
À l’heure où les assemblées de Naypyidaw élisent un nouveau président de la République aux mains de la junte qui s’est emparée du pouvoir en février 2021, les oppositions ont annoncé la création d’une nouvelle instance d’actions et de coordinations politico-militaires. Il s’agit de proclamer urbi et orbi qu’il y a désormais deux plateformes gouvernementales en Birmanie. Dès lors, le pouvoir mis en place par la force par la Tatmadaw ne saurait être reconnu (inter)nationalement comme le seul légitime incarnant la nation. Son transfert à un chef d’État ayant quitté quelques heures plus tôt l’uniforme pour enfiler un costume civil ne saurait rien changer à l’affaire.
Face à la montée du général Min Aung Hlaing
Après des mois de palabres et d’affrontements terminologiques, les représentants des principaux groupes ethniques armés et de la Révolution du printemps se sont mis d’accord pour créer un Comité directeur pour l’émergence d’une Union démocratique fédérale (SCEF). La dénomination retenue est, en elle-même, tout un programme politique.
Elle traduit les aspirations de chacune des parties prenantes : Front national chin/Armée nationale chin (CNF/CNA), Organisation pour l’indépendance kachin/Armée pour l’indépendance kachin (KIO/KIA), Union nationale karen/Armée de libération nationale karen (KNU/KNLA), Parti national progressiste karenni/Armée karenni (KNPP/KA), représentants des parlementaires issus des élections générales du 8 novembre 2020 (CRPH), gouvernement d’unité nationale (NUG). Sa formulation peut paraître tortueuse, et l’acronyme peu communicationnel, mais elle exprime bien l’état des rapprochements politiques et militaires entre les insurgés ethniques et leurs partenaires nés du putsch. Chacun y retrouve ses intérêts.
Les Karenni et les Chins se réjouissent de voir reprise leur idée de la constitution d’un comité directeur (steering committee). Depuis longtemps, ils réclament que les décisions stratégiques soient définies par toutes les parties impliquées dans les efforts visant à renverser le régime militaire. Ils se montrent d’ailleurs particulièrement actifs depuis un an dans une mise en œuvre plus unifiée de la lutte armée, comme en témoigne leur énergie déployée pour constituer l’Alliance de la révolution du printemps (SRA, décembre 2025).
De leur côté, les Karens se félicitent que leur idée de fédéralisation de la Birmanie soit prise en compte dès aujourd’hui, alors que celle-ci n’en est encore qu’à ses balbutiements. Aux yeux des politiques de la KNU, il ne faut pas attendre le jour de la Grande victoire pour instaurer une praxis fédérale.
Cette approche est considérée comme essentielle et témoigne d’un changement radical d’approche du NUG, de la Ligue nationale de la démocratie (NLD), le cœur battant du CRPH, et, pour tout dire, d’un renoncement à une pratique très bamarocentrée de la gouvernance telle qu’elle a été conduite du temps du gouvernement de Daw Aung San Suu Kyi et du lancement de la résistance post-putsch. Le SCEF est considéré comme un instrument destiné à démontrer au quotidien le changement d’état d’esprit des partisans de la NLD.
François Guilbert
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