
L’offensive militaire américano-israélienne en Iran pourrait laisser une empreinte durable sur l’équilibre géopolitique mondial. Pour l’Asie, l’impact se fera sentir principalement par deux canaux : le pétrole et le commerce. Selon l’analyse de GEM Economics, ce sont les économies asiatiques importatrices d’énergie qui subiront le choc le plus direct, notamment à travers une détérioration de leurs termes de l’échange et de leur balance courante.
Le pétrole, variable clé du choc
L’ampleur et la durée de la flambée des prix du brut seront déterminantes. En fonction de la situation dans le détroit d’Ormuz, de l’état des infrastructures énergétiques régionales et des exportations iraniennes, les prix du pétrole pourraient bondir de 40 à 100 dollars par baril sans normalisation rapide.
Si cette hausse devait s’installer dans la durée, les économies asiatiques subiraient une double pression : ralentissement de la croissance via la dégradation des termes de l’échange et poussée inflationniste.
Une dépendance énergétique inégale
L’Asie de l’Est apparaît particulièrement exposée. Le Japon importe 95 % de son pétrole du Moyen-Orient, les Philippines 94 %. En moyenne, de nombreuses économies asiatiques dépendent à 70 % de cette région pour leurs approvisionnements.
En cas d’interruption des flux via le détroit d’Ormuz pendant plusieurs semaines ou mois, ces pays devraient rediriger leurs achats, puiser dans leurs réserves stratégiques ou absorber des coûts énergétiques plus élevés. La Chine, qui importe 44 % de son pétrole du Moyen-Orient, pourrait diversifier à court terme ses fournisseurs, s’appuyer davantage sur le charbon et accélérer ses investissements dans les énergies alternatives.
Au-delà du pétrole : le commerce sous tension
Un blocage du détroit d’Ormuz ne se limiterait pas à l’approvisionnement énergétique. Il perturberait également les flux commerciaux, renchérirait les coûts de transport maritime et les primes d’assurance, et fragiliserait les chaînes d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié et en produits pétrochimiques.
Une fermeture temporaire du passage maritime créerait un déficit de plusieurs dizaines de millions de barils pour l’Asie et allongerait les routes commerciales vers le Moyen-Orient de 10 à 12 jours, avec un surcoût significatif. Le secteur aérien asiatique serait également affecté, les zones de conflit se situant sur d’importants couloirs aériens, impliquant détours et hausse des dépenses en carburant.
Un impact macroéconomique contenu ?
Malgré ces risques, GEM Economics estime que l’impact sur la croissance régionale pourrait rester limité si la flambée des prix du pétrole s’avère temporaire. L’inflation énergétique devrait être relativement contenue dans la plupart des pays asiatiques, en raison du faible poids de l’énergie dans les paniers de consommation et des mécanismes d’amortissement des prix des carburants.
Certaines économies – notamment l’Australie, le Vietnam ou Singapour – surveillent toutefois de près les risques inflationnistes. Mais la majorité des banques centrales devraient considérer une hausse ponctuelle des prix du brut comme transitoire et éviter un durcissement monétaire précipité.
Une vulnérabilité structurelle révélée
En définitive, le conflit iranien agit comme un révélateur des fragilités structurelles de l’Asie : dépendance énergétique, exposition aux routes maritimes stratégiques et sensibilité aux chocs géopolitiques. Si le scénario d’une perturbation prolongée devait se matérialiser, la région serait contrainte d’accélérer sa diversification énergétique et logistique.
Pour l’heure, tout dépend de la durée du conflit et du maintien, ou non, de la fluidité des flux via le détroit d’Ormuz.
Gaston Baht
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