
Le ministre des Transports, Phiphat Ratchakitprakarn, a réaffirmé que le gouvernement ne modifierait pas le contrat de concession du projet de train à grande vitesse reliant trois aéroports. Il a toutefois rappelé qu’un cadre juridique permettait au concessionnaire de se retirer si le projet ne pouvait être mené à bien dans les conditions initiales.
Un projet stratégique toujours à l’arrêt
Attribué en 2019 au consortium Asia Era One, dirigé par le groupe Charoen Pokphand (CP), ce projet de 225 milliards de bahts vise à relier les aéroports de Don Mueang, Suvarnabhumi et U-Tapao. Pourtant, près de six ans plus tard, les travaux n’ont toujours pas débuté.
Le blocage porte principalement sur les conditions de financement. Le consortium demande un étalement des subventions publiques en fonction de l’avancement du chantier. À l’inverse, le contrat initial prévoit que l’État rembourse la subvention sur dix ans, une fois le projet entièrement achevé dans un délai de cinq ans.
Face à cette demande, le ministre des Transports se montre inflexible. « Le gouvernement respectera strictement le contrat », a-t-il affirmé, invoquant la nécessité de préserver la discipline budgétaire et les intérêts publics.
Une porte de sortie encadrée
Afin d’éviter un enlisement prolongé, les autorités rappellent qu’un dispositif réglementaire permet au partenaire privé de résilier le contrat sans pénalité, sous certaines conditions. Cette option s’applique notamment si des facteurs externes — comme la hausse des coûts énergétiques — rendent le projet irréalisable, à condition que les travaux n’aient pas encore commencé.
À ce stade, le consortium Asia Era One n’a pas officiellement fait connaître sa position.
Des projets annexes pour relancer l’attractivité
En parallèle, le gouvernement explore des projets de grande ampleur destinés à renforcer l’attractivité du Corridor économique de l’Est (EEC). Parmi eux figurent un parc à thème de classe mondiale et un complexe sportif d’envergure.
Le ministre Phiphat a notamment soutenu une initiative visant à attirer Disneyland dans la région. L’objectif est clair : améliorer le potentiel économique du projet ferroviaire et inciter les investisseurs à revoir leur analyse de rentabilité.
Si le consortium estime toutefois que le projet reste financièrement non viable, il pourrait exercer son droit de retrait.
Une décision attendue dans les prochaines semaines
La Société des chemins de fer thaïlandais (SRT) et le comité politique de l’EEC doivent rencontrer le consortium ce mois-ci afin de clarifier l’avenir du projet. En cas de résiliation du contrat, la SRT devra lancer un nouvel appel d’offres.
Le risque d’un retard supplémentaire majeur
Selon Anan Phonimdaeng, gouverneur par intérim de la SRT, un nouveau processus d’appel d’offres entraînerait des délais considérables. Il faudrait deux à trois ans pour sélectionner un nouvel opérateur, puis environ six ans pour achever les travaux.
Déjà retardé de six ans, le projet pourrait ainsi être repoussé de huit à dix années supplémentaires.
Par ailleurs, relancer les négociations avec le second candidat initial apparaît impossible. Les garanties financières et les conditions de prix ont expiré, ce qui impose de repartir de zéro.
Un projet fragilisé depuis la pandémie
Le contrat signé en 2019 incluait également l’exploitation de la liaison ferroviaire vers l’aéroport. Cependant, la pandémie de Covid-19 a fortement affecté la fréquentation, poussant le consortium à demander une compensation.
Le gouvernement de Prayut Chan-o-cha avait accepté une révision partielle du contrat en 2021. Malgré cela, le projet n’a pas progressé de manière significative, en raison notamment de retards dans les expropriations et le transfert des terrains nécessaires.
Un projet emblématique sous pression
Ce projet, considéré comme structurant pour le développement des infrastructures en Thaïlande, reste aujourd’hui dans l’impasse. Entre contraintes financières, désaccords contractuels et incertitudes économiques, son avenir dépend désormais des discussions en cours entre l’État et le secteur privé.
Chaque semaine, recevez notre lettre d’informations Gavroche Hebdo. Inscrivez-vous en cliquant ici










