
Une découverte archéologique pourrait renouveler les connaissances sur les premières sociétés établies dans l’actuelle Thaïlande. À Phetchaburi, au sud-ouest de Bangkok, les archéologues ont mis au jour une vaste nécropole vieille de 1 500 à 2 000 ans renfermant six tambours de bronze, des parures en or et plusieurs sépultures exceptionnellement bien conservées.
Les fouilles ont débuté en février après la découverte fortuite d’un tambour de bronze dans une rizière du district de Ban Lat. Ce qui semblait n’être qu’une trouvaille isolée s’est rapidement révélé être l’un des sites archéologiques les plus prometteurs étudiés ces dernières années en Thaïlande.
Au fil des excavations, les chercheurs ont mis au jour neuf squelettes humains accompagnés d’un riche mobilier funéraire : poteries, récipients en bronze, perles de verre et de pierre, bagues, bracelets, pendentifs et boucles d’oreilles en or.
Plusieurs bijoux étaient encore portés par les défunts au moment de leur découverte, un état de conservation particulièrement rare. Les archéologues y voient le signe que certaines des personnes inhumées appartenaient probablement à une élite locale ou occupaient une position privilégiée au sein de leur communauté. Parmi les sépultures figure également celle d’un enfant de moins de douze ans, accompagné d’un objet rituel en bronze déposé sur son corps.
Des tambours de bronze témoins d’un vaste réseau d’échanges
La découverte la plus remarquable demeure celle de six tambours de bronze de tradition Dong Son, une culture qui s’est développée il y a plus de deux millénaires dans le nord de l’actuel Vietnam.
Ces tambours, richement décorés, n’étaient pas de simples instruments de musique. Ils servaient lors de cérémonies religieuses, de rassemblements politiques ou comme symboles de prestige. Leur présence à Phetchaburi montre que cette région participait déjà à de vastes réseaux d’échanges culturels et commerciaux reliant les sociétés d’Asie du Sud-Est bien avant l’apparition des premiers royaumes historiques.
Cette découverte confirme également que les populations installées dans l’ouest de l’actuelle Thaïlande entretenaient des contacts avec des cultures éloignées, témoignant d’une circulation des idées, des objets et des savoir-faire bien plus importante qu’on ne l’imaginait jusqu’à présent.
Une fenêtre unique sur les rites funéraires
L’intérêt scientifique du site ne tient pas uniquement à la richesse des objets retrouvés. Ceux-ci ont été découverts dans un contexte funéraire parfaitement identifié, directement associés aux sépultures.
Les archéologues peuvent ainsi étudier non seulement les objets eux-mêmes, mais aussi leur place dans les cérémonies funéraires, les croyances liées à la mort et l’organisation sociale de cette communauté.
Les chercheurs ont également retrouvé des mâchoires de bovins déposées à proximité des tombes. Ces vestiges pourraient témoigner de rites associant des animaux aux cérémonies funéraires ou d’offrandes destinées à accompagner les défunts dans l’au-delà. Des analyses complémentaires devront confirmer cette hypothèse.
Un site appelé à faire référence
Les équipes archéologiques réaliseront d’abord une modélisation 3D complète du site avant d’entamer, dès juillet, le prélèvement des ossements et des objets. En parallèle, elles ont envoyé des échantillons de charbon aux États-Unis afin d’effectuer une datation au carbone 14. Les analyses, attendues dans les prochains mois, devraient établir avec précision l’âge de cette nécropole préhistorique.
La richesse du mobilier funéraire, la présence exceptionnelle de six tambours de bronze et l’organisation des tombes laissent entrevoir une société plus structurée qu’on ne le pensait dans cette région à la fin de la préhistoire. Le site de Don Yai Thong pourrait ainsi devenir une référence pour mieux comprendre les échanges, les croyances et l’émergence des premières élites dans le centre-ouest de l’actuelle Thaïlande, plusieurs siècles avant la naissance des premiers États du royaume.
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