À l’approche des élections consulaires, Gavroche poursuit ses entretiens avec les candidats. Jean-Michel Perroy, tête de liste AFI Thaïlande, revient sur les priorités de son équipe et les défis auxquels fait face la communauté française dans le royaume.
Gavroche : Pourquoi êtes vous candidat ?
Jean-Michel Perroy : L’AFI existe depuis huit ans et rassemble aujourd’hui près de 1 000 adhérents à travers toute la Thaïlande. Les élections consulaires s’inscrivent dans la continuité naturelle de notre engagement quotidien en matière d’aide, d’assistance et de solidarité. Près de 50 bénévoles sont mobilisés à mes côtés pour faire vivre cette action.
Hors depuis ces 8 années, nous avons pu mesurer la nécessité pour mieux aider notre communauté de porter sa voix, ses demandes au sein du conseil Consulaire. Force est de constater que les conseillers en place n’ont pas su apporter des réponses à la hauteur des besoins des Français de Thaïlande.
Nous en faisons le constat chaque jour sur le terrain. C’est pourquoi des femmes et des hommes, venus de toutes les provinces, se sont réunis pour porter un véritable projet de changement. Les difficultés rencontrées par nos compatriotes font partie de notre quotidien : nous les accompagnons chaque jour. Il est désormais temps d’aller plus loin, pour obtenir des avancées concrètes et durables.
G : Quelles sont vos priorités pour 2026 ?
J-M P : Je pense que, compte tenu des compétences des conseillers des Français de l’étranger, tous les candidats tiendront plus ou moins le même discours. En revanche, nos positions pour résoudre les problèmes sont, elles, très différentes.
1 – La protection sociale est sans doute aujourd’hui le sujet le plus essentiel et le plus actuel. Dans le cadre des Assises de la protection sociale, nous avons rédigé un rapport complet appelant à une réforme en profondeur de la CFE, afin que cet organisme redevienne pleinement la Sécurité sociale des Français de l’étranger.
Il est temps de mettre fin aux promesses non tenues et aux arrangements entre amis. Il ne peut exister plusieurs catégories de Français de l’étranger : tous doivent être traités de manière équitable, quel que soit le pays dans lequel ils ont choisi de vivre.<
Le déficit actuel résulte d’une gestion défaillante menée depuis des années par des responsables politiques de tous horizons. En tant qu’adhérent à la CFE — et l’un des rares têtes de liste dans ce cas — je suis engagé depuis plus de 50 ans dans le mouvement mutualiste, profondément attaché à cette conquête majeure qu’est la Sécurité sociale.
Les retraités ont cotisé tout au long de leur vie professionnelle. Ils doivent aujourd’hui bénéficier des mêmes droits que l’ensemble des retraités.
Enfin, si la CFE n’est plus en mesure d’assurer la mission de service public que l’État lui a confiée, alors il appartient à l’État de prendre ses responsabilités, en rattachant les Français de l’étranger à une branche spécifique de la Sécurité sociale qui leur serait dédiée.
2. Les bourses scolaires : Il convient de rappeler que les bourses scolaires ont été créées pour permettre aux enfants issus des familles les plus modestes d’accéder à l’éducation.
Or, pour les Français de l’étranger, l’État applique une logique différente : ces aides ne bénéficient pas prioritairement à ceux qui en ont le plus besoin, mais aux élèves inscrits dans des établissements où l’enseignement du français est dispensé. Ce mélange des objectifs exclut de fait de nombreuses familles à faibles revenus, notamment celles vivant dans des régions de Thaïlande où aucune école homologuée par l’AEFE n’est implantée.
En pratique, cela réduit l’accès à ces dispositifs à quelques zones seulement : Bangkok, Phuket, Koh Samui et Pattaya, laissant de côté une grande partie du territoire.
Il devient urgent de réformer ce système, aujourd’hui à bout de souffle, d’autant que les frais de scolarité dans les établissements français ont fortement augmenté ces dernières années.
Dans ce domaine aussi, une évolution en profondeur s’impose afin de garantir plus d’équité et d’adapter le dispositif aux réalités actuelles.
3 – Les aides aux Français de l’étranger : Un certain nombre d’aides légales existent aujourd’hui pour les Français de l’étranger les plus défavorisés. Mais au-delà de ces dispositifs, le véritable enjeu concerne l’accompagnement des personnes âgées, malades ou vulnérables vivant hors de France.
Sur le terrain, la réalité est claire : aucun système équivalent à la mise sous tutelle n’existe, et très peu de structures disposent des moyens nécessaires pour accompagner les Français confrontés à la maladie, au handicap ou à des pathologies neurodégénératives. Pour ces personnes, les démarches administratives deviennent rapidement insurmontables.
Face à cela, une réponse revient parfois : « pourquoi ne rentrent-ils pas en France ? ». Mais cette vision ne tient pas compte de la réalité humaine. Beaucoup vivent à l’étranger depuis 20 ou 30 ans. Leur famille, leurs repères et toute leur vie sont ici. Peut-on leur demander de tout abandonner ? Notre administration et notre communauté ne peuvent-elles pas faire preuve de davantage d’humanité ?
Des solutions existent. Il est nécessaire de redéfinir les aides actuellement attribuées via les OLES, afin de mieux soutenir les associations de terrain. Des structures comme l’AFI jouent un rôle essentiel en apportant une aide de proximité sur l’ensemble du territoire.
Cet accompagnement est concret et quotidien : aide aux remboursements de la CFE, assistance pour les déclarations fiscales, soutien dans les démarches pour obtenir des aides légales, orientation vers des structures de santé adaptées… La liste des besoins est longue.
Enfin, la fracture numérique aggrave encore la situation. Elle creuse un fossé entre les membres de notre communauté française et isole davantage les plus fragiles, qui peinent à accéder à leurs droits. Il est urgent d’adapter nos dispositifs pour répondre à ces réalités.
G : Quel bilan tirez vous du mandat précédent
J-M P : Le mandat qui s’achève pour les conseillers consulaires n’aura pas apporté de changements significatifs pour nos compatriotes.
Leur protection sociale a été fragilisée, voire mise à mal, et reste aujourd’hui fortement menacée. Dans le même temps, certains services consulaires se sont dégradés, comme la suppression de l’envoi des certificats de revenus par courrier.
Face à ces évolutions, les promesses ont été nombreuses, mais les actions concrètes sont restées limitées. Qui a réellement informé sur la mise en place de taxes sur le courrier ? Qui a communiqué sur la fin des certificats de revenus par voie postale ? Qui a proposé des solutions pour aider les associations à lutter contre la fracture numérique ? Qui a travaillé à une révision des critères d’attribution des subventions pour mieux soutenir leur fonctionnement ?
Durant ce mandat, les candidats aujourd’hui réunis au sein de la liste AFI Thaïlande avec moi-même ont, eux, contribué activement au développement d’un réseau d’entraide. Quatorze antennes couvrent désormais le territoire thaïlandais, avec une priorité donnée à la proximité et à l’écoute de notre communauté.
Des centaines, voire des milliers de personnes ont ainsi été accompagnées. C’est cette dynamique que nous souhaitons amplifier, au bénéfice de tous.
Le terrain, nous le connaissons. Les rouages administratifs, nous les maîtrisons. Les responsables politiques nationaux, nous savons aussi les mobiliser.
G : Qu’est ce qui distingue votre liste ?
J-M P : Une chose essentielle distingue notre liste, nous ne faisons pas de politique politicienne. Nous ne prenons pas nos ordres d’une organisation politique. Nous sommes indépendants et fiers de l’être. Notre présence sur le terrain et la confiance reconnue de nos compatriotes en Thaïlande sont le meilleur atout de notre liste. Demain nous espérons construire en Birmanie le même élan. Notre liste regroupe des français proches de vous qui vivent en Thaïlande toute l’année et depuis longtemps, ils sont et seront demain à votre écoute et à votre service. On n’est jamais mieux défendu que par soi même.
Dans un souci d’équilibre et de pluralisme, Gavroche ouvre ses colonnes à l’ensemble des listes candidates qui souhaitent s’exprimer. Chaque équipe peut ainsi présenter sa vision, ses priorités et ses propositions aux Français de Thaïlande, afin d’éclairer au mieux le choix des électeurs.
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