
Pour être en conformité avec l’article 63 de la constitution de 2008, le général Min Aung Hlaing a démissionné le 30 mars de ses fonctions militaires pour être élu président de la République. Ses responsabilités de commandant en chef des forces de défense ont donc été confiées à un autre. Le choix s’est porté, sans surprise, sur son homme de confiance depuis des mois : le général Zeya Kyaw Htin Sithu Ye Win Oo.
Le tout juste sexagénaire est le premier officier non diplômé de l’académie militaire à accéder aux plus hautes fonctions de la Tatmadaw.
Ce soldat de l’infanterie est issu de l’École de formation des officiers (OTS-77), un établissement moins prestigieux que l’Académie des services de défense (DSA), dont les anciens trustent depuis des décennies tous les postes importants des forces armées. Il est également le premier chef du renseignement militaire (OCMSA : 2020–2026) à devenir le numéro 1 de l’appareil militaire. Ces deux singularités sont celles d’un dirigeant ayant peu d’expérience des champs de bataille, mais beaucoup plus dans l’appareil administratif. Elles lui valent d’ailleurs d’être peu considéré par ses pairs au sein de l’institution militaire.
Son ascension dans les plus hautes sphères du pouvoir s’est accélérée après son élévation au grade de général d’armée le 1er août 2024. En 2025, il a rejoint le « saint des saints » du pouvoir militaire en devenant directeur général adjoint du Conseil national de la défense et de la sécurité (NDSC). Au tout début de mars 2026, il a franchi une nouvelle étape en accédant aux responsabilités de chef d’état-major général, une position lui permettant de peser sur les trois armées (terre, air, mer). Cette promotion, comme les précédentes, il la doit à sa proximité de plus de dix ans avec le général Min Aung Hlaing et sa famille. Leurs épouses respectives sont d’ailleurs réputées s’apprécier mutuellement.
À vrai dire, les relations de confiance entre les deux officiers supérieurs n’ont pas cessé de se consolider depuis le temps où Ye Win Oo était colonel à l’état-major du commandement régional basé à Rangoun. Une loyauté continue qui l’a aidé à se positionner dans toutes les institutions politico-militaires clés du régime instauré par la force en février 2021 : secrétaire adjoint du Conseil de l’administration de l’État (SAC), puis secrétaire de la Commission d’État pour la sécurité et la paix (SSPC).
À ces titres, il a fréquemment accompagné le commandant en chef à l’étranger et dans ses tournées d’inspection nationale. Son positionnement au sein de l’appareil d’État n’est pas non plus étranger à ses liens de parenté matrimoniale avec le sexagénaire général Maung Maug Aye, ministre de la Défense de la junte depuis décembre 2024. Pour autant, ces dernières années, le général Ye Win Oo n’était pas nécessairement considéré comme le successeur le plus probable du général Min Aung Hlaing.
C’est un concours de circonstances qui offre aujourd’hui au général Ye Win Oo son bâton de commandement
Trois autres soldats ont longtemps été mieux placés que lui pour accéder aux fonctions suprêmes de l’armée.
Ces derniers jours encore, certains observateurs évoquaient le nom du général Soe Win comme possible successeur. N’était-il pas le numéro 2 de l’armée depuis quinze ans, mais également de la junte depuis le premier jour du coup d’État ? Un temps également vice-premier ministre, l’homme de 65 ans semblait pouvoir être un bon candidat. Soldat accompli, il est aussi très apprécié dans les milieux ultranationalistes. En 2024, devant les avancées territoriales des guérilleros, des manifestants appelèrent dans les rues à ce qu’il remplace sur-le-champ le numéro 1 de la Tatmadaw, accusé de ne pas savoir faire face aux insurgés.
Une popularité dans l’encadrement des forces armées non sans danger pour le général Min Aung Hlaing, même si le général Soe Win n’a, semble-t-il, jamais été pris en défaut de loyauté envers son supérieur. Néanmoins, son aura au sein de l’appareil de sécurité et de défense le prive peut-être aujourd’hui de la plus belle des promotions militaires. Pire, il a dû abandonner ces derniers jours ses responsabilités de commandant en chef adjoint et de chef d’état-major général. Deux fonctions qui ont été attribuées au général Kyaw Swar Lin, son cadet de dix ans (55 ans). De plus, il n’a pas été désigné comme candidat militaire à la vice-présidence de la République. Les soldats-parlementaires ont en effet avancé le nom du chef du gouvernement depuis le 31 juillet 2025, le général (cr) Nyo Saw, récemment élu à la chambre basse.
L’avenir du général Soe Win relève encore du secret. Néanmoins, beaucoup pensent qu’il pourrait être associé prochainement au Conseil consultatif de l’Union (UCC), dont les membres seront choisis par le général Min Aung Hlaing. Mais sa mise à la retraite, au même moment que son chef, ressemble beaucoup à une mise à l’écart du premier cercle décisionnel.
Le général Ye Win Oo et l’avenir de l’armée
Le général Ye Win Oo semble appelé à devoir demeurer moins longtemps à la tête de l’armée que ses deux prédécesseurs, les généraux Min Aung Hlaing (15 ans) et Than Shwe (18 ans et 11 mois).
Il pourrait bien rester en fonction pour la seule législature quinquennale qui s’ouvre. Une période bien courte pour consolider un pouvoir durable et le projeter vers des fonctions politiques plus éminentes encore. Ce mandat militaire contraint offre donc la possibilité au président Min Aung Hlaing de demeurer de facto le chef d’une armée dont il fait partie depuis 52 années. Un président de la République dit civil dont l’acte de nomination de son successeur à la tête de l’armée ne présente pas toutes les garanties de constitutionnalité. Cela en dit long sur le respect du droit par celui qui est censé le garantir.
L’article 342 de la constitution de 2008 précise en effet que « le président nomme le commandant en chef des forces de défense sur proposition et avec l’approbation du Conseil national de défense et de sécurité », or il n’a pas été fait état jusqu’ici publiquement d’une réunion du NDSC. Autre signe inquiétant pour le futur de la Birmanie : le nouveau commandant en chef de l’armée n’est autre que celui qui a mené, avec le lieutenant-général Moe Myint Tun, les raids d’arrestation à Nay Pyi Taw le 1er février 2021 contre les résidences du président de la République U Win Myint et de la conseillère d’État Daw Aung San Suu Kyi, tous deux détenus désormais depuis plus de cinq ans.
François Guilbert
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