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FRANCE – POLITIQUE : Vue d’ailleurs, l’autre France municipale

Journaliste : Richard Werly Date de publication : 17/03/2026
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J’ai l’impression que la France découvre, au lendemain du premier tour des municipales, une sorte « d’effet Mamdani ». Laissez-moi vous expliquer : aux États-Unis, en novembre 2025, l’élection d’un maire de New York à la fois musulman et issu de la gauche radicale semblait impossible à de nombreux observateurs et journalistes. L’accent était mis, dans la plupart des médias, sur les accusations d’antisémitisme portées contre lui.

 

Les mêmes, qui reconnaissaient la force et la pugnacité de sa campagne électorale, autour de thèmes comme l’accès au logement ou la gratuité des transports, se refusaient à croire que « Zohran » puisse être élu dans la première ville juive du monde. Jusqu’à ce que les urnes parlent et que la vérité éclate : une majorité de New-Yorkais, toutes confessions confondues, ne supportaient plus de se voir voler leur ville par la spéculation immobilière effrénée. Ils estimaient, en matière de gestion municipale, qu’une révolution est nécessaire. Et ils ont voté pour…

 

La France des communes que les médias ne veulent pas voir ressemble fort à cette révolution new-yorkaise. Dans les grandes villes, la France insoumise n’a pas pâti de la mauvaise réputation (justifiée) de Jean-Luc Mélenchon. Au contraire. Une partie des électeurs, excédés d’être sans cesse désignés comme des fauteurs de troubles parce qu’ils s’en prennent aux riches ou parce qu’ils défendent la cause palestinienne, ont choisi d’assumer. Leur gauche est celle de la rupture. Elle est fidèle à la tradition révolutionnaire française, convaincue que seule l’union des forces progressistes peut faire changer les choses.

 

Écrire cela, pour expliquer la performance non anticipée de LFI ce dimanche 15 mars, ne revient en aucun cas à excuser les écarts populistes et parfois odieux de Mélenchon. Écrire cela, c’est accepter qu’en dépit des admonestations médiatiques, une partie du pays reste cabrée dans sa colère et son indignation. Le tout, augmenté du vote communautaire des quartiers où prédominent les électeurs issus de l’immigration. Catherine Tricot, de la revue « Regards », a raison de souligner que là où la gauche a des élus crédibles et solides, LFI n’a pas tant progressé. C’est lorsque le socialisme mollit que l’ardeur révolutionnaire reprend ses droits.

 

François Hollande, qui rêve d’une nouvelle candidature présidentielle au centre gauche, a du souci à se faire.

 

Bonne lecture, avant le bal de l’Hôtel de Ville !

(Pour débattre : richard.werly@ringier.ch)

 

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2 Commentaires

  1. Le second tour des élections municipales donne, une fois de plus, matière à réflexion sur la notion de « barrage républicain », déjà discutée au moment des dernières législatives. Il semblait avoir été remisé, notamment sous l’effet des « saillies antisémites » en provenance de LFI.

    Le PS — direction Faure — déclara qu’au moins au niveau national, aucun « barrage », que ce soit par fusion de listes ou par désistement, n’aurait lieu. Telle fut la consigne nationale, ce qui réservait la question au niveau local, où, dans un langage abscons, des accords dits techniques pouvaient être conclus. Le second tour des municipales en a donné une illustration chimiquement pure.

    Parmi les exemples, nombreux, celui de Toulouse est emblématique. À l’issue du premier tour, le maire sortant, de centre droit, est concurrencé de façon inattendue par une liste LFI et une autre PS, cette dernière arrivant derrière la liste LFI. Le leader de la liste PS avait déclaré, avant le premier tour, qu’il observerait une stricte séparation — donc pas de listes fusionnées — avec LFI, notamment au vu de leur posture « peu claire » à l’égard de l’antisémitisme.

    Les résultats inattendus du premier tour ont conduit, dès le lendemain, à un accord entre les deux listes, pour une répartition des sièges majoritaires à la ville et à la communauté urbaine. « Haro sur le baudet fascisé » devint alors le mot d’ordre des deux listes fusionnées. « Embrassons-nous, Folleville ! »

    Une telle situation ne manque pas d’interroger sur le respect des principes démocratiques au regard de la notion de souveraineté. La tradition constitutionnelle distingue deux conceptions : celle de Rousseau et celle de Sieyès. Pour le premier, le peuple s’exprime directement, sans représentants, contrairement au second. Les électeurs, ne pouvant, étant donné leur nombre, délibérer directement, désignent des représentants qui s’expriment au nom d’une entité distincte : la nation. Celle-ci est censée représenter le peuple actuel, mais aussi passé et futur.

    Distinct du corps électoral, le mandat n’est pas impératif ; les représentants n’expriment donc pas directement la volonté de leurs électeurs. L’article 3 de la Constitution mêle les deux conceptions, mais l’article 27 prohibe le mandat impératif, consacrant plutôt la notion de souveraineté nationale. L’introduction du référendum devait sans doute atténuer l’exclusivité de ce principe et reconnaître, mezzo voce, une forme de souveraineté populaire.

    L’avènement des partis politiques, leur institutionnalisation, ont conduit à la formation d’« élites » organisées et bureaucratisées, dont la rémunération dépend souvent de leur fonction politique, et qui, de fait, s’approprient les suffrages et en disposent au nom d’un intérêt supérieur dont elles se proclament détentrices.

    Le « barrage républicain », tel qu’il est pratiqué par des appareils partisans, qu’ils soient situés à gauche ou à droite de l’échiquier politique, revient ainsi à disqualifier une partie des votes, au motif sous-jacent que certains électeurs auraient « mal voté » et qu’il ne faudrait pas en tenir compte, puisqu’ils ne représenteraient pas le peuple.

    La démocratie indirecte, telle que pensée par Sieyès, et d’autant plus légitimée que les élections se déroulent dans des ensembles de population importants — supposés impossibles à réunir — (la France ne serait pas la Suisse de R. Werly, avec ses cantons, ses alpages et ses sonnailles, nous répète-t-on, ni l’agora athénienne), n’est-elle pas aujourd’hui dépassée ou en voie de l’être ?

    À l’heure où nous sommes sur le point d’acquérir une « identité numérique », le téléphone portable pourrait bien devenir le substitut de la vieille urne.

    Devenus inutiles, les représentants tenteront probablement de nous convaincre que, pour toutes sortes de raisons — fortune, argent, diplôme, QI, etc. —, ils sont les plus aptes à gouverner. Les autres n’étant que des « minus habens », du gibier électoral…

  2. Si un « effet Mamdani » doit être observé lors des élections municipales françaises du 15 mars 2023, c’est en Seine-Saint-Denis qu’il faut aller. Saint-Denis, la plus grande ville du département, compte 150 000 habitants. Le candidat LFI Bally Bagayoko a été élu au premier tour avec 50,77 % des voix, sur 64 000 inscrits et 13 506 voix, soit environ un cinquième des inscrits, dans un contexte de taux d’abstention record. Cette victoire fut acquise de peu face au candidat socialiste, ancien maire, que Mélenchon devait qualifier de « petit bourgeois visqueux » lors d’un meeting de soutien.

    Élu au premier tour, cet événement fut interprété comme fondateur de ce qu’à LFI on appelle la « nouvelle France », une France régénérée. LFI ne manquera pas de faire de cette élection un événement phare d’une conquête, et de celles à venir, sous la bannière de cette « prise de guerre » et du nouveau drapeau planté.

    Bally Bagayoko, comme Mamdani, égrena un programme fait d’une accumulation de promesses généreuses et non financées : kit de rentrée scolaire gratuit, pass Navigo pour les élèves des écoles et des collèges, création d’un statut de parent « solo », vélo offert aux classes de 3e, mesures de maîtrise des loyers, etc.

    Comme son homologue new-yorkais, le candidat de Saint-Denis donna à sa candidature et à son futur mandat une coloration particulière. Il mit au cœur de sa campagne le conflit israélo-palestinien. Il proposa de jumeler la ville avec le camp palestinien de Rafah et d’accorder à Marwan Barghouti le statut de citoyen d’honneur de la ville. Cette orientation pro-palestinienne s’inspira de New York, sur fond d’accusations de génocide du peuple palestinien par Israël. Si, à Saint-Denis, cette thématique ne semble pas avoir été centrale, l’étranger lointain fut érigé en icône d’un combat global et universel, à l’ombre du drapeau palestinien et des slogans scandés : « nous sommes tous des enfants de Gaza ».

    À New York, Mamdani fut élu avec le soutien massif des électeurs juifs. À Saint-Denis, les électeurs juifs, comme les juifs en général, sont absents. Ils ont quitté la ville, comme une partie de la Seine-Saint-Denis. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls : les habitants historiques, issus des anciennes vagues d’immigration, ainsi que les populations autochtones, ont cédé leur place à ce que Mélenchon appelle les « créolisés », la « nouvelle France », celle qui doit « remplacer » l’ancienne.

    Contrairement à l’exemple new-yorkais, Saint-Denis est un symbole. La ville est l’un des hauts lieux de l’histoire de France. Elle fut un centre majeur de la christianisation de la Gaule dès le IIIe siècle. Sa basilique constitue la nécropole des rois de France depuis Dagobert. Charles Martel et Bertrand Du Guesclin y reposent. Saint-Denis est également l’un des berceaux de l’art gothique, diffusé dans toute l’Europe du XIIe au début du XVIe siècle. La basilique a fait l’objet d’une restauration remarquable malgré de nombreuses difficultés, notamment liées à des tensions autour des conditions de travail des restauratrices.

    L’élection municipale de Saint-Denis constitue une forme de séisme politique et une victoire stratégique pour LFI, qui y a testé avec succès une approche électorale dite « intersectionnelle », dans un contexte démographique marqué par une forte présence de populations issues de l’immigration.

    Cet épisode illustre également l’évolution d’une partie de la gauche et son processus de radicalisation. Le candidat sortant, M. Hanotin, représentant du Parti socialiste, a été disqualifié par LFI, et attaqué dans des termes virulents par Mélenchon. La sémantique employée a suscité des réactions, certains y voyant un durcissement du discours politique.

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