
La publication le 19 avril d’un article du Wall Street Journal qualifiant le Cambodge de « Scambodia » — un jeu de mots formé à partir de « Cambodia » (Cambodge) et « scam » (escroquerie) — suscite des réactions au sein du pays. Plusieurs acteurs politiques et institutionnels estiment que cette expression porte atteinte à l’image du Cambodge, dans un contexte marqué par les questions liées à la cybercriminalité.
Une expression jugée insultante
Le parti Generation Party a officiellement condamné l’usage de ce terme, qu’il considère comme non professionnel et offensant pour l’ensemble du peuple cambodgien. Selon lui, aucun média ne peut se permettre de déformer le nom d’un État souverain pour le réduire à une caricature liée à des activités criminelles.
Même tonalité du côté du Comité des droits de l’homme du Cambodge. Son président, Keo Remy, estime que cette appellation reflète un manque d’éthique journalistique et peut entraîner des malentendus, voire des discriminations, à l’encontre du pays et de ses près de 18 millions d’habitants. Il appelle à la suppression du terme et à des excuses officielles.
Un débat qui dépasse la forme
Derrière la controverse s’exprime aussi une réalité plus complexe. Depuis plusieurs années, le Cambodge est régulièrement cité comme un centre d’opérations pour des réseaux de cyberescroqueries, souvent liés à des plateformes de jeux ou d’investissements frauduleux. Ce phénomène, largement documenté à l’international, alimente les critiques.
Certains rapports évoquent des flux financiers considérables issus de ces activités, ainsi que des liens présumés avec des acteurs économiques et politiques locaux. Dans ce contexte, plusieurs pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, la Chine et la Corée du Sud, ont renforcé leurs actions contre ces réseaux, accusés d’avoir généré des pertes de plusieurs dizaines de milliards de dollars depuis 2020.
Entre image et réponse politique
Face à cette pression, les autorités cambodgiennes affirment leur volonté de lutter plus fermement contre ces activités illégales. Le Generation Party, bien que critique sur la forme employée par certains médias, soutient également un renforcement de l’application de la loi afin d’éradiquer les centres de fraude en ligne.
Le débat met ainsi en lumière une tension entre la défense de l’image du pays et la nécessité de répondre à un phénomène criminel transnational bien réel.
Une économie aux multiples facettes
Enfin, plusieurs observateurs rappellent que l’économie cambodgienne ne se résume pas à ces activités. Les échanges commerciaux avec les partenaires du RCEP ont ainsi dépassé 11 milliards de dollars au premier trimestre 2026, dont près de 3 milliards d’exportations, notamment vers la Chine et le Vietnam.
Autant d’éléments qui illustrent un pays à la fois sous pression sur le plan de son image internationale et engagé dans une dynamique économique régionale plus large.
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