs et d’accusations concernant des activités commerciales étrangères. Ces dernières doivent cependant être distinguées des infractions effectivement constatées par les autorités.
Le 28 août, environ 150 personnes ont participé à Patong à une manifestation organisée par le Phuket Land Protection Group. Le mouvement réclamait une application plus stricte des lois thaïlandaises aux étrangers. Les organisateurs affirmaient ne pas viser une nationalité en particulier, mais les visiteurs israéliens occupaient une place importante dans les slogans et les visuels du rassemblement.
Les tensions ont repris en septembre à l’approche de Roch Hachana, le Nouvel An juif. Le même collectif a contesté les conditions d’organisation d’importantes célébrations prévues à Patong. Une nouvelle manifestation s’est déroulée à proximité de Chabad House sous forte surveillance policière.
Contrairement à certaines informations diffusées sur les réseaux sociaux, les célébrations n’ont pas été entièrement annulées. La partie qui devait se dérouler dans un hôtel a été supprimée pour des raisons de sécurité, tandis que les activités organisées à Chabad House ont été maintenues sous une forme plus limitée.
Un problème très médiatisé
Un sondage publié en septembre par NIDA Poll permet de mesurer le décalage entre la perception du phénomène et l’expérience directe de la population. L’institut a interrogé 1 410 personnes à Bangkok et dans cinq provinces concernées par la présence de visiteurs israéliens. 76,38 % avaient entendu parler dans les médias de comportements problématiques attribués à des Israéliens. Mais seulement 5,11 % déclaraient en avoir personnellement fait l’expérience.
Cette différence est importante. Le sondage révèle donc surtout l’ampleur prise par le sujet dans le débat public. Parmi les personnes ayant entendu parler de tels comportements ou disant y avoir été confrontées, plus des trois quarts réclament néanmoins une application stricte de la législation.
Le gouvernement intervient
La polémique a désormais dépassé les destinations touristiques. Le 10 septembre, plusieurs centaines de personnes ont manifesté devant l’ambassade d’Israël à Bangkok à l’appel notamment de Sondhi Limthongkul.
Les participants réclamaient le respect des lois thaïlandaises par les visiteurs étrangers et dénonçaient notamment de supposées activités commerciales utilisant des prête-noms ainsi que des acquisitions foncières illégales. Ces accusations, avancées par les manifestants, ne peuvent toutefois pas être généralisées à l’ensemble des ressortissants ou entrepreneurs israéliens présents dans le royaume.
Deux jours auparavant, le 8 septembre, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Sihasak Phuangketkeow avait reçu l’ambassadrice d’Israël, Alona Fisher-Kamm. Selon le ministère thaïlandais des Affaires étrangères, les deux parties ont évoqué les difficultés susceptibles d’affecter les relations entre leurs populations et insisté sur la nécessité pour les visiteurs de respecter les lois, les coutumes et le mode de vie thaïlandais.
L’ambassadrice a elle-même reconnu publiquement l’existence de comportements problématiques chez certains de ses compatriotes, citant notamment des insultes, des disputes ou de la musique nocturne. Elle a parallèlement appelé à ne pas généraliser ces incidents à l’ensemble des visiteurs israéliens.
420 000 entrées ne signifient pas 420 000 résidents
Une autre confusion alimente les tensions : celle entre touristes et résidents. Des publications largement relayées sur les réseaux sociaux ont affirmé que plusieurs centaines de milliers d’Israéliens se seraient installés en Thaïlande. Les données de l’Immigration montrent une réalité très différente.
Au 10 mars 2026, 31 892 ressortissants israéliens se trouvaient dans le royaume, toutes catégories de séjour confondues. Le chiffre de plus de 400 000 correspond aux entrées enregistrées au cours d’une année et non à une population installée dans le pays.
Les statistiques illustrent d’ailleurs l’importance de la rotation touristique : parallèlement aux 420 202 arrivées enregistrées en 2025 par les cinq principaux aéroports, les service de l’Immigration ont comptabilisé 405 712 départs.
Une relation ancienne à préserver
Les controverses actuelles ne résument pas les relations entre la Thaïlande et Israël. Les deux pays entretiennent notamment une coopération ancienne dans l’agriculture et les migrations de travail. En septembre, le ministère thaïlandais des Affaires étrangères estimait à environ 75 000 le nombre de Thaïlandais vivant en Israël.
La fréquentation israélienne représente également une clientèle importante pour plusieurs destinations du royaume. À Phuket, Koh Samui ou Koh Phangan, hôtels, restaurants et commerces bénéficient directement de ces visiteurs, même si certains collectifs locaux accusent parallèlement des entrepreneurs étrangers de développer des activités fonctionnant en circuit fermé.
Pour les autorités thaïlandaises, l’enjeu consiste désormais à sanctionner les infractions lorsqu’elles sont établies sans transformer les comportements d’une minorité en mise en cause collective d’une nationalité ou d’une religion.
La difficulté s’est accrue avec la guerre au Moyen-Orient. Aux controverses locales sur le tourisme se mêlent désormais des slogans et des tensions politiques qui dépassent largement les plages de Phuket.
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