
Le groupe français Alstom franchit une nouvelle étape au Vietnam. Déjà présent dans le métro de Hanoï, le constructeur ferroviaire a conclu un accord avec le géant vietnamien Vingroup portant sur un maximum de 200 rames. Une partie sera fabriquée en France, l’autre au Vietnam grâce à un transfert de technologie. Derrière cette opération se dessine une coopération industrielle d’une tout autre ampleur, même si le financement reste à finaliser.
Alstom voit plus grand au Vietnam. Le 6 octobre, le groupe français a annoncé un accord avec le conglomérat Vingroup, par l’intermédiaire de sa filiale Vinhomes, pour accompagner le développement du métro de Hanoï. L’opération pourrait représenter jusqu’à 200 rames Metropolis de nouvelle génération, composées chacune de cinq voitures.
Selon les termes annoncés, Alstom concevra et fabriquera jusqu’à 83 rames dans son usine de Valenciennes Petite-Forêt, dans le nord de la France. Les 117 autres seront assemblées au Vietnam par Vingroup, à partir de composants et de technologies fournis par l’industriel français.
Les deux partenaires n’ont pas communiqué le montant de l’accord. Alstom précise qu’il inscrira l’opération dans son carnet de commandes une fois le financement finalisé. Cette signature marque donc une avancée commerciale importante, mais les deux groupes doivent encore franchir plusieurs étapes avant de concrétiser leur partenariat.
Des usines françaises et belges mobilisées
Le partenariat pourrait bénéficier à plusieurs sites industriels européens. Outre Valenciennes, cinq autres implantations d’Alstom participeront au projet. En France, Le Creusot fournira les bogies, qui supportent les roues et assurent la liaison avec les caisses des trains, tandis qu’Ornans produira les moteurs. Toulouse interviendra dans la conception électrique et Villeurbanne dans l’informatique embarquée et les systèmes d’information des voyageurs. En Belgique, le site de Charleroi fournira les systèmes de traction.
Les nouvelles rames seront équipées de caisses en aluminium, afin de réduire leur poids et leur consommation d’énergie. Elles intégreront également des technologies permettant une exploitation entièrement automatisée, sans conducteur.
Mais l’intérêt de l’accord ne se limite pas à la production de matériel ferroviaire en Europe. Alstom accordera à Vingroup une licence technologique et lui fournira les composants nécessaires pour développer progressivement ses capacités de fabrication et d’assemblage au Vietnam.
Pour le groupe vietnamien, historiquement présent dans l’immobilier et désormais actif dans l’automobile avec VinFast, ce partenariat accompagne une diversification vers les grandes infrastructures de transport. L’objectif est de développer une filière ferroviaire locale capable de répondre aux besoins croissants du pays.
Alstom, un partenaire déjà ancien du Vietnam
Le constructeur français ne découvre pas le marché vietnamien. Présent depuis plus de trente ans, il a notamment participé à la modernisation de la signalisation ferroviaire sur l’axe Hanoï–Vinh et à l’équipement de la gare de Ninh Binh.
Son implantation a pris une nouvelle dimension en 2017, lorsqu’il a remporté, au sein d’un consortium, un contrat pour la ligne 3 du métro de Hanoï. La part revenant à Alstom représentait alors près de 190 millions d’euros. Le groupe a fourni dix rames Metropolis de quatre voitures, fabriquées en France, ainsi que les systèmes de signalisation, d’alimentation électrique et les équipements du dépôt. La section aérienne de cette ligne, longue de 8,5 kilomètres, a accueilli ses premiers voyageurs en août 2024.
Avec Vingroup, Alstom entend désormais passer à une autre échelle. Il ne s’agit plus seulement de livrer des trains et des équipements, mais aussi d’accompagner le développement d’une capacité industrielle vietnamienne.
Hanoï affiche des ambitions considérables
Ce rapprochement intervient alors que la capitale vietnamienne accélère ses projets de transports collectifs. Selon son plan directeur, Hanoï ambitionne de développer d’ici 2045 un réseau ferroviaire urbain de 979 kilomètres, répartis sur 18 lignes. Ce programme, dont le financement et le calendrier de réalisation restent des défis majeurs, vise notamment à réduire les embouteillages et la pollution dans une métropole en pleine expansion.
Pour Alstom, le Vietnam représente ainsi un marché de long terme. Pour Vingroup, l’enjeu consiste à acquérir progressivement les compétences nécessaires à la réalisation de ces infrastructures. La signature de l’accord, organisée à Hanoï en présence du directeur général d’Alstom, Martin Sion, et de l’ambassadeur de France au Vietnam, Didier Le Bret, illustre également le renforcement de la coopération économique entre les deux pays.
Reste une inconnue de taille : le montant définitif et le calendrier des commandes. Alstom n’a pas encore communiqué ces éléments.
Le partenariat dessine néanmoins une nouvelle étape pour l’industrie ferroviaire française au Vietnam : une production partagée entre l’Europe et l’Asie, associée à un transfert de technologie dont la portée dépendra désormais de la concrétisation des projets de métro de Hanoï.









