
Gavroche a sélectionné pour vous quelques nouvelles saillantes en Birmanie cette semaine. Un survol indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à ce pays d’Asie du Sud-Est.
Politique, Diplomatie
Alors que la Birmanie s’apprête à former un nouveau gouvernement à la fin mars 2026, les incertitudes persistent autour de l’avenir de Min Aung Hlaing. Celui-ci pourrait quitter ses fonctions de commandant en chef pour accéder à la présidence, ouvrant ainsi la voie à une recomposition au sommet de l’appareil militaire. Deux noms circulent avec insistance : le général Kyaw Swar Lin, considéré comme un proche du chef actuel, et le général Soe Win, numéro deux de la hiérarchie, réputé pour son autorité au sein des troupes. En arrière-plan, l’influence de Chine demeure un facteur déterminant dans les équilibres à venir.
Le ministre des Affaires frontalières et ethniques, Yar Pyae, a échappé le 20 février 2026 à une attaque de drones kamikazes lors des célébrations de la fête nationale chin à Hakha. La Chinland Defense Force–Hakha (CDF-Hakha) a diffusé une vidéo montrant un drone visant un chapiteau où se trouvaient le ministre et dix-sept responsables du régime. Les médias officiels affirment que la défense aérienne a intercepté les engins sans faire de victimes, permettant au ministre de lire un message du chef de la junte, Min Aung Hlaing, avant de quitter les lieux pour la région de Sagaing. Selon des sources locales, les forces de sécurité ont ensuite mené des représailles contre un bureau d’électricité, au cours desquelles un employé soupçonné d’avoir participé à l’attaque a été tué. Cette tentative intervient un mois après une attaque à la roquette visant Min Aung Hlaing à Mandalay.
La Chine accélère les travaux de la ligne ferroviaire Dali–Ruili (330 km), dont le tunnel du mont Gaoligong (34,5 km), appelé à devenir le plus long d’Asie d’ici 2028. Ce chantier constitue un maillon stratégique de l’Initiative Ceinture et Route (BRI). Il doit réduire de moitié le temps de trajet entre Kunming et la frontière birmane et offrir à Pékin un accès renforcé à l’océan Indien via le corridor Kyaukphyu–Kunming. Si la portion chinoise progresse rapidement, la connexion avec la future ligne Muse–Mandalay demeure incertaine en raison de l’instabilité en Birmanie. Malgré les assurances du vice-chef du régime Soe Win le 14 février 2026, de vastes zones du tracé restent sous le contrôle de groupes ethniques, notamment la Myanmar National Democratic Alliance Army (MNDAA) et la Ta’ang National Liberation Army (TNLA).
À l’issue d’une rencontre à Phuket le 18 février 2026, le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a affirmé que la Thaïlande se tient prête à servir de « pont » pour une réintégration de la Birmanie au sein de l’ASEAN, à condition de progrès tangibles vers la stabilité. Les échanges avec son homologue Than Swe ont porté sur la relance du commerce le long des 2 400 km de frontière commune, l’assouplissement des restrictions monétaires et le renforcement de la coopération énergétique, notamment l’intérêt de PTT Public Company Limited pour l’exploration gazière offshore. Bangkok se dit également disposée à faciliter le dialogue avec les groupes ethniques, tout en précisant que cette démarche ne constitue pas une reconnaissance officielle des récents résultats électoraux.
Économie
La Birmanie relance le projet de barrage de Myitsone Dam, dans l’État kachin, en multipliant pressions et promesses économiques. Une audience publique organisée le 20 février 2026 à Myitkyina a ainsi rassemblé quelque 1 400 participants, dans un climat jugé contraint par des observateurs locaux. Le ministre Tin Aung San affirme que l’électricité produite — jusqu’à 5 600 MW pour le barrage principal — sera prioritairement destinée au marché intérieur. Le projet se heurte toutefois à l’opposition d’écologistes, de communautés déplacées et de la Armée pour l’indépendance kachin (KIA). Des experts mettent en garde contre les risques sismiques liés à la faille de Sagaing et l’impact potentiel sur le fleuve Irrawaddy, rappelant qu’à l’origine près de 90 % de l’électricité devait être exportée vers la Chine.
Après les élections de janvier 2026, la création de l’Association pour la promotion du commerce et de l’investissement Birmanie–Chine (MCITP) renforce l’ancrage économique de la Birmanie auprès de Pékin. L’association vise 500 milliards de dollars d’investissements chinois d’ici 2030, un montant très éloigné des 10 milliards investis en dix ans. Pékin semble privilégier une pénétration progressive du marché, notamment dans l’économie numérique, avec Huawei dominant les paiements cloud, ainsi que dans la santé et la vente en ligne. Cette stratégie vise à intégrer durablement l’architecture financière birmane aux réseaux technologiques chinois.
Société/Répression/Conflit
Le régime accuse l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA) et des Forces de défense du peuple (PDF) d’avoir lancé un drone suicide contre un appareil de Myanmar National Airlines, vendredi soir à Myitkyina. L’avion, qui s’apprêtait à décoller pour Mandalay, aurait été endommagé, entraînant la fermeture temporaire de l’aéroport. La KIA dément toute implication. Son porte-parole affirme que le mouvement ne cible pas les civils.
Le Gouvernement d’unité nationale (NUG) traverse une crise interne après avoir rejeté les accusations de corruption visant Daw Kyi Pyar, secrétaire permanente du bureau du Premier ministre, et son époux. Malgré une plainte déposée par douze anciens employés en novembre, une commission d’enquête a conclu le 18 février 2026 à l’absence de preuves financières, adressant seulement un avertissement pour comportement inapproprié. Cette décision a provoqué des protestations internes, une grève des admissions universitaires et des appels de réseaux de désobéissance civile (CDM) à une contre-enquête indépendante, fragilisant la crédibilité du NUG.
La reddition inattendue de Bo Nagar, ancien chef de l’Armée révolutionnaire nationale de Birmanie (BNRA), a provoqué une brusque montée des opérations militaires dans la région de Sagaing. Évacué par hélicoptère avec sa famille depuis Pale le 19 février 2026, l’ex-commandant a quitté le maquis dans des circonstances encore floues. Le Gouvernement d’unité nationale (NUG) l’accuse désormais de crimes graves, dont des viols, des assassinats et une collusion avec l’armée. Cette défection, survenue après des raids de forces pro-NUG contre la BNRA, révèle une fracture profonde au sein de l’opposition armée et fragilise les positions rebelles dans cette zone
Deux groupes armés karens, l’Karen National Army (KNA) et le Karen Peace Council (KPC), mobilisent des renforts pour tenter de briser l’encerclement de Hpapun, assiégée par les forces de la résistance depuis près de deux ans. Selon l’Union nationale karen (KNU), qui a confirmé ces mouvements le 22 février 2026, les renforts empruntent des voies fluviales et forestières afin d’éviter les embuscades, en appui aux troupes du régime. Cette montée en puissance laisse présager une intensification des combats dans l’État karen, alors que la junte cherche à consolider ses positions stratégiques après avoir sécurisé, fin 2025, l’axe routier menant à la Thaïlande
Une fracture a aussi secoué le bastion rebelle de Pale le 18 février 2026, lorsque les forces de l’Administration de défense du Peuple (PDF), sous l’autorité du NUG, ont lancé des raids contre la BNRA. Ces affrontements, qui auraient fait une dizaine de morts, suivent l’assassinat d’un combattant pro-NUG et des tensions liées au contrôle de passages stratégiques. Tandis que le NUG invoque la nécessité de restaurer la discipline, Bo Nagar dénonce une brutalité excessive, sous les bombardements opportunistes de la junte. Des milliers de civils ont été déplacés, révélant les divisions croissantes du mouvement anti-junte.
Min Aung Hlaing, a effectué le 22 février 2026 une visite surprise à Homalin, dans le nord de Sagaing, son premier déplacement depuis des années dans ce bastion rebelle. Devant les troupes du Commandement du Nord-Ouest, il a prôné l’usage accru de « technologies et d’armes modernes » pour restaurer la stabilité, tout en imputant l’insurrection au « faible niveau d’éducation » local. Cette visite suit la reprise de Banmauk et répond aux ambitions de la KIA dans les districts menant à l’État kachin.
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