
Alors que les fondamentaux commerciaux de la Thaïlande se sont affaiblis depuis la pandémie, le baht thaïlandais continue pourtant d’afficher une vigueur remarquable. C’est le paradoxe mis en lumière par une note de recherche de GEMs FI Strategy & Economics, qui alerte sur les risques macroéconomiques liés à cette surperformance monétaire.
Un excédent extérieur en forte réduction
Avant la crise du Covid-19, la Thaïlande affichait un excédent courant proche de 10 % du PIB, l’un des plus élevés d’Asie. Début 2026, cet excédent ne représente plus que 1,5 à 2 % du PIB, un niveau bien plus modeste. En théorie, une telle contraction aurait dû entraîner un affaiblissement du baht. Or, il n’en est rien.
Sur une base de taux de change effectif nominal, la devise thaïlandaise surperforme toujours ses homologues régionales, ce qui interroge sur la cohérence entre le taux de change et les fondamentaux économiques du pays.
Un problème structurel de “recyclage” des capitaux
Selon l’économiste Pipat Luengnaruemitchai, auteur de l’analyse, la clé de cette anomalie réside dans la faible capacité de la Thaïlande à recycler ses excédents extérieurs. Contrairement à d’autres économies asiatiques, le pays enregistre peu de sorties de capitaux sous forme d’investissements de portefeuille ou de flux institutionnels vers l’étranger. Les fonds générés par l’excédent courant restent ainsi largement piégés dans le système financier domestique.
Ce phénomène crée une sorte de « plomberie bouchée » : l’excédent alimente mécaniquement la demande de baht, ce qui entretient une surévaluation auto-renforcée de la monnaie, indépendamment de la dynamique réelle du commerce extérieur.
Le rôle de l’or et des taux réels
À court terme, certains facteurs conjoncturels soutiennent encore la devise. Les flux liés à l’or — un produit important dans les échanges thaïlandais — ainsi que des taux d’intérêt réels relativement élevés contribuent à attirer des capitaux et à maintenir la pression à la hausse sur le baht. Mais ces soutiens restent cycliques et ne résolvent pas le problème structurel.
Un risque pour les exportations et le tourisme
La persistance d’un baht fort n’est pas sans conséquences. Elle pénalise la compétitivité des exportations et renchérit le coût de la Thaïlande comme destination touristique, deux piliers essentiels de l’économie nationale. À terme, cette situation pourrait enclencher un mécanisme proche de la « maladie hollandaise », où une monnaie trop forte affaiblit les secteurs productifs tournés vers l’international.
En clair, la robustesse actuelle du baht ne reflète pas une santé économique exceptionnelle, mais plutôt un déséquilibre structurel dans la gestion des flux de capitaux. Sans une meilleure capacité à investir à l’étranger et à recycler ses excédents, la Thaïlande risque de voir sa monnaie devenir un frein durable à sa croissance.
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